ENTREPRENEURIAT

Michaël Guézodjè, l’homme qui transforme le beurre de karité en produit cosmétique bio prestigieux

Par Sewa Sourou, rédacteur Nofi au Bénin.  « Quand on vise l’excellence, on peut y arriver. » Du haut de ses 37 ans, le jeune entrepreneur béninois,  Michaël Guézodjè est une épine dans le pied des gros calibres de la cosmétique mondiale. Avec son produit « Kaël », âgé d’à peine 3 ans, il a déjà reçu un grand prix de l’excellence, avec dans les starting blocks, les géants du domaine. Si ce produit, conçu à partir de beurre de karité du Bénin, est très consommé de par le monde et pour tous types de peaux, a son laboratoire de production en France, son promoteur revendique son identité africaine. Entretien avec un descendant du roi Ghézo.

Qu’est-ce que Kaël cosmétiques ?

« Kaël cosmétique » est une marque de cosmétique bio fabriquée en France mais avec l’âme du Bénin. Elle a vu le jour en 2015 avec pour seul objectif d’apporter sur le marché de la cosmétique des soins bio, efficaces, simples, avec des textures légères et répondant à de réels besoins qui existent aujourd’hui. C’est une marque avec une grosse dimension étique, parce que j’ai fait le choix de créer de la valeur tout en respectant l’homme et l’environnement. Sur les produits Kaël, nous nous engageons à ne pas faire de publicité agressive ou inutile, c’est-à-dire, à ne pas raconter de bêtises aux consommateurs et leur dire strictement  tout ce qu’il y a dans les formules sans illusions.

Le produit est fabriqué en France, quel est donc l’avantage pour l’Afrique dans ce projet ?

Le produit est certes fabriqué dans un laboratoire basé sur le sol Français, mais comme je disais qu’il est conçu avec l’âme du Bénin. Le promoteur que je suis est un béninois et la matière première de base, qui est le beurre de karité, est produit exclusivement au Bénin par un groupement de braves femmes du nord du pays, que nous essayons de soutenir à notre façon en travaillant avec l’association « Karité Benin », qui s’occupe de fédérer ces coopératives de femmes pour leur permettre de mieux vivre de ce qu’elles savent le mieux faire. Donc  l’essence du produit même vient du Bénin. L’Afrique est Kaël et Kaël est l’Afrique. Et Je pense que la plupart des Entrepreneurs africains ont compris qu’il fallait valoriser le continent dans tout ce qu’on entreprend, et c’est ce que je fais à travers ma marque.

Avez-vous le projet de faire à terme de Kaël un produit Made in Bénin ?

Il n’existe pas encore au Bénin de laboratoires à la hauteur des attentes de notre produit. Pas qu’on n’a pas de labo au Bénin, on en a et de performants aussi, mais les produits Kaël ne peuvent pour l’instant pas se produire au Bénin. Nous travaillons cependant pour qu’à l’avenir, nous puissions implanter nos installations sur place, afin que toute la production Kaël se fasse exclusivement au Bénin, depuis la matière première jusqu’au produit fini.

Comment vous retrouvez-vous dans l’industrie cosmétique ?

C’est une longue histoire. On peut dire que j’avais quelques prédispositions. Depuis tout petit, je regardais ma mère qui travaillait le beure de karité. J’avais donc déjà pris ce contact avec cette matière et ce n’est qu’en grandissant que j’ai découvert que le beurre de karité qui est produit au Bénin est l’un des meilleurs sinon le meilleur sur le marché mondial.

Vous n’avez donc pas de formation universitaire dans ce domaine ?

Aujourd’hui je pense qu’il est important de crier haut et fort que n’importe qui peut faire tout ce qu’il veut, du moment où il a la volonté, et qu’il en a la motivation et la foi. C’est-à-dire que, du moment où on décide de faire quelque chose et qu’on veut le faire comme un professionnel, on peut y arriver. Je ne suis pas chimiste de formation, je ne suis pas biologiste de formation. J’ai fais une école de commerce, et après mes études supérieures, j’ai travaillé dans l’événementiel. Ensuite, chargé de projet dans les assurances, jusqu’au jour où j’ai découvert officiellement que le beurre de karité qui était produit chez moi au Bénin est la matière première qui devait faire de moi l’entrepreneur que j’ai toujours rêvé d’être. Quand j’ai décidé de me lancer dans le domaine de la cosmétique, j’ai suivi une formation exceptionnelle qui permet de comprendre les fondamentaux de ce secteur pour en être un acteur professionnel.

Que signifie Kaël ?

