SANTÉ

VIH : Discriminé dans un salon de coiffure, il est dédommagé de 80000$

Sa séropositivité révélée, Nikko Briteramos s’était vu refuser l’accès de son  salon de coiffure habituel. Le risque qu’il y transmette le virus était pourtant non-existant. 

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.media

Le VIH, un virus touchant principalement les Noirs

Le VIH est un fléau touchant particulièrement les Noirs à une échelle globale. C’est d’abord le cas avec les populations d’Afrique subsaharienne. En 2011, 69% des personnes vivant avec le virus et 70% des personnes en étant mortes vivaient dans cette partie du monde.  C’est aussi le cas en France.  En 2013, deux-tiers des migrants vivant dans ce pays avec le VIH étaient originaires d’Afrique subsaharienne.

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L’ignorance et la confusion sur les conditions de la transmission du virus sont grandes. Elles créent des conditions propices à une discrimination des personnes séropositives au sein de la communauté noire américaine.

Le mythe de la transmission du VIH au salon de coiffure

C’est le cas d’une idée reçue relative à la transmission du VIH par le biais d’un rasoir partagé, a fortiori dans un endroit de socialisation comme un salon de coiffure.

En réalité, le risque de transmission du VIH par ce biais est peu élevé. Il se propage entre fluides d’humain à humain. Imaginons que le virus soit présent dans du sang sur un rasoir. Exposé à l’air libre, il ne sera plus contaminable en quelques secondes ou minutes. En outre, il faudrait que le sang du rasoir non séché se trouve en contact avec une plaie sur le nouveau client. Il faudrait aussi que le client précédent ne prenne pas de médicaments rétroviraux.

Et encore, d’après les informations d’un centre de prévention du SIDA, il n’y a jamais eu  de cas confirmé d’une contamination par ce biais. Il n’y a donc pas de risque de contamination par une lame ou une tondeuse dans un salon de coiffure.

L’affaire Nikko Briteramos

Malheureusement, la psychose autour de la propagation du virus est grande. Elle parle plus aux gens que les véritables données médicales sur le sujet. C’est ce qu’a réalisé Nikko  Briteramos en octobre 2017. Il s’était rendu dans son habituel salon de coiffure de Los Angeles.

salon de coiffure

Nikko Briteramos

En 2002, Briteramos vivait dans le Dakota du sud.  A 19 ans, il était déjà atteint du VIH. Il fut arrêté après avoir eu une relation sexuelle non-protégée avec une femme sans l’en avoir informée.  Briteramos perdit sa bourse universitaire,  fut emprisonné et sa potentielle prometteuse carrière de basketteur professionnel fut réduite à néant. Il déménagea à Chicago, puis à Los Angeles. Dans cette ville, il voulait recommencer sa vie loin de sa stigmatisation médiatisée dans le Dakota du Sud.

Dans ce salon de coiffure, il revit pour la première fois l’une de ses anciennes connaissances de Chicago. Celle-ci s’en alla discrètement informer le coiffeur de la séropositivité de Briteramos. Alors que ce dernier attendait son tour, le gérant lui fit savoir qu’il ne pourrait plus se faire coiffer dans l’établissement. Il justifia sa décision par ce qu’il a décrit comme sa ‘clientèle de célébrités’.

Une victoire contre la discrimination

En tant que responsable d’un salon de coiffure fréquenté par des ‘célébrités’, le gérant devait savoir qu’il n’y avait pas de risque de transmettre le VIH en continuant à coiffer Briteramos. Il semble qu’il craignait davantage  les préjugés de sa clientèle sur le virus, sur le passé criminel de Briteramos et leurs retombées sur son commerce.

Cette crainte d’un bad buzz basé sur l’ignorance était probablement justifiée. Toutefois, elle n’est pas légale. Nikko Briteramos a ainsi porté plainte pour discrimination.  Et le responsable du salon de coiffure a probablement bien plus perdu d’argent qu’avec un mauvais bouche-à-oreille. Le tribunal l’a en effet condamné à payer 80000 dollars (environ 70000 euros / 46 millions de FCFA) à Briteramos.

« Ce jugement est la preuve que ce qui m’est arrivé dans ce salon de coiffure et de ce qui arrive aux personnes vivant avec le VIH qui subissent des discriminations en essayant juste de faire des choses basiques comme aller chez le dentiste ou le coiffeur n’est pas acceptable » a déclaré Nikko Briteramos dans un communiqué de presse.

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