CULTURE

Ta-Nehisi Coates ou le militantisme noir par la plume

A travers cet article (re)découvrez Ta-Nehisi Coates l’auteur, journaliste et militant afro-américain qui soulève par sa prose les problématiques culturelles, sociales et politiques de sa communauté.

Une jeunesse teintée de militantisme

Natif de Baltimore, une ville majoritairement afro-américaine [1]Ta-Nehisi Paul Coates est le fils de William Paul Coates, un ancien combattant de la guerre du Viêtnam, mais surtout un ancien membre du Black Panther Party. Sa mère, quant à elle, était enseignante. Le militantisme semble héréditaire dans la famille Coates, en effet, en 1978 le père de Ta-Nehisi le père de Coates avait crée et dirigé la Black Classic Press, une maison d’édition spécialisée dans les ouvrages afro-américains.

Il est intéressant de noter que cette société est l’une des plus anciennes maisons d’édition noire et indépendante encore en activité aux États-Unis [2]. Il s’agissait, à travers cette démarche, pour William Paul Coates de publier des livres d’auteurs inconnus, mais d’une grande portée, notamment en ce qui concerne les populations d’ascendance africaine.

William Paul Coates, père de Ta-Nehisi et ex Black Panther.

BCP restera célèbre pour avoir publié des titres originaux d’auteurs emblématiques tels que Walter Mosley, John Henrik Clarke, Yosef Ben-Jochannan, mais aussi pour avoir réédité les œuvres majeure d’Amiri Baraka, de WEB Du Bois, d’Edward Blyden ou de Bobby Seale.

Ta-Nehisi a connu le bonheur (ou les affres) d’une famille nombreuse. En effet, il appartient à une fratrie de 7 enfants (5 garçons et 2 filles). Une chose était sure, en tout cas, c’est que chez les Coates l’important était d’élever les enfants avec des valeurs basées sur la famille, le droit d’aînesse et le devoir d’une contribution à l’élévation de la communauté noire.

 

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Logo de la « Black Classic Press« 

Vous l’aurez donc compris, l’amour de Ta-Nehisi pour les livres lui a été transmis dès le plus jeune âge. Par son père comme nous venons de le voir plus haut, mais aussi par sa mère qu’il l’obligeait à écrire lorsqu’il se comportait mal.

Mais au fait, que veut dire Ta-Nehisi ?

S’il y a bien une chose qui peut étonner de prime abord chez ce journaliste engagé de 42 ans, c’est son prénom. Celui-ci est dérivé d’un nom en Medu Neter [3] de Kush, cet antique royaume situé en Nubie, aux confluences du Nil Bleu, du Nil Blanc et de la rivière Atbara dans ce qui est maintenant le Soudan et le Soudan du Sud. Il l’explique d’ailleurs très bien lui-même :

« Aussi, pour l’État Civil, Ta-Nehisi (prononcé Tah-Nuh-Hah-See) est le nom égyptien de l’ancienne Nubie. Je suis né à une époque où les noms africains/arabes venaient de devenir populaires parmi les parents noirs. J’ai eu beaucoup de copains nommés Kwame, Kofi, Malik (en fait, j’ai un frère avec ce nom), Akilah et Aisha. Mon père se devait d’être différent, cependant. Il ne pouvait pas simplement me donner un nom africain. Je devais être une nation.«  [4]

Ta-Nehisi en écriture hiéroglyphique ou « Mdw Ntr« 

Comme son père avant lui, Ta-Nehisi donnera à son fils un nom chargé en symbolisme. Ainsi, Samori Maceo-Paul Coates a été prénommé d’après le fondateur de l’empire Wassoulou, Samory Toure qui résista à la pénétration et à la colonisation française en Afrique de l’Ouest et par Antonio Maceo un combattant et héros de la lutte pour l’indépendance de Cuba, surnommé le « Titan de Bronze » pour sa force et sa couleur de peau.

Une carrière de journaliste engagé

Après des études à l’Université Howard de Washington, Ta-Nehisi embrasse une carrière de journaliste. En sa qualité de correspondant national, il rédige régulièrement des articles pour le magazine The Atlantic dans lequel il couvre l’actualité américaine, et s’intéresse particulièrement aux violences à l’encontre des populations noires. Il a d’ailleurs fait grand bruit avec ses papiers sur des questions d’ordre racial.

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On se souviendra entre autres de :

  • Son article pour le numéro de The Atlantic de septembre 2012, « Fear of black president » [La peur d’un président noir, ndlr], pour lequel il sera récompensé en 2013 par le « National Magazine Award for Essays and Criticism« .
  • Son reportage de juin 2014 « The Case for Reparations » [L’argument en faveur des réparations, ndlr], où il était question, non pas des réparations pour l’esclavage, mais du racisme institutionnel et de discrimination raciale en matière de logement. Ce dossier lui vaudra d’être récompensé par un George Polk Award en 2014 et encensé par le Harriet Beecher Stowe Center Prize for Writing to Advance Social Justice en 2015.

