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Après le retrait de Mugabe, quel défi pour le Zimbabwe?

Politique

Après le retrait de Mugabe, quel défi pour le Zimbabwe?

Par Makandal Speaks

Le président Robert Mugabe, considéré comme un héros pour certains et comme un dictateur pour d’autres, était le dernier dirigeant indépendantiste au pouvoir en Afrique. Il a démissionné de son poste de président du Zimbabwe.

Lors des cérémonies du 23 novembre 2017, Emmerson Mnangagwa, ancien vice-président de 2014 à 2017 et frère d’armes de Robert Mugabe, âgé de 75 ans, a été investi comme 3ème Président du Zimbabwe. Il occupe en réalité le poste par intérim en attendant les prochaines élections prévues pour septembre 2018.

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Cette transition de pouvoir est a surveiller de près car, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur le devenir du Zimbabwe post-Mugabe. Il est certain que le nouvel homme fort d’Harare devra se concentrer sur les ressources de ce pays riche. Celui qui était un chef de guérilla durant la Guerre du Bush de Rhodésie du Sud, aura de nombreuses décisions et actions d’une grande importance à engager d’ici peu.

Avec les tensions actuelles au sein de L’Union Nationale Africaine du Zimbabwe-Front Patriotique (ZANU-PF) [1], la faiblesse de l’économie zimbabwéenne ainsi que sa mise au ban politique par la « communauté internationale », c’est un véritable challenge qu’aura à relever le nouveau président, en fonction depuis le 24 novembre 2017.

Le pays de 16 150 362 habitants devrait s’ouvrir de nouveau au monde et prendre un nouveau départ avec les nations qui avaient en horreur la politique du révolutionnaire et ancien chef d’Etat zimbabwéen, Robert Mugabe. Alors que la population semble, dans sa globalité, en demande d’un nouveau Zimbabwe, il n’est pas exclu que des puissances exogènes à l’instar des États-Unis et de l’Europe puisse voir dans la chute de Mugabe une nouvelle opportunité d’opérer un retour en arrière relatif aux acquis de l’indépendance, et faire basculer le pays dans un âge de néocolonisation du continent africain.

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La population zimbabwéenne est sortie dans les rue afin de célébrer ces changements politiques. Cependant, des années de sanctions et d’isolement injustes imposés par l’Occident ont contribué à mettre en berne l’économie du pays. Le chantier de l’économie, fastidieux mais nécessaire mobilisera certainement le président intérimaire dès le début de son mandat. Cela implique une rapide mise en place d’aide et des injections de monnaie dans le système.

Comment financera-t-il cela ? Probablement en s’appuyant sur emprunt auprès des États-Unis, de la Grand-Bretagne du FMI , de la Banque mondiale, ou même de la Chine. Cependant, quelles contreparties lui seront demandées ? Un chef d’État digne de ce nom se doit de faire des affaires avec tout le monde, mais de ne faire confiance à personne. Surtout lorsque l’on sait que les créanciers précédemment cités sont accusé par des membres du ZANU-PF  de travailler à détruire la démocratie collective au Zimbabwe depuis des décennies et de provoquer des troubles économiques. [2]

En effet, dans les Accords de Lancaster House (ou Zimbabwe Act), signés le  à Londres, les États-Unis et la Grande-Bretagne s’engageaient à renoncer aux transferts de terres souscrits financièrement par les fermiers blancs aux Zimbabwéens.

Emmerson Mnangagwa a promis que les élections de 2018 se tiendraient comme prévu et que la politique économique serait basée sur l’agriculture. Lors de sa de son serment, le président a déclaré à la communauté internationale que les politiques de réformes agraires mises en place sous le président Mugabe resteront les mêmes. Cependant, il a décrit une relation nouvelle avec les fermiers blancs dont la terre a été confisquée en déclarant :

« Le gouvernement s’est engagé à travailler sur un plan de compensation pour les anciens propriétaires fonciers ». [3]

Certains analystes s’accordent à dire que les problèmes fondamentaux demeurent dans cette nation qui a obtenu l’indépendance du joug colonial blanc en 1980. En effet, le système zimbabwéen est un système construit au fil des années. Comme tout système, il a beaucoup de pesanteur et Mugabe n’en était plus que l’incarnation vieillissante. Ainsi, même si nombreux sont ceux qui parmi la population se réjouissent de la retraite forcée du président révolutionnaire, le système, lui, demeure men place.

Le coup d’état du 14 novembre 2017 a conduit le parti au pouvoir à destituer le président Mugabe, le remplaçant par Mnangagwa qui était en exil depuis sa démission en tant que vice-président le 6 novembre 2017. Cela a permis à Mnangagwa de devenir président par intérim du pays.

Le nouveau président a occupé le poste de chef du renseignement et avait des liens étroits avec l’armée. Mugabe l’aurait limogé après qu’Emmerson Mnangagwa ait montré la déloyauté, de l’irrespect et la tromperie envers le clan Mugabe. Cette décision suscitera la colère de l’Armée et sera largement considérée comme une tentative de Mugabe pour positionner son épouse, Grace, politiquement impopulaire et source de polémiques dans le pays. Ces circonstances ont poussé certains chefs militaires à prendre le contrôle.

Dans son discours d’investiture, le président Mnangagwa a déclaré que l’ancien président Mugabe avait apporté une immense contribution à la construction du Zimbabwe et que ce dernier restait un père, un mentor, frère d’armes ainsi que son chef. En tant que commandant en second de Robert Mugabe, l’homme d’affaires habile a négocié des accords commerciaux de plusieurs millions de dollars avec la Russie, la Chine et l’Afrique du Sud.

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Mnangagwa aurait conduit des délégations commerciales en Europe pour rouvrir les lignes de communication avec l’Occident qui, en 2001, ont imposé des sanctions ciblées aux dirigeants du gouvernement, y compris lui-même. Il a établi un rapport avec les investisseurs étrangers et le Fonds monétaire international. [4]

Toutefois, il persiste encore une zone d’ombre quant à la transition qui a amené Mnangagwa à la présidence avec l’aide des forces de défense. Mugabe aurait-il été chassé du pouvoir par des moyens et des pressions inconstitutionnels ? Quoi qu’il en soit, c’est un rappel à tout les chef d’États africain que l’armée est toujours le pouvoir derrière le trône.

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Note et référence

[1]  Le ZANU-PF est le parti politique au pouvoir au Zimbabwe depuis l’indépendance du pays en 1963

[2] Interview de Moya MzuriLiberated Sisters, publié le 21 novembre 2017

[3] Elvis Teke ~ « Emmerson Mnangagwa becomes second President of Zimbabwe since independence« , crtv.cm, publié le 24 novembre 2017

[4] Tendai Marima ~ « Who is Emmerson Mnangagwa, Zimbabwe’s ‘Crocodile’?« , Aljazeera.com, publié le 24 novembre 2017

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