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Ahmadou Kourouma, le guerrier

Culture

Ahmadou Kourouma, le guerrier

Par marina wilson

Considéré comme l’un des plus grands écrivains africains de langue française,  Kourouma est l’auteur de quatre livres majeurs qui ont marqué toute une génération d’écrivains et de lecteurs et sont aujourd’hui enseignés dans les universités du monde entier.

Par Sandro CAPO CHICHI

AHMADOU KOUROUMA ECRIVAIN IVOIRIEN

Jeunesse
Ahmadou Kourouma est né en 1927 à Togobala, un village au nord-ouest de la Côte d’Ivoire. Son nom de famille signifie guerrier en langue malinke, ethnie de ses deux parents. Il est le petit-fils, du côté paternel, d’un général du célèbre empereur Samory Touré.
A 7 ans, il est séparé de ses parents et élevé par son oncle Niankoro Fondio, un infirmier. Son oncle l’initie à la chasse et à la culture musulmane africanisée. Il ne reverra sa mère qu’à l’âge de 27 ans.

Il effectue sa scolarité à l’école française et s’y révèle à la fois discipliné et brillant, notamment en mathématiques, à Boundiali, à Korhogo et Bingerville. Dans cette dernière ville, située en banlieue d’Abidjan, il découvre un véritable système d’apartheid dirigé contre les Noirs. Trois ans plus tard, en 1947, il est envoyé à Bamako, dans une grande école technique. Peu après la libération de la France des nazis, il est à l’origine d’un mouvement de contestation contre les conditions de vie dans le dortoir de son école. Le brillant élève est renvoyé sans avoir obtenu de diplôme.

Avant de devenir écrivain
Après son renvoi, Ahmadou Kourouma devient tirailleur dans l’armée coloniale. On lui attribue le rang de caporal et il est sommé de mater des révoltes anti-coloniales. Kourouma refuse d’attaquer les siens et est dégradé, puis envoyé avec l’armée française en Indochine pendant trois ans. Il espère s’y instruire en techniques de guérilla qu’il pourra éventuellement utiliser dans la libération de l’Afrique.
À cette période où il côtoie notamment Gnassingbé Eyadéma ou Bokassa, Kourouma s’endurcit physiquement et s’affirme idéologiquement. Il  devient champion militaire du 100 mètres et déterminé à participer à une lutte de décolonisation. Après un bref retour en Côte d’Ivoire, déçu de la mentalité des siens, satisfaits de la colonisation, il décide de quitter l’Afrique pour la France métropolitaine.
Il rejoint donc a France où il milite dans la Fédération des Etudiants Africains de France, une organisation révolutionnaire d’inspiration marxiste-léniniste et où il poursuit ses études d’actuariat. En 1959, deux ans après être s’être installé à Lyon, il épouse Christiane, une Française. Premier Africain diplômé d’actuariat, Kourouma prend ses distances avec l’idéologie des militants afro-parisiens qu’il juge trop naïve.
En 1961, Kourouma retourne en Côte d’Ivoire, fraîchement indépendante, accompagné de son épous, enceinte de leur première enfant, Nathalie Aïssata.

Les débuts de Kourouma l’écrivain
De retour dans son pays, Kourouma doit faire face à l’hostilité du président Houphouet-Boigny face à ses opposants de sensibilité communiste. En 1963, ce dernier organise un traquenard dans lequel il invente un complot contre lui et fait arrêter des opposants, dont Kourouma. Celui-ci est toutefois vite relâché car marié à une Française, mais il sort de cette épreuve meurtri par cette injustice où nombre de ses camarades sont torturés.
Ce cadre, ajouté à la volonté de Kourouma de réparer les faussetés opérées par les travaux ethnologiques français sur l’Afrique, va entraîner les débuts d’Ahmadou Kourouma comme écrivain.
En 1964, ne pouvant trouver de travail dans son pays, il doit s’expatrier à Paris, puis en Algérie.
C’est dans ce contexte qu’il rédige son premier manuscrit, Le Soleil des Indépendances – achevé en 1966, alors que l’auteur est toujours en Algérie. Ce livre raconte l’histoire de Fama, commerçant malinké ruiné lors de l’indépendance de son pays et dernier héritier d’une chefferie traditionnelle.

