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Le manifeste du « Rassemblement Démocratique Africain » de septembre 1946

Histoire

Le manifeste du « Rassemblement Démocratique Africain » de septembre 1946

Par Makandal Speaks

Le Rassemblement Démocratique Africain (RDA) était un parti politique panafricain actif en Afrique Occidentale Française (AOF) et en Afrique Équatoriale Française (AEF), fondé par Felix Houphouët-Boigny, qui joua un rôle important dans la décolonisation de l’Empire français. Le RDA se composait de plusieurs partis politiques issus de toutes les colonies françaises d’Afrique. Cette alliance dura de 1946 à 1958.

À certains égards, le RDA fut le plus grand parti politique des colonies d’Afrique, et même si le parti n’était pas en faveur d’une rupture radicale des territoires colonisés avec la France, le Rassemblement Démocratique Africain était ouvertement anti-colonial et panafricaniste dans ses positions politiques. Nous vous proposons le texte fondateur du RDA publié avant l’officialisation du parti au Congrès de Bamako du 18 au 21 octobre 1946 :

Le manifeste

« La réaction agite devant l’opinion un épouvantail : celui du mouvement des peuples d’outre-mer vers la liberté.

Au lendemain de la victoire sur le fascisme, à laquelle ces peuples ont payé un lourd tribut, au nom de la liberté des peuples et de l’égalité des races, personne n’osait évidemment leur contester l’égalité des droits.

La première Assemblée constituante entraînée par l’élan démocratique qui l’animait inscrivit donc ces droits dans la Constitution et tous les partis prenaient l’engagement solennel de les respecter.

Cependant certains milieux capitalistes de la revue Marchés coloniaux et du journal l’Epoque lançaient quelques calomnies, aussi odieuses que ridicules contre les Africains dont on louait la veille les vertus héroïques sur les champs de bataille.

Au fur et à mesure que le souvenir de la lutte en commun contre le fascisme s’estompait, les véritables sentiments sous l’aiguillon des intérêts de classe poussaient d’autres milieux à adopter la même attitude d’hostilité.

Et c’est ainsi que, au lendemain des élections du 2 juin, le parti MRP [1], jetant le masque révélait son essence réactionnaire en prenant la tête de la lutte dirigée contre les droits des peuples d’outre-mer.

Il poussait même son hostilité jusqu’à démissionner de la Commission des TOM. Douala Manga Bell [2], le seul représentant africain qui figure dans ses rangs, pour le
remplacer par le député européen du Soudan, M. Lattes.

Mais de toutes parts, un soulèvement spontané unissait en un front commun, tous les peuples, toutes les races, tous les partis politiques, toutes les organisations ouvrières, tous les mouvements culturels et religieux de l’Afrique noire.

C’est grâce à cette union de tous les Africains que les partis politiques français restés fidèles à la parole donnée, maintiendront dans la nouvelle Constitution les droits déjà reconnus et conquis sur les champs de bataille du monde entier :

  • Égalité des droits politiques et sociaux ;
  • Libertés individuelle et culturelle ;
  • Assemblées locales démocratiques ;
  • Union librement consentie des populations d’Afrique et du peuple de France.

C’est en s’appuyant sur cette unanimité des Africains que notre ami Pierre Cot, rapporteur général de la Constitution du 5 mai défendait récemment encore ses droits devant l’Assemblée avec la sympathie et l’amitié réelles qu’il n’a cessé de témoigner aux populations d’outre-mer.

Le parti MRP a cherché, cherchera encore, à camoufler son attitude derrière certaines thèses fédéralistes, alors qu’il refuse de reconnaître les droits les plus élémentaires à ces États fantômes.

Devant la fermeté des élus d’outre-mer, il a même appelé à son secours le parti radical en la personne de M. Heniot.

Le « fédéralisme » du MRP ne peut tromper aujourd’hui aucun Africain. Il n’est, en effet, que le masque d’un régime d’autorité comme l’assimilation, que nous rejetons formellement, et qu’une chape de plomb jetée sur l’originalité africaine. Comme l’assimilation, il n’aboutirait qu’à figer l’Afrique dans son état d’organisation actuel, alors que la vie des peuples comme celle des hommes est un mouvement continu.

En revanche, nous ne nous laisserons pas davantage tromper par le sentiment « autonomiste », qui se fonde sur une vue utopique des réalités africaines et se manifeste aujourd’hui par l’opportunisme d’hommes qui n’ont pas su hier se défendre contre l’assimilation.

Notre adhésion à l’Union française, que nous proclamons solennellement se justifie par une vue réaliste des problèmes politiques du monde, par une confiance dans le destin de l’Afrique, et par la certitude que malgré la réaction, nous obtiendrons les conditions libérales, démocratiques et humaines qui permettront le libre développement des possibilités originales du génie africain.

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Des dizaines et des dizaines de milliers d’Africains fraternellement unis à des Français ayant un véritable idéal démocratique, se sont ainsi groupées en partis,-
mouvements ou Unions démocratiques, progressistes ou populaires : partout en Côte d’Ivoire, au Soudan, en Guinée, au Sénégal, au Niger, au Togo, au Dahomey, au
Cameroun, au Gabon, au Congo, en Oubangui, au Tchad.

C’est pour compléter cette œuvre d’union que, face à toutes les manœuvres de la réaction, nous appelons à un grand Rassemblement de toutes les organisations dont le développement rapide est le signe certain qu’elles poursuivent la réalisation de la démocratie politique et sociale en Afrique noire, dont nous avons exposé les conditions dans le présent Manifeste.

Nous avons décidé de convoquer ce rassemblement les 11, 12, 13 octobre prochain à Bamako, au centre de l’Afrique occidentale, dans ce Soudan de la fermeté et de l’originalité africaine et où convergeront de Guinée, du Sénégal, de Mauritanie, du Niger, du Dahomey, de la Côte d’Ivoire, du Togo, du Cameroun, du Tchad, de l’Oubangui [3], du Gabon et du Congo, les hommes porteurs du message d’union et de fidélité des Africains.

« Vive l’Afrique noire !

Vive l’Union des Africains !

Vive l’Union française des peuples démocratiques ! »

Ont signé le présent Appel :

  • Félix Houphouët-Boigny, député de la Côte d’Ivoire.
  • Lamine Gueye, député du Sénégal-Mauritanie.
  • Jean-Félix Tchikaya, député du Gabon-Moyen Congo.
  • Sourou Migan Apithy, député du Dahomey-Togo.
  • Fily Dabo Sissoko, député du Soudan-Niger.
  • Yacine Diallo, député de la Guinée.
  • Gabriel d’Arboussier, ancien député du Gabon-Moyen Congo. »

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Notes et références

[1] Le Mouvement républicain populaire (MRP) se voulait le parti des résistants démocrates-chrétiens qui souhaitaient dépasser le clivage droite-gauche et celui de la « fidélité » au général de Gaulle.

[2] Le prince Alexandre Ndoumb’a Douala Manga Bell, était un souverain et homme politique camerounais, chef supérieur du clan Bell des Douala. Il a été membre de la première et de la seconde Assemblée nationale Constituante du Cameroun et député entre 1946 et 1958.

[3] L’Oubangui était une colonie française en Afrique centrale, une partie de l’Afrique Équatoriale Française, correspondant à la république centrafricaine actuelle.

 

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