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Isaach de Bankolé : De Black Mic Mac à Black Panther

Société

Isaach de Bankolé : De Black Mic Mac à Black Panther

Par Redaction NOFI

Par Sonia Guiza. Isaach De Bankolé, comédien ivoirien, était à l’avant première de la projection de Black Panther à Abidjan. Dans le cadre de celle-ci, l’acteur nous raconte son expérience au sein du cast de Black Panther.

  • Bonjour Isaach de Bankolé comment allez vous? C’est l’avant-première de Black Panther en Côte d’ivoire, votre pays, donc retour aux sources. Comment vous sentez-vous?

Je me sens comme sur un nuage. Je suis venu en Côte d’Ivoire il y a un peu plus de 2 mois, au mois de novembre, pour lancer d’autres projets. Je n’avais pas prévu de revenir pour la première de Black Panther ici à Abidjan. En général les premières, surtout de films américains, se font soit à Los Angeles, soit au Japon, dans les pays où on trouve les plus gros marchés. Et là, à ma grande surprise, on m’a demandé de venir ici à Abidjan. Je suis vraiment content de revenir au pays dans ces conditions-là.

© : cinecomedies.com

  • Beaucoup vous ont découvert dans Black Mic Mac. Vous avez même obtenu un Cesar avec ce film. Est-ce qu’en vous lançant dans ce projet vous vous attendiez à un tel carton ?

Non. Pour le casting il y a avait 300 personnes à la base, après ça s’est réduit à 200, 100, puis 50 personnes. J’ai été surpris d’être retenu mais en même temps j’étais vraiment très heureux de pouvoir participer à un film qui, pour la première fois, parlait de la communauté africaine à Paris, leurs démêlements avec les autorités, comment faire pour vivre, comment naviguer dans l’univers parisien, dans l’univers français. C’était très bien. Mais le succès de ce film, je n’aurais jamais pu l’imaginer. D’ailleurs, aujourd’hui je viens pour Black Panther, mais la seule fois où je suis venu pour présenter un film, c’était Black Mic Mac, justement quand il est sorti ici au cinéma Le Paris. Pareil, je suis passé par le salon privé, et ça se reproduit aujourd’hui, 30 ans après.

  • Qu’est-ce que ça fait de travailler avec Ryan Coogler ?

C’est une superbe expérience puisque c’est un jeune réalisateur qui n’a pas une longue filmographie. Il a 3 films, en plus de son film d’école, ça fait peut-être 4. Mais c’est quelqu’un de très intelligent, qui connaît le cinéma aussi bien Hollywoodien qu’indépendant et qui connait les acteurs à travers le monde. Il avait envie de travailler avec des acteurs tellement différents. On s’est très bien entendu, c’est comme mon petit frère.

  • Qu’est-ce que ça fait de bosser sur un gros carton comme Black Panther ? Mais surtout qui est exclusivement Noir ?

Ça représente une fierté, rien qu’au niveau du tournage. Avec tous mes collègues acteurs, on était comme dans une mission. Que ce soit Angela Basset, Forest Whitaker, Michael B Jordan ou Chadwick Boseman, tous se sentaient responsables. On avait vraiment envie que cette histoire, notre histoire, on puisse la raconter avec Ryan. On était vraiment soudés avec Ryan. Il était tellement ouvert qu’on travaillait presque en famille. Parfois, Lupita me disait « Isaach c’est à toi de parler à Ryan » ou alors moi-même je disais « Angela it’s your turn to talk to Ryan now*. » C’était vraiment plaisant, jouissif mais beaucoup de travail et de longues journées. Moi j’avais ce plateau sur la lèvre. Ça met 4 heures de maquillage pour le mettre et 2 heures pour l’enlever. Mais disons que c’était une expérience formidable, on s’est retrouvé il y a une semaine pour l’anniversaire de Danaï Gurira, c’était lundi dernier à New York, c’était très beau de se retrouver tous ensemble.

© Marvel Studios

  • Vous êtes né de grands-parents nigérians installés au Bénin et vos parents se sont installés en Côte d’Ivoire. Votre ex-femme, quant à elle, est afro-américaine. Vous considérez-vous génétiquement comme panafricain ?

Oui. Je suis né en Côte d’Ivoire, je suis Ivoirien, j’ai donc un passeport Ivoirien et une carte d’identité Ivoirienne. Ensuite je suis allé en France, j’y ai vécu 20 ans et j’ai pris la nationalité française. Après je suis allé aux États-Unis, ça fait 20 ans que j’y suis, j’ai pris la nationalité américaine. Je me considère un peu comme un citoyen du monde. Vous savez, les objets n’ont pas de frontières on peut les envoyer. Vous recevez un paquet ou vous l’envoyez dans n’importe quel pays, vous payez juste la taxe, on ne demande pas les cartes d’identité. En tant qu’être humain, j’espère qu’un jour tout cela sera obsolète, carte d’identité, passeport etc… et que les gens pourront voyager. Vous voulez aller à Tokyo ? Si vous avez les moyens, vous prenez l’avion et vous y allez. C’est peut-être une utopie, mais il y a beaucoup d’utopies qui sont devenues réalité. Donc c’est à nous de faire en sorte que ça le devienne. Parce qu’en plus, avec la technologie d’aujourd’hui tout est tellement petit, tout est tellement connecté qu’un jour ça viendra, on aura plus besoin de passeport, de carte d’identité pour aller d’un point à un autre. D’un pays à un autre. D’une région à une autre.

  • Hier je demandais au gens qui avaient vu le film de définir le Wakanda. Tout le monde répondu avoir l’impression que c’était un mix de plusieurs pays africains. Qu’en dites-vous ?

Oui, c’est un mix de plusieurs pays africains. Les 7 designers se sont inspirés de partout. Il y a une langue qui est le Xhosa qui est parlée. Moi, la lèvre, c’est copié sur les Mursis d’Éthiopie dans la région de l’Omo. Il y en a qui ont été copiés de la région soudanaise, sur les Touaregs. C’est un panaché. Et c’est ça l’Afrique. C’est le panafricanisme.

  • En parlant de votre personnage, est ce que vous savez comment est venu l’idée du roi de la tribu ?

Justement, ce n’est pas un mythe, ce n’est pas un rêve, ça existe en Afrique. Vous allez en Ethiopie, les mursis en Ethiopie sont comme ça. Donc ça a été inspiré comme ça. Et je trouve ça formidable. C’est vrai que certains peuvent être choqués mais c’est une réalité africaine, une des réalités africaines. Et mettre en avant cette réalité africaine c’est aussi pour Ryan, un moyen de ne pas renier ses traditions, mais c’est aussi un moyen de l’intégrer dans le modernisme, dans le futur.

© : Marvel Studios

  • Est-ce que le maquillage de 4 heures tous les matins était éprouvant ?

Non pas vraiment, fallait juste éviter de faire la fête la veille. J’avais un « call » à 3h du matin pour aller sur le plateau, commencer le maquillage. Je commençais le maquillage à 4h pour être sur le plateau à 9h. Je ne mangeais pas toute la journée, parce que j’avais ce plateau sur les lèvres. Donc on me mettait une paille pour boire. Et je mangeais en fin de journée.

  • Beaucoup considèrent cet ornement comme mutilant, puisque ça déforme la bouche. Est-ce un ornement africain dont on devrait avoir honte ?

Ah non ! L’Afrique est tellement multiple en cultures, c’est ça qui fait la richesse de la culture non seulement africaine mais aussi mondiale. C’est que les gens ne se ressemblent pas. Vous portez des boucles d’oreilles n’est-ce pas ? En Occident, il y a 50 ans, les blancs ne portaient pas de boucles d’oreilles, ils ne se perçaient pas le nez, la lèvre ou ne se mettaient pas de boucles d’oreilles sur la langue. Donc il y a des choses qui nous paraissent écœurantes au départ mais qui peuvent devenir à la mode. Il faut aussi se mettre dans le contexte de cette culture, la signification de toutes ces traditions. Non ce n’est pas des choses dont il faut avoir honte. D’ailleurs, la raison pour laquelle j’ai dit à Ryan « je suis prêt à tout » c’est parce que ça reflète vraiment la diversité de la culture africaine et faut pas en avoir honte, au contraire c’est des richesses.

  • Que représente le Wakanda pour vous ?

Pour moi Wakanda représente ce que l’Afrique sera dans quelques années.

© : Marvel Studios

  • Au Wakanda, modernisme et tradition se côtoient. Pensez-vous que ce serait ça le secret pour que l’Afrique devienne le Wakanda ?

Je pense qu’il ne faut pas renier ses origines, il ne faut pas renier son passé. Il faut avoir des réflexions, prendre des choses du passé qui sont positives et les inclure dans le présent, dans l’avenir. Etre coupé du passé c’est aussi être coupé du rêve.

  • Vous qui vivez en France, quelle est votre relation avec les afro-américains qui vivent là-bas ?

J’ai des relations très bonnes avec certains et pas excellentes avec d’autres. Je n’ai vraiment pas d’a priori sur la couleur. J’ai des amis blanc-américains, j’en ai qui sont noirs américains, y a des blancs américains avec qui je me suis fâché parce qu’on s’entendait pas et y a des africains avec qui je me suis fâché parce qu’on ne s’entendait pas non plus. Je n’ai pas d’a priori sur les cultures, les origines les religions. Ce qui m’intéresse c’est les rapports d’individu à individu.

  • Vu comment le film était attendu par la communauté noire, pensez-vous qu’il a satisfait les gens ?

Dites-moi vous ! Moi j’étais à la première à Los Angeles et je pense que le film satisfait les attentes parce que c’est un film non seulement drôle mais intelligent, unificateur ; ce n’est pas un film qui divise ou qui rejette mais c’est un film qui accepte celui qui est différent. C’est un film porteur d’espoir. C’est aussi la tonalité actuelle, la visibilité du monde avec un président d’un très grand pays américain qui est un peu aux antipodes de l’évolution, donc c’est un film qui parle des cultures différentes qui parle de l’avenir, qui parle de l’entente entre les hommes. Ce film parle aussi de mettre à la disposition du reste du monde ses richesses, sa technologie, pour faire avancer l’esprit humain.

  • Apres Black Panther, y aura t-il d’autres super-héros noirs ?

Si le box-office répond aux attentes je n’ai aucun doute là dessus.

 Par Sonia Guiza.

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