C’est très simple, je m’appelle Michaël. Donc Kaël vient de là à la base. Pour la petite histoire, les agences de Com avec qui j’avais travaillé me proposaient de donner mon nom au produit. Pourtant, je n’ai pas forcément un nom qui évoque quelque chose. Sauf que j’ai découvert qu’en langue hébreu Michaël veut dire « Bonheur ».  À la base Michaël, ce prénom s’écrit avec CH mais j’ai opté pour le K en référence au K de karité. D’où le Nom Kaël .

Si vous deviez résumer votre entreprise en 3 mots, quels seraient-ils et pourquoi ?

– Nature, juste parce que tous les produits Kaël sont bio

– Efficacité, parce qu’ils sont efficaces et compétitifs

– Le rapport qualité prix. Je suis conscient que mes produits ne sont pas à bas prix. Ils se situent entre 11.000 et 70.000 francs cfa. Mais dans les cosmétiques, dès que les ingrédients sont purement bio, ce produit ne peux plus avoir le même coût. Car le bio à son coût. Donc je sais bien que Kaël est réservé à une certaine clientèle.

A quoi les produits Kaël doivent-ils ce prestige dont beaucoup témoignent ?

Ce projet a été longuement mûri et l’un de ses secrets est que nous faisons une sélection très rigoureuse des ingrédients qui composent nos produits. Parce que c’est le seul moyen d’arriver à une efficacité irréprochable. C’est à ce titre d’ailleurs que Kaël a reçu le prix de l’excellence cosmétique en 2016 alors qu’il n’avait qu’un an. Sans prétention, j’étais sans doute surpris mais en même temps, cela m’a prouvé que, quand on vise l’excellence, on peut y arriver. Nous avons commencé avec 6 formules. Aujourd’hui, on en est à 13. Avant fin 2018 on montera à 24. Nous sommes distribués au Bénin, en France, Outre-mer, au Japon , au Vietnam, en Chine , et bientôt aux États-Unis ,en Australie et au Canada. Le beurre de karité du Bénin faisant partie des meilleurs au monde, le produit a été testé au Japon et les Japonais l’ont adopté.

 

Comment tenez-vous face aux poids lourds de occidentaux ?

J’ai choisi de créer une marque en misant sur la qualité, j’ai donc ma clientèle. Il est vrai que les plus gros ont verrouillé le marché qui propose le même niveau de qualité que celui que je propose aujourd’hui. Mais la différence se trouve dans mon ingrédient principal qu’est le beurre de karité brut, non parfumé, non traité. Donc je n’ai pas peur des plus grands. Et puis les plus grands ont été petits à un moment. Kaël commence par se faire une petite place dans le monde de la cosmétique à l’international.

En tant que Noir, rencontrez-vous des difficultés à vous imposer dans le domaine ?

Si j’avais été blanc, si je m’appelais Duval ou Dubois, j’aurais créé une marque cosmétique sur le marché européen qui existerait parmi tant d’autres, qui n’aurait peut-être pas marché. Mais je m’appelle Mickaël Guézodjè, je suis béninois, donc africain et noir, j’ai créé ma marque Kaël, avec une âme béninoise, avec une identité noire affirmée, avec une histoire africaine très forte…et ça marche. Donc aucun frein au fait que je sois noir, béninois ou africain. Car ma marque n’a pas de couleur mais elle a une identité.

Quels ont été les temps forts de votre aventure entrepreneuriale ?

Des moments d’émotion il y en a eu deux. C’est le jour de la sortie des premiers produits finis de Kaël cosmétiques le 23 mars 2015. Le deuxième, c’était lors de l’attribution du prix de l’excellence reçu en 2016 alors qu’il avait juste 1 an. Il y avait 70 lauréats dont 5 ont été retenus, avec en concurrence toutes les plus grandes marques.

Quels conseils donneriez-vous pour réussir dans l’industrie cosmétique ?

Quelque soit le secteur d’activité dans lequel on se lance, il faut toujours viser l’excellence. Persévérer et y croire. Je veux partager mon expérience avec d’autres frères qui voudraient  faire comme moi, dans le domaine de la cosmétique.

Quelle est l’actualité de la marque ?

Nous avons énormément de projets d’avenir. Toujours dans le sens de développer la gamme Kaël en pénétrant de nouveaux marchés en Afrique très prochainement. Nous sommes distribués depuis peu via le grossiste en pharmacie URBIPHARM, depuis la France, qui est le grossiste principal en Afrique francophone. À terme, je souhaite implanter un laboratoire assez performant au Bénin.

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