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Henri Christophe : Premier roi de l’histoire haïtienne

Culture

Henri Christophe : Premier roi de l’histoire haïtienne

Par Makandal Speaks

Après l’assassinat de Dessalines, Christophe est élu président de l’État d’Haïti. Plus tard, il créera un royaume dans le Nord du pays et sera proclamé Ier roi d’Haïti.

Nous ne savons que très peu de choses au sujet de l’enfance d’Henri Christophe. Pour de nombreux historiens, il serait né le 1767 sur l’île de Grenade. Fils d’un Noir libre, également nommé Christophe, déporté d’Afrique de l’Ouest, certainement Bambara, il arrive cependant à Saint-Domingue comme esclave. En 1779, dès l’âge de 12 ans, Christophe est batteur pour le compte de l’armée française dans un régiment de plus de 500 « gens de couleur » de St Domingue, les Chasseurs-volontaires au cours de la Révolution américaine.

Suite à la Révolution américaine, Christophe retourne à Saint-Domingue où il multiplie les emplois de courte durée. Il travaille comme fabricant de billards, maçon, marin, manœuvre d’écurie et serveur. Il gère également le restaurant d’un hôtel, d’abord à Cap-Français, puis à la capitale, qui sert les riches propriétaires d’esclaves français des plantations environnantes. C’est à cette période qu’il développe ses compétences politiques, lesquelles lui seront d’un grand secours par la suite.

henri_i-_christophe_1811-1820En août 1791, les Africains de Saint-Domingue se révoltent contre la tyrannie française. Bien que moins connu que Toussaint Louverture, Christophe se distingue au cours de la Révolution haïtienne. Il accède rapidement au grade de Brigadier Général de Louverture en 1802.

Christophe combat aux côtés de Toussaint au nord contre les Français. Il s’agit notamment de lutter contre les troupes espagnoles, britanniques et françaises, qui ont un fort intérêt à réprimer l’insurrection africaine sur les vastes plantations d’esclaves. Saint-Domingue était tout de même « la perle des Antilles« , établie pour le plus grand bonheur du porte-feuilles des esclavagistes européens des Amériques et des Caraïbes.

En 1806, Christophe et le Général haïtien Alexandre Pétion renversent Jean-Jacques Dessalines. S’ensuit une guerre civile éclata entre Christophe et Pétion. En février 1807, Haïti était partagée entre en deux factions : Christophe gère le Nord, fief traditionnel des factions noires radicales et Alexandre Pétion le Sud où les « mulâtres » étaient enracinés.

Un petit mot sur Alexandre Pétion

La politique foncière de Pétion s’est révélée préjudiciable à l’édification de l’Haïti moderne. Les petits exