DIVERTISSEMENT

Dans « American Son », Kerry Washington en voit de toutes les couleurs

Par Georges Dominique. La place des Noirs dans la société américaine, la police remplie de préjugés, le racisme, etc., « American Son » s’attaque avec brio à ces sujets qui font régulièrement la Une aux États-Unis.

(L’article comprenant de nombreux spoilers, s’il te plaît assure toi d’avoir vu le film.)

« Fais attention quand tu sors » glissent certaines mamans, sur le pas de la porte, quand leur fils sort pour la première fois. Trop pressé de rejoindre ses bros, ses frères, ses potes, celui-ci ne lui offre en guise de réponse que son corps déjà en mouvement, happé par la Nuit et son lot de surprises.

Une mauvaise surprise, c’est que Kendra Ellis-Connor craint quand elle s’aperçoit que son grand garçon métis, sorti plus tôt dans la soirée avec ses potes, n’a plus donné aucun signe de vie depuis lors. C’est le fil conducteur d’American Son, disponible sur Netflix, un huis-clos brillant et étouffant dans un commissariat où les murs sont recouverts de peinture et de préjugés solides.

MAMAN NOIRE CHERCHE FILS MÉTISSE DISPARU

Du théâtre au cinéma, il n’y a qu’un seul pas – Tous droits réservés

L’inquiétude inoculée dans le sang et le doute comme oxygène, Kendra Ellis-Connor, brillante femme afro-américaine, part en savoir plus sur la disparition de Jamal, son fils de dix-huit ans qui s’apprête à rejoindre la prestigieuse école américaine de West Point. « Il y a eu un incident », lui a-t-on simplement dit.

Dans ce poste de police floridien, froid et glacial, et ce ciel qui n’en finit de verser ces larmes sur les vitres du bâtiment, la maman anxieuse tombe sur Paul Larkin, un inexpérimenté policier blanc.

« Il y a eu un incident », matraque-t-il.

Plutôt que de lever ses doutes sur l’état de sa progéniture, le jeune homme multiplie les insinuations douteuses et racistes sur l’adolescent et s’attire progressivement en retour les foudres de la daronne puis de l’ex-mari et papa de Jamal : Scott Connor, un agent blanc du FBI.

KERRY WASHINGTON, ACTRICE CAPITALE

Kerry Washington joue parfaitement le rôle de la Maman inquiète – Netflix

S’il y a bien une chose qui n’a guère changé depuis que nous l’avions volontairement abandonnée sur le balcon de la Maison Blanche dans les bras protecteurs de son Fitz mollasson, ce sont bien les expressions faciales de Kerry Washington : elles font toujours un joli Scandal ! Agacée, angoissée, en colère, désespérée, énervée, etc., celle qui interprète le rôle principal, ici, passe par tous les États comme un président américain en campagne pour sa prochaine réélection !

Une actrice parmi des figurants.

Sans faire injure aux autres acteurs à savoir le mari strict, le policier et même l’inspecteur Stokes (Eugene Lee), le film repose tellement sur les épaules de l’actrice afro-américaine que les autres ressemblent à des figurants.

Pour la petite histoire, le film qui dure une heure et demie est l’adaptation du pièce du théâtre du même nom et c’est le même casting qui a quitté les planches de théâtre pour le petit écran…

Cette manière de braquer les projecteurs sur Kerry Washington renforce naturellement la proximité avec le téléspectateur et surtout l’oblige à se mettre dans la peau noire d’une maman qui cherche désespérément son fils dans l’Amérique intolérante d’aujourd’hui.

VIVRE ENSEMBLE AUX ÉTATS-UNIS, C’EST LA MÈRE À BOIRE !

Interrogée par l’officier Larkin, Kendra Ellis-Connor subit un racisme institutionnel et ordinaire et où la présomption de culpabilité est omniprésente.

Des préjugés en veux-tu, en voilà !

Du street name que Jamal aurait obligatoirement, en passant par son casier judiciaire, qui doit forcément être chargé puisqu’il est noir, enfin light skin, aux dents en or, elle a droit à tout ! Ce drôle d’agent de police a beau lui expliquer qu’il s’agit du « protocole et que tout ceci n’est pas raciste », le message ne passe pas absolument pas auprès d’elle.

Plus les minutes passent, plus il apparaît clairement que les questions sont clairement orientées, biaisées et visent à établir le portrait-robot d’un jeune noir délinquant.

Un couple mixte sous le feu des critiques

Le point culminant est atteint lorsque le policeman se moque de cette maman paniquée auprès de son ex-époux qu’il prend pour un des siens c’est-à-dire un homme blanc.

Oui, Scott Connor est un des siens puisqu’il est blanc, qu’il fait partie des forces de l’ordre, de l’élite même j’ai nommée : le FBI. Mais c’est en tant que père du grand Jamal qu’il est ici. Et ça, ça le dérange, le brûle comme dirait l’autre.

Inversion des rôles : un blanc dans la peau du père noir absent.

Chez les Connor, le linge sale se lave au dehors. Alors, l’ex-femme, que le sieur Connor a laissée pour une…blanche, règle ses comptes avec lui. Elle lui reproche la rupture tandis qu’il lui regrette la démarche de gangsta de son fils et ses tresses.

Kendra veut plutôt que Scott reconnaisse qu’il l’a abandonné comme le font parfois certains pères noirs.

Au-delà de la spécificité de chaque cas et du fait que le cœur a ses raison que la raison ignore, le mythe du père trop souvent absent pourrait s’expliquer en partie par le fait que les Noirs aient 2,5 plus de chances d’être tués que les Blancs par la police. Sans parler du fait que les Noirs aient six plus de chances d’aller en prison que les Blancs.

Une crise d’identité qui tombe mal

Si leur fils se travestit ainsi, c’est parce qu’il « déteste être à moitié-blanc ». C’est cette crise d’identité, cette incapacité à savoir s’il est blanc ou noir, qui l’a mise dans cette situation.

Rappelle-toi : « Il y a eu un incident », matraque depuis le début l’officier Larkin…

La fin inéluctable et prévisible n’enlève rien à la justesse et la simplicité d’American Son. C’est peut-être « le film le moins cher de l’histoire du cinéma », avec le commissariat comme seule pièce du décor, mais c’est un thriller efficace avec une intensité à escaliers.

Maintenant, tu sais pourquoi certaines mamans, sur le pas de la porte, glissent à leur fils qui sort pour la première fois : « Fais attention quand tu sors ».

Avant que trop pressé de rejoindre ses bros, ses frères, ses potes, celui-ci ne lui offre en guise de réponse que son corps déjà en mouvement, happé par la Nuit et son lot de surprises.

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