HISTOIRE

L’Empire de Mali

Mali est le nom d’un empire du moyen-âge fondé par les ancêtres des populations mandingues modernes (Malinke, Bambara, Dioula, Mandinka, etc.) qui domina pendant plusieurs siècles une importante partie de l’Afrique de l’Ouest, du Sénégal au Niger à l’est et de la Mauritanie à la Côte d’Ivoire au sud, avec son centre au Mali et en Guinée-Conakry. A son apogée au 14ème siècle, son territoire s’étendait sur une superficie de plus d’un million de km2.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofipedia

Connu sous le nom de Manden par les populations mandingues qui en sont les principaux héritiers, l’empire dont nous traitons ici fut peut-être originellement appelé Mali par des populations étrangères comme les Peuls. D’autres noms désignant l’empire furent rapportés par les écrivains arabes comme Malel, Malal, Mellal, Mellit ou Mallei. Mali est mentionné pour la première fois sous la forme de Mellal au 9ème siècle de notre ère. La deuxième date du 11ème siècle et nous provient d’al-Bakri qui parle de la ville de Mellal et de celle de Daw, proches de mines d’or. Elles sont probablement situées dans la région autour de laquelle s’agrandira le Mali pour devenir un Empire. Le siècle suivant, la ville de Mallal est décrite par al-Idrisi comme un vassal de l’empire de Ghana d’où étaient razziés des Noirs par leurs voisins pour être vendus comme esclaves au Maghreb. Il fait aussi mention du grand royaume voisin de Daw, qui correspondrait à l’empire de Soussou pour certains chercheurs.

Après le déclin de l’Empire de Ghana après la moitié du 12ème siècle de notre ère, un autre état, celui de Soussou aurait émergé. Peut-être centré autour des régions de Sankaran et du Fouta Djalo, et peuplé par les ancêtres des Soussou et des Djalonke, il aurait, selon l’historien nord-africain du 14ème siècle Ibn Khaldun, défait Ghana et l’aurait incorporé dans son territoire. A ce moment ou peu après, le Soussou aurait conquis le Mali. La supériorité des Soussous se serait peut-être faite grâce à la maîtrise du fer rendue possible par les forgerons dont auraient fait partie une bonne partie des Soussous dont leurs rois.

L’émergence de Soundjata

Aux alentours du treizième siècle, Soundjata Kéita, un prince mandingue, mène une révolte victorieuse contre l’autorité du Soussou dirigé par l’empereur Soumahoro Kanté dont il s’approprie le territoire. Le règne de Soundjata, qui se caractériserait par la conquête d’autres territoires comme celui du Djoloff (actuelle Sénégambie) aurait été très agréable pour nombre de ses habitants comme le traduit encore la tradition orale de nos jours. Sous Soundjata aurait été établie la charte du Kouroukan Fouga qui serait la plus ancienne déclaration des Droits de l’Homme de l’histoire. Elle aurait notamment aboli l’esclavage. De nombreux chercheurs doutent toutefois de son authenticité et l’abolition de l’esclavage par Soundjata, si elle a effectivement eu lieu, n’a pas duré longtemps, des esclaves étant décrits dans des manuscrits arabes ultérieurs.

Soundjata Kéita

Soundjata Kéita

Alors que la tradition mandingue aurait du lui voir succéder un de ses frères, c’est un fils de Soundjata, Wulen, qui aurait pris le pouvoir. Il s’agirait peut-être d’un indice d’une influence musulmane déjà palpable à l’époque de Soundjata, dont Ibn Battuta avait déclaré qu’il s’était converti durant sa vie à l’Islam. L’Islam n’aurait chez les Empereurs de Mali qu’une religion adoptée probablement partiellement par les souverains de Mali. Certains d’entre eux auraient même délibérément refusé d’islamiser certains de leurs sujets, comme ceux d’aurifères, pour qu’ils continuent à extraire de l’or avec le meilleur rendement possible. Après une guerre de succession entre des prétendants au trône, le pouvoir aurait été usurpé par un ancien esclave appelé Sakoura. Son règne aurait été riche en conquêtes, intégrant dans le territoire de Mali, les cités de Tombouctou, de Gao ou encore du Tekrour. Sakoura aurait effectué le pèlerinage à la Mecque au retour duquel il aurait toutefois été assassiné par des guerriers afars dans la Corne de l’Afrique.

Une exploration vers les Amériques?
Le prédécesseur du fameux empereur de Mali du 14ème siècle Kankou Moussa, selon un texte d’al-Umari rapportant une entrevue de ce dernier avec un tiers aurait préparé une expédition maritime pour découvrir ce qu’il y avait de l’autre côté de l’Atlantique. Cette histoire serait confirmée par certaines traditions orales mandingues, mais il est difficile de garantir leur authenticité à ce sujet. Des descriptions d’hommes noirs lors de leur arrivée en Amérique par les explorateurs européens comme Christophe Colomb ont aussi été interprétés comme une confirmation de cette hypothèse qui, pour être véritablement acceptée, se doit d’être confirmée par d’autres sciences comme l’archéologie.

