ECONOMIE

Made in Africa : les sneakers Sawa

L’Afrique est un continent magnifique, on ne le dira jamais assez. Trop nombreux sont ceux qui  tendent à regarder le continent mère sous le prisme de la négativité. Cet article contredit des afro-pessimistes, pour vous parler de la belle initiative prise par de jeunes entrepreneurs. Lors d’un voyage au Cameroun, les trois amis rencontrent un cordonnier local et décident de créer une marque de chaussures sport qu’ils nommeront SAWA.

Par Imhotep Lesage

 

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Les trois entrepreneurs (franco-algérien, camerounais et italien) tombent en amour avec la sonorité du nom SAWA qui est celui d’une des ethnies camerounaises de la région de Douala. En 2003, ils entreprennent la production de chaussures sportswear dans un atelier familial du Cameroun.
Mais bien qu’aimant le Cameroun, les jeunes hommes d’affaires quittent le pays.
C’est une perte pour le Cameroun qui n’est pas exempt de reproches. On peut probablement compter au nombre de leurs principaux griefs le caractère étouffant de la monnaie du pays, le Franc CFA (Colonies françaises d’Afrique), cette monnaie néocoloniale imposée par la France et qui rend très difficile le commerce entre les différents États africains. Le Franc CFA vole et ponctionne sur toutes les transactions en devises et pille par l’effet d’arbitrage, sans compter qu’il rend difficile le commerce entre les pays africains au profit de la métropole française.
Or, le cuir des chaussures SAWA est acheté au Nigeria et en Éthiopie, le caoutchouc en Égypte et l’emballage provient d’Afrique du Sud. On comprend alors pourquoi ce maudit Franc CFA devient un boulet et une camisole de force pour quiconque veut développer le commerce avec le reste de l’Afrique.

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En mai 2011, les chaussures SAWA déménagent entièrement leur production dans la souveraine Éthiopie à Addis-Abeba. Les dirigeants justifient la relocalisation de l’entreprise par un besoin de mécanismes économiques stables et un environnement propice à l’industrie de la chaussure. L’Éthiopie est en voie de devenir l’un des premiers producteurs mondiaux de chaussures. L’un des secrets les mieux gardés de la renaissance africaine est le dynamisme de l’économie éthiopienne. La main-d’œuvre énergique y est nombreuse et travaille à des prix très compétitifs. À titre d’exemple, l’employé éthiopien se voit rémunérer mensuellement 83 dollars, contre 467 dollars pour le même employé en Chine.

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Ce simple calcul arithmétique pousse plusieurs producteurs chinois à s’installer au pays de Ménélik II (l’empereur qui détruisit l’armée d’invasion italienne). Huajian, l’un des plus importants fabricants chinois de chaussures, s’est déjà implanté dans la région de Dukem située à 30 km d’Addis-Abeba dans une zone industrielle actuellement en plein essor. Le manufacturier chinois compte investir plus de 2,6 milliards de dollars en Éthiopie.

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Les magnifiques souliers SAWA se vendent dans plusieurs boutiques de par le monde, on les retrouve en France, aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Chine, au Japon, ainsi qu’en Afrique du Sud. Les jeunes créateurs de la marque SAWA, en phase avec leur génération, utilisent des techniques modernes de marketing.

téléchargement (9)Ils ont collaboré avec le rappeur français Oxmo Pucchino en créant une paire de sneakers en « édition limitée » pour la sortie de son sixième album « Roi sans carrosse ».
Par leurs actes, ce que les producteurs des chaussures SAWA démontrent, c’est le génie de la valeur ajoutée des produits africains. Ils tirent profit des multiples synergies possibles qui existent déjà sur le continent. Ce type d’initiative peut servir d’exemple aux pays africains qui souffrent d’un sérieux déficit de transformation des matières premières dont regorge Kemet.

téléchargement (10)Pour les créateurs de SAWA, leurs sneakers n’ont rien de commun avec ce que certains Occidentaux appellent le « commerce équitable ». Leur entreprise est en affaires au même titre que des marques comme Adidas, Nike ou Reebok. Leur objectif n’est pas de fabriquer un produit exotique, mais bel et bien de fabriquer la meilleure paire de sneakers au monde. Ces jeunes n’utilisent pas le terme Made in Africa à des fins de promotion misérabilistes. Leur produit est fabriqué en Afrique parce qu’ils ont choisi de le faire à Kemet et que les Africains ont la compétence et un savoir-faire millénaire lorsqu’il s’agit de production de chaussures. Après tout, les Africains de la vallée du Nil fabriquaient des chaussures, alors que les autres peuples de la terre allaient encore pieds nus.

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                                                                                                                                                                                              Nos encetres du Nil

téléchargement (11)La compagnie SAWA emploie 200 personnes en période de production, elle démontre toutes les potentialités du continent africain qui deviendra sous peu l’une des premières zones de croissance du monde. Il est à souhaiter que le succès de SAWA fasse de nombreux émules. Passez le mot autour de vous et achetez leur sneakers.

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