Il a de plus été récompensé pour son blog, classé parmi les meilleurs blogs en 2011 par le magazine Time et il a même reçu en 2012 le prix Hillman qui récompense le journalisme d’opinion et d’analyse. D’autres journaux tels le New York Times ou le Washington Post ont sollicité sa plume et l’on invité comme chroniqueur régulier.

Ta-Nehisi Coates, l’auteur qui « comble le vide intellectuel » laissé par la mort de James Baldwin

Ce ne sont, là ni plus ni moins, que les propos de l’écrivaine Toni Morrison au sujet de l’œuvre littéraire du natif du West Baltimore [5]. Ta-Nehisi est l’auteur de plusieurs ouvrages de qualité. On lui doit notamment :

  • En 2008, The Beautiful Struggle, traduit sous le titre Le grand combat dans la langue de Molière, une œuvre autobiographique sur son passage à l’âge adulte à West Baltimore et ses effets sur lui. Dans Le grand combat, il explique l’influence de son père, ancien Black Panther, la criminalité ambiante à cette époque et ses effets sur son frère aîné.

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  • En 2015, « Between the World and Me« , traduit sous le titre Une colère noire en français et préfacé par Alain Mabanckou. Le titre original de ce livre vient du poème éponyme de Richard Wright. L’ouvrage primé par le National Book Award, prend brillamment la forme d’une longue lettre à son fils, dans lequel il démontre qu’en dépit des luttes pour les droits civiques, la négrophobie reste un problème majeur aux pays de l’Oncle Sam.

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  • En 2017 un livre intitulé We Were Hight Years in Power : An American Tragedy, une collection d’essais sur l’ère Obama. Le titre fait allusion aux propos de Thomas E. Miller un politicien de Caroline du Sud, qui demandait pourquoi les Sudistes blancs détestaient les Afro-américains après tout le bien qu’ils avaient fait pendant l’ère de la Reconstruction. Coates fait à travers sa plume des parallèles avec la présidence de Barack Obama.

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Ta-Nehisi Coates et T’Challa

Outre son activité de journaliste et d’écrivain, Ta-Nehisi est aussi scénariste. En effet, la firme Marvel Comics l’a sollicité afin qu’il donne vie aux nouvelles aventures de T’Challa, le roi du Wakanda aka Black Panther. Le numéro 1 a été mis en vente le 6 avril 2016 et s’est écoulé à environ 253 259 exemplaires, ce qui en fait la BD la plus vendue du mois d’avril 2016. Il a également écrit un dérivé de Black Panther intitulé Black Panther and The Crew qui a couru pour six numéros avant d’être annulé. [6]

L’approche de Coates a même été une source d’inspiration pour les réalisateurs du film Black Panther par Ryan Coogler et Joe Robert Cole :

« C’est mon écrivain préféré en ce moment. Depuis qu’il s’est lancé dans son travail, je lis tout ce qu’il fait. Son travail de non-fiction, en particulier. Mais ce qu’il fait avec Panther, c’est tout simplement incroyable. Vous pouvez vraiment voir son passé de poète dans certains dialogues. Et ce que fait Brian Stelfreeze avec les visuels dans ce livre. Et certaines des questions qu’il pose. C’est tout simplement inspirant pour [le co-scénariste] Joe Robert Cole et moi-même.«  [7]

« Black Panther: A Nation Under Our Feet Book 1 » Marvel Comics, publié le 6 avril 2016

Vous en savez désormais un peu plus sur Ta-Nehisi Coates. Nous espérons que cet article vous donnera l’envie d’en savoir plus sur cet homme à la plume militante.

 

Notes et références

[1] Selon « Baltimore, MD Ethnicity » publié le 12 mai 2014, les Afro-Américains constituent le groupe racial majoritaire à Baltimore. En 2010, il y avait 417 009 d’habitants Noirs dans la ville, soit 64% de la population municipale.

[2] Felicia Pride~ « Manning Up: The Coates Family’s Beautiful Struggle in Word and Deed« , Baltimore City Paper, publié le 16 aout 2015

[3] Le Medu Neter est le nom original de la langue égyptiennes antiques. Ce terme signifie « paroles divines ». En Medu Neter :

  • Égypte antique = Kemet (le « Pays des Noirs« ) ou Ta Mery (la « Terre Aimée« )
  • Nubie = Ta Sety (la « Terre de Seth ») ou Ta Nehisi (la « Terre des Archers« )

[4] Paul Morton ~ « An Interview with Ta-Nehisi Coates« , Bookslut, publié en novembre 2008

[5]  Louis-Georges Tin ~ « « Une colère noire » : Ta-Nehisi Coates entre rage et peur« , Le Monde.fr,‎ publié le 

[6] Ta Nehisi Coates ~ « Black Panther: A Nation Under Our Feet Book 1 » Marvel Comics, publié le 6 avril 2016

[7] Abraham Riesman ~ « Black Panther Director Ryan Coogler: Ta-Nehisi Coates Has ‘Absolutely’ Influenced the Movie« , vulture.com, publié le 24 juillet 2016

Panafricaniste dans l’âme, j’œuvre à mon humble niveau à réunir les membres de la grande famille africaine à travers le monde.

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