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Les collaborations Winfrey-DuVernay, miroir de la communauté noire américaine

Culture

Les collaborations Winfrey-DuVernay, miroir de la communauté noire américaine

Par Redaction NOFI

« Un Raccourci dans le temps » est une fiction familiale signée Disney. En salles depuis le 14 mars, le film est réalisé par Ava DuVernay et compte, entre autres vedettes, Oprah Winfrey à son casting. Les deux femmes sont à nouveau réunies pour une aventure cinématographique inédite. L’occasion de se pencher sur ce duo efficace qui écrit une nouvelle ère de l’histoire hollywoodienne. Avec le parti pris de porter la communauté noire américaine à l’écran dans son entière complexité, DuVernay et Winfrey proposent une réflexion perspicace sur cette condition particulière.

L’impératrice des médias, Oprah Winfrey, a depuis quelques années, parmi ses autres activités, celle de productrice. Actrice depuis les années 1980, elle réalise et produit désormais pour la télévision. Dans les affaires, la dame a du flair et sait s’entourer. C’est pourquoi elle n’a choisit autre que la brillante réalisatrice en vogue, Ava DuVernay, pour faire souffler un vent nouveau sur le petit écran. Leur union elle-même représente un éminent symbole d’un point de vue social,  de genre et ethnique. En plus d’une association juteuse et rentable, les collaborations « Winfrey-DuVernay » ont un véritable poids sociologique. En effet, les deux femmes ont choisi de mettre en scène la communauté noire américaine. En d’autres mots, elles ont choisi de se raconter, à travers leur regard subjectif et d’une justesse presque déroutante. D’autant qu’elles peuvent se permettre le luxe de l’indépendance en formant cette paire gagnante avec Oprah aux financements et Ava à l’exécution.

Ava DuVernay et Oprah Winfrey
Crédit photo: Variety

Quand Oprah met les pieds dans le plat

Avant que le duo ne se forme, Oprah avait déjà fait ses preuves comme productrice de fictions engagées avec la série Greenleaf, diffusée sur sa chaîne Oprah Network (ONW). Le feuilleton, dont la troisième saison est en cours de tournage, plante le décor au cœur de l’un des piliers de la communauté afro-américaine : l’église. Une institution sacrée qui régit la vie des foyers, des quartiers. Un pari ambitieux qui s’est avéré être un énorme succès, à la fois doux et amère. Car, avec Greenleaf, Oprah Winfrey, qui y incarne elle-même un petit rôle, oblige les Noirs à envisager l’église et ceux qui la dirigent comme ce qu’ils sont réellement : un groupe d‘humains et donc de créatures imparfaites motivées par des aspirations parfois égoïstes, sensibles à la colère et la rancœur, abusifs. Un sujet tabou que le réalisme de l’intrigue a néanmoins replacé dans sa position objective d’excellente série. Winfrey avait d’ailleurs donné son feu vert pour la reconduction d’une seconde saison avant même la diffusion du pilote. Le premier épisode avait rassemblé 309 millions de téléspectateurs essentiellement entre 20 et 55 ans. Une large tranche d’âge qui prouve que ces fictions exhortatives nécessaires suscitent l’intérêt de différentes générations dont les expériences de vie sont pourtant différentes.

Ava DuVernay
Crédit photo: The Fader

Ava DuVernay ou le cinéma conscient

Ava DuVernay avait d’emblée gagnée sa place dans le monde du cinéma afro américain dissident en s’attaquant à l’un des moments les plus importants de l’histoire des Etats-Unis : la marche de Martin Luther King à Selma en Alabama. Le biopic, qui porte le nom de la ville et s’attache exclusivement à la préparation et au déroulement de cette manifestation pacifiste, avait généré près de 40 millions de dollars de recettes, seulement aux Etats-Unis sur sa troisième semaine d’exploitation. La jeune réalisatrice s’était ensuite attaquée au système carcéral américain, qui programmerait l’incarcération massive de la jeunesse noire depuis l’enfance dans le documentaire « Le 13ème amendement ». Les coups de maîtres des deux comparses pris séparément annonçaient la puissance de leur association qui apparaît désormais logique mais que personne n’aurait pu prédire.

Oprah Winfrey dans « Un raccourci dans le temps ».
Crédit photo: Disney

Une paire d’As pour une production Disney inédite

Le duo signe le retour des séries éducatives et introspectives qui enjoignent chacun à se regarder en face. Ni éloge ni pamphlet, sans ambages et sans filtres elles mettent tout à nu. Le bon comme le mauvais. Elles le démontrent par l’exemple avec la série Queen Sugar, adaptée du roman éponyme de Nathalie Baszile, dont la première saison a conquis le public (aidée par la performance et l’incroyable beauté du jeune acteur d’origine ghanéenne Koffi Siriboe, poulain d’Oprah Winfrey). Plus qu’une série, il s’agit d’une étude sociétale, à plusieurs niveaux, qui présente les différentes facettes du Noir américain contemporain. De la figure du militantisme incarnée par la sœur aînée de la fratrie, à celle de la réussite sociale d’une femme noire, en passant par le jeune délinquant ; Queen Sugar raconte la quête identitaire de ces populations qui oscillent entre résilience et éternel recommencement. Ava DuVernay a fait son entrée à Hollywood par la grande porte et confirme au fil de ses réalisations son engagement pour un cinéma plus réaliste et soucieux des minorités.

Dans ce combat pour la diversité, elle peut compter sur un allié de taille : la maison Disney. La major lui a confié 103 millions de dollars pour réaliser son prochain film Un raccourci dans le temps. Cela fait de DuVernay la première afro-américaine à recevoir un budget aussi important. Par ailleurs, il s’agit là du premier film fantastique dont le rôle principal à l’écran est campé par une fillette noire. Pour l’adaptation de ce compte populaire américain fantastique, elle a fait appel aux talents d’actrice de sa nouvelle complice, Oprah Winfrey. Parce que les collaborations des deux femmes s’avèrent toujours pleines de sens, cette production inédite laisse présager d’une expérience cinématographique intense. A découvrir dans les salles françaises le 14 mars prochain.