Le règne de Kankou Moussa
Lorsque ce dernier roi au nom inconnu dans les textes, mais supposé avoir été Aboubakri II par certains chercheurs, monta sur le trône Moussa fils de Kankou. A l’étranger, il est sans conteste le plus fameux souverain de Mali contemporain de l’empire. D’après le Tarikh el-Fettach, une chronique arabe du 17ème siècle, Moussa aurait décider d’accomplir un pèlerinage à la Mecque après avoir tué accidentellement sa mère.

Carte européenne du 14ème siècle représentant l'empereur Moussa en bas à droite

Carte européenne du 14ème siècle représentant l’empereur Moussa en bas à droite

Celui-ci aurait été d’un faste incroyable, le roi dépensant tant d’or qu’il allait en faire chuter le cours. Bien que Moussa n’ait apparemment pas conquis de nouveaux territoires par la guerre, il semblerait que ce soit sous son règne que Mali ait connu sa plus grande étendue territoriale de la côte atlantique à la ville commerçante d’Essouk au Mali et du Sahara au nord aux forêts du Sud. Il aurait ramené des Blancs de son pèlerinage dont l’andalou al-Sahili, qui aurait réalisé les plans de nombre de constructions pour Moussa dont la mosquée de Djinguereber à Tombouctou.

Mosquée de Djinguereber, Tombouctou, Mali

Mosquée de Djinguereber, Tombouctou, Mali

Sous le règne de Moussa, dont le rôle aurait été très important dans l’implantation de l’Islam à Mali, avec la construction de mosquées à Tombouctou qui servirent de sites à l’Université de la ville, ou l’envoi d’étudiants à Fez au Maroc, un érudit originaire de la région de la Mecque, Abd al Rahman al-Tamimi, remarqua que ceux de Tombouctou surpassaient ses connaissances en droit islamique.

La mosquée de Sankore, l'un des trois sites de l'université de Tombouctou

La mosquée de Sankore, l’un des trois sites de l’université de Tombouctou

Moussa meurt en 1337 après avoir envoyé une ambassade au sultan du Maroc. Selon la tradition orale Moussa est très mal vu, notamment pour avoir dépensé tout l’or du royaume et ainsi entraîné son déclin.

Le déclin

A sa mort, c’est le fils de Moussa, Maghan, qui prend le pouvoir. Son règne voit une défaite de Mali par une invasion du royaume mossi de Yatenga (actuel Burkina Faso). Sous le règne du frère de Moussa, Souleymane, le royaume est décrit par al-Umari comme le plus puissant roi d’Afrique noire musulmane. Son empire aurait compté 13 provinces dont l’ancien territoire de Ghana, celui de Gao, celui de Tekrour, celui de la région minière du Bambouk, à côté de celle de Manden, où se trouvait la capitale de l’empire appelée Niani. Selon des fouilles archéologiques récentes, cette ville ne correspondrait pas à l’actuelle ville de Niani en Guinée comme cela a souvent été supposé. Le site de Sorotomo, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Ségou au Mali et occupé entre les 13ème et 15 siècles avant d’être évacué à la suite d’une guerre semblerait être un candidat plus plausible pour cette ancienne capitale de Niani.

Jarre du 14ème siècle trouvée à Sorotomo (Crédit Photo : K.C. MacDonald, S. Camara, S. Canós Donnay, N. Gestrich, D. Keita)

Jarre du 14ème siècle trouvée à Sorotomo (Crédit Photo : K.C. MacDonald, S. Camara, S. Canós Donnay, N. Gestrich, D. Keita)

C’est en effet à cette période que Mali commença à perdre son influence, notamment en raison des attaques des Touaregs, des Peuls et des Songhaïs, fondateur de l’Empire de Songhaï, le prochain grand empire de la région. Le dernier empereur de Mali, Mahmoud, dont le règne aurait pris fin dans la deuxième moitié du 16ème siècle. Il aurait déplacé la capitale de Mali de Niani à Kangaba, aujourd’hui encore considéré comme le siège de la famille royale des Kéita, fondateurs de l’Empire. Après la défaite de Songhaï par les Marocains, Mahmoud aurait tenté de reprendre la ville de Djenné où ils se heurtèrent aux forces marocaines qui les forcèrent à battre en retraite. Mali allait ensuite cesser d’exister avec la fin de la dynastie Kéita, divisant son ancien territoire en plusieurs entités politiques autonomes.

Pour en savoir plus
In search of Sunjata : the Mande oral epic as history, literature and performance / édité par Ralph A. Austen
In Quest of Susu, HA, 21(1994) / Stephan Bühnen
En finir avec l’identification du site de Niani
(Guinée-Conakry) à la capitale du royaume du Mali / F-X Fauvelle-Aymar
The History of Islam in Africa / édité par Nehemia Levtzion et Randall Pouwels
The Oxford Handbook of African Archaeology / édité par Peter Mitchell et Paul Lane
L’Afrique soudanaise au Moyen âge : le temps des grands empires (Ghana, Mali, Songhaï) / Francis Simonis

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