Kourouma propose son manuscrit à de nombreuses maisons d’éditions mais essuie refus sur refus, notamment celui de la librairie Présence Africaine, à Paris.
Il répond alors à une petite annonce québécoise dont les responsables acceptent de l’éditer. Coup sur coup, il obtient les prix « de la Francité » au Québec, de l’« Académie Royale de Belgique », et de la Fondation Maillé-Latour de l’Académie française.
C’est le début du succès pour ce scientifique de formation, au style littéraire original qui adapte les particularités de la langue malinké au français, pour donner, avec humour, une image saisissante des réalités africaines.

Retour en Afrique noire
En 1969, Kourouma quitte Alger pour Paris, puis retourne à Abidjan l’année suivante où il travaille comme directeur de banque pendant quatre ans, avant d’être renvoyé pour cause d’incompatibilité entre le métier de banquier et celui d’écrivain.
Il sort alors une pièce de théâtre : Tougnantigui ou le Diseur de Vérité, qui rencontre d’abord un succès, mais qui, ensuite, est suspectée d’être une pièce révolutionnaire.

L’auteur ivoirien doit quitter son pays et s’installe à Yaoundé au Cameroun où il travaille à l’Institut international des assurances de Yaoundé. Dévoué à son nouveau travail, alors que Le Soleil des Indépendances continue à connaître le succès, il prépare un nouveau roman. Il s’instruit sur les particularités linguistiques africaines pour donner une coloration africaine à la langue française.
En 1984, il arrive à Lomé au Togo où il devient directeur d’une grande compagnie de réassurance panafricaine avec pour projet de contribuer au développement de l’Afrique par ce biais. En 1990 paraît aux éditions du Seuil son second roman, Monnè, outrages et défis, qui propose un récit satirique d’un siècle de colonisation en Afrique.

Départ en France
A la mort du président ivoirien Félix Houphouet-Boigny, il décide de retourner en Côte d’Ivoire, mais s’installe finalement en France à Lyon. Il collabore avec des institutions culturelles telles que l’Unesco et continue à être actif dans le monde de l’assurance africaine.
En 1998, contre l’avis de sa famille, il publie un ouvrage En attendant le vote des bêtes sauvages, qui décrit notamment, de manière virulente et critique le parcours d’un homme politique africain, Koyaga, clairement inspiré du Président togolais Gnassingbé Eyadema. Il est toutefois déçu de ne pas obtenir un grand prix littéraire tel que le Goncourt ou le Renaudot.

C’est en 2000, avec Allah n’est pas obligé, dédié aux enfants soldats de Djibouti qu’il a rencontrés en voyage et dont il situe le cadre au Liberia, qu’il atteint « sa » consécration. Il obtient le Prix Renaudot, ainsi que le Goncourt des Lycéens, manquant de peu le Goncourt « standard ».

En Côte d’Ivoire il est la cible du concept de l’ivoirité, qui remet en question sa véritable origine ivoirienne, comme ce fut le cas pour beaucoup de populations du Nord.

Souffrant de diabète et d’une tumeur au cerveau, il est hospitalisé très affaibli en 2003, où il continue pourtant à travailler sur Quand on refuse on dit non un roman inachevé, mais publié un an après sa mort, qui survient le 11 décembre 2003 au matin, à Lyon. Il a 76 ans.
C’est la fin de l’activité terrestre de cette grande plume de la littérature aux mouvements guidés par la vigilance et le tranchant de la tradition des griots mandingues

Œuvres complètes Ahmadou Kourouma, Les Soleils des indépendances ; Monnè, outrages et défis ; En attendant le vote des bêtes sauvages ; Allah n’est pas obligé ; Quand on refuse on dit non ; Le Diseur de vérité
Paris Le Seuil 2010

Ahmadou Kourouma: le guerrier griot / Madeleine Borgomano
Ahmadou Kourouma / Jean-Michel Djian 

Paris Le Seuil 2010.

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