SOCIÉTÉ

CAN 2019 : ces fans qui ne supportent plus la Côte d’Ivoire

«  Je ne les regarde plus ! » affirment haut et fort certains supporters des Éléphants de Côte d’Ivoire, fatigués d’être goubestinés, victimes d’un chagrin. Les défaites et éliminations à répétition ont eu raison de leur patience. Ils ne veulent ni pleurer, ni souffrir, ni sortir la calculatrice pour évaluer les chances de qualification de cette sélection irrégulière. Gros plan sur ces fans qui ne supportent plus la Côte d’Ivoire.

Maroc-Côte d’Ivoire, triste Repetitia

À Abidjan, capitale économique et de la joie, nombreux sont les salariés qui le vendredi enchaînent levées de corps et départs au village, s’absentant ainsi pour de bonnes raisons. Depuis que la Coupe d’Afrique des Nations a commencé le 21 juin dernier, ils ont désormais une bonne raison de disparaître et filer s’asseoir devant les matches de la Côte d’Ivoire. Ce fut le cas le vendredi 28 juin dernier, et le match entre le Maroc et la Côte d’Ivoire.

Maroc – Côte d’Ivoire : y a-t-il un milieu de terrain ?

Sous les yeux de ces déserteurs de la bonne cause, les retrouvailles entre le Maroc, dont les nombreux investissements au pays de Drogba en font un partenaire économique privilégié, et la Côte d’Ivoire se déroulent. Plombés entre autres par un milieu de terrain incapable de produire du jeu, les Ivoiriens encaissent le seul et unique but de la rencontre, inscrit par Youssef En-Nesyri. Les hommes d’Hervé Renard, avec qui la Séléphanto a remporté la CAN 2015, obtiennent ainsi leur qualification pour les quarts de finale. « J’ai abandonné… » nous avoue par WhatsApp ce supporter de la première heure qui suit son équipe nationale, depuis l’étranger. Et pendant ce temps-là, d’autres supporters ivoiriens revivent des situations bien connues, quand la Côte d’Ivoire les décevait déjà…

Ivory Coast’s Gervinho celebrates scoring his team’s second and his first goal with Didier Drogba (R)

La finale de 2012, une plaie encore ouverte

Dimanche 12 février 2012, les Éléphants de Côte d’Ivoire affrontent les « Chipolopolos » de la Zambie. Plus favoris que ces poils qui poussent sur la joue, les Ivoiriens et leurs fans sont confiants, ultra-confiants même. « Zambie même c’est quel pays ? » demandaient ironiquement ces supporters avec qui nous regardons la finale dans un lounge.

Drogba lance la première mission spatiale ivoirienne

Puis vient le moment où, au point de pénalty, il expédie le ballon au-dessus des filets zambiens, lançant ainsi la première mission spatiale ivoirienne. « C’est Dieu qui veut nous éprouver ! » prétend un supporter croyant. Finalement, la Côte d’Ivoire perd face à la Zambie : 8 tirs au but à 7. Après le match, tout le monde ou presque est dégba, déçu à la puissance au carré. Le make up on fleek de certaines supportrices coule sur leurs joues maquillées. D’autres encore se baladent dans les rues abidjanaises et plus précisément celle de l’animée Rue des Jardins, le regard hagard, complètement déboussolés. Sept ans plus tard, la génération a peut-être changé mais la déception elle reste la marque de fabrique de cette équipe.

Génération chiller

Interrogée par WhatsApp, toujours, cette jeune ivoirienne reconnaît : « Je ne connais pas les nouveaux joueurs ». Pourtant, ils partagent 100 filtres leurs sessions de danse sur les réseaux sociaux. « Je ne suis pas une fan de foot » poursuit-elle avant d’ajouter : « J’avais fait l’effort de connaître les anciens pour supporter la République de Côte d’Ivoire mais là tout le monde a changé ». Emmenée par le capitaine Serge Aurier, dont la CAN est peut-être terminée après sa blessure, la nouvelle équipe ressemble plus à une génération chiller qu’à une équipe conçue pour aller décrocher le titre continental.

Tactique : changement en cours…

Et pourtant, ce ne sont pas les talents individuels qui manquent. De l’ailier buteur et dribbleur Nicolas Pépé, convoité par de grosses écuries européennes, à Wilfried Zaha, qui maîtrise plus les crochets qu’une petite main d’une haute maison de couture, en passant par l’expérimenté Max-Alain Gradel, les armes sont là. Encore faudrait-il s’en servir correctement…

Pépé en numéro 10 ?

Ibrahima Kamara, l’ancien adjoint devenu sélectionneur, semble avoir des difficultés pour tirer le plein potentiel de cette équipe qui évolue en 4-3-3. Cependant, le système s’avère inefficace. Il manque notamment une sentinelle capable de relancer et/ou un meneur de jeu capable de faire le lien entre le milieu et l’attaque. Alors, pourquoi ne pas faire descendre Pépé au milieu du terrain, l’installer en numéro dix et le remplacer numériquement par Zaha pour évoluer finalement en 4-5-1. Ça pourrait être une solution: « J’attends en général les quarts de finale et les demi-finales pour regarder », conclut la supportrice interrogée. Reste à savoir si ce soir, face à la Namibie, la Côte d’Ivoire obtiendra son billet pour le tour suivant.

Qu’elle l’obtienne ou pas, il y aura toujours ces fans qui ne supportent la Côte d’Ivoire pour dire : « Je ne les regarde plus ! ».