Histoire et Culture Noire/ Les 1ères Miscellanées Panafricaines

La révolte de la Nouvelle-Orléans, la plus grande insurrection d’esclaves de l’histoire U.S

Histoire

La révolte de la Nouvelle-Orléans, la plus grande insurrection d’esclaves de l’histoire U.S

Par Makandal Speaks

L’insurrection de la Nouvelle-Orléans fait référence à une révolte d’esclaves qui s’est déroulée du 8 au 10 janvier 1811 dans la région de la « Côte des Allemands » en Louisiane. Il s’agit de la plus grande révolte d’esclaves de l’histoire des États-Unis. 

Une région majoritairement noire

La « Côte des Allemands » [1] était une région de plantations sucrières densément peuplée d’esclaves. Si l’on en croit certaines archives, les Noirs y étaient 5 fois plus nombreux que les blancs. Par ailleurs, 50% de ces esclaves ne venaient pas de Louisiane, mais étaient majoritairement des Bossales, c’est-à-dire, nés sur le sol africain. Il faut aussi ajouter à cela que le Territoire d’Orléans, passé sous contrôle américain après la vente de la Louisiane par Napoléon Ier aux États-Unis, avait vu sa population de « Noirs Libres » [2] tripler entre 1803 et 1811. Cela fut principalement dû à l’immigration de près de 3 000 haïtiens fraîchement libérés du joug colonial français. Pour le gouverneur de la région, William C.C. Claiborne, cette situation était une véritable poudrière prête à exploser à n’importe quel moment. Pour lui qui venait du Nord, il y avait là une trop grande proportion d’Africains autochtones et de créoles métissés.

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En outre, même la géographie des lieux, bien qu’elle permit-grâce aux voies navigables et autres bayous autour de la Nouvelle-Orléans et du lac Pontchartrain le transport et le commerce-constituait néanmoins une zone propice au marronnage. D’ailleurs, quelques colonies de « Nègres Marrons » se constituèrent et prospérèrent dans le secteur de la Nouvelle-Orléans. Autant d’éléments qui expliquent la tournure que prirent les événements de la « Révolte de la Nouvelle-Orléans« .

Une insurrection éclaire

Tout commença la nuit du 6 janvier 1811 lorsqu’un groupe d’Africains récemment réduis en esclavage se réuni clandestinement afin de fomenter ce qui serait la plus grande révolte d’esclaves aux Etats-Unis. James Brown, l’un des planteurs et propriétaires d’esclaves les plus riches de la « Côtes des Allemands » témoignera quelques semaines plus tard au sujet de ce soulèvement. Dans son procès-verbal on pu lire :

« Le Quamana noir [Kwamena, signifie « né le samedi » chez les Coromantins, NDLR], appartenant à M. Brown, et le mulâtre Harry, appartenant à MM. Kenner & Henderson, étaient à la maison de Manuel Andry dans la nuit du samedi au dimanche du mois en cours afin de délibérer avec le mulâtre Charles Deslondes, chef des brigands ». [3]

Les esclaves s’étaient très vite passé le mot à travers les plantations situées le long de la «Côte des Allemands».

Les hostilités débutèrent le 8 janvier sur la Plantation Andry, à environ 50 km de la Nouvelle-Orléans. Après avoir passé à tabac et gravement blessé Manuel Andry à coup de hache, les esclaves ruèrent sur son fils Gilbert et le tuèrent. L’esclavagiste endeuillé déclara plus tard :

 «Mon pauvre fils a été assiégé par une fureur de brigands qui, de ma plantation à celle de M. Fortier, ont commis toutes sortes de méfaits et d’excès, ce qui peut être attendu d’une bande de bandits atroces de cette nature». [3]

Rapidement l’insurrection gagna en intensité. Les 15 esclaves de la Plantation Andry s’unirent à 8 autres esclaves de la Plantation Deslondes voisine avant d’absorber plusieurs petits groupes d’esclaves au fur et à mesure de leur progression. Selon certaines sources, les esclaves avançaient de manière organisée armés de piques, de houes, de haches et même de quelques armes à feu. Adoptant une attitude martiale, l’armée de rebelles marchait au pas au son de la batterie, arborant fièrement des drapeaux. D’aucuns prétendent qu’entre 10 à 25% de la population d’esclaves de la région avait rejoint l’insurrection.

Après la tombée de la nuit, les captifs atteignirent Cannes-Brulées, à environ 24 km au nord-ouest de la Nouvelle-Orléans. Les hommes avaient parcouru près de 35 km pour certains. D’aucun évoquaient « quelques 200 esclaves » tandis que d’autres parlaient de 500 insurgés. Cette « marée noire » avait pour principal meneur Charles Deslondes, un « libre de couleur » originaire de Saint-Domingue. Ce dernier souhaitait s’emparer de La Nouvelle-Orléans, mais, comme bien souvent en matière de révolution, il fut victime de la trahison d’un des esclaves. En effet, beaucoup d’entre eux étaient encore effrayés par la liberté.

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Comme ce fut souvent le cas des insurrections d’esclaves aux États-Unis, la révolte fut de courte durée. Les autorités locales (armée et milices blanches) matèrent rapidement la rébellion. Pas moins de 66 esclaves périrent au combat, dont leur chef, Charles Deslondes. 16 autres furent jugés, fusillés et leurs têtes placées sur des poteaux afin de dissuader toute récidive. Quant aux autres, ils furent contraints de retourner à leur dure besogne d’humains exploités. 

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A l’instar des esclavagistes français après l’abolition de l’esclavage de 1848, le gouvernement du Territoire d’Orléans indemnisa les propriétaires d’esclaves (à hauteur de 300 $) pour chaque noir tué ou exécuté. De plus, la présence continue de troupes militaires américaines fut requise après la révolte. L’esclavage était un business florissant, il s’agissait de le sécuriser au maximum.

Aucun marqueur historique ni initiative de l’État ou du fédéral ne commémore l’insurrection, bien qu’il soit mentionné sur la pancarte qui orne la plantation de bois (anciennement la plantation d’Andry):

« L’insurrection des esclaves du Major 1811 est organisée ici ».

La révolte de la Nouvelle-Orléans, une histoire méconnue

Malgré sa durée et sa connexion avec la révolution haïtienne, la révolte de la Nouvelle-Orléans, comme la plupart des actes de résistance africaine en Amérique, reste absente des livres d’histoire. Il fallut attendre 1923 pour entendre quelques vieux afro-américains qui « relataient encore [l’histoire de l’insurrection des esclaves de 1811 alors qu’ils l’ont entendu de leur grand-père« . 

Depuis 1995, l’African American History Alliance de Louisiane commémore chaque mois de janvier, la plus grande révolte d’esclaves de l’histoire des États-Unis, avec des descendants de membres d’insurrection. En 2014, la plantation Whitney, située dans la paroisse Saint-Jean-Baptiste, est devenue le premier musée du pays dédié à l’expérience des esclaves.

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Notes et références :

[1] La Cote des Allemands vient du fait qu’une grande population de pionniers allemands s’est installée le long du Mississippi en 1721. Ils finirent par devenir des propriétaires fonciers indépendants. 

[2] Dans le contexte de l’esclavage aux Amériques, les Libres de couleurs étaient à la base des afro-descendants non-asservis. Ce terme fut spécialement utilisé dans les colonies françaises, y compris en Louisiane et à Saint-Domingue (Haïti), en Guadeloupe ou en Martinique.

[3] Daniel Rasmussen ~ American Uprising: The Untold Story of America’s Largest Slave Revolt, publié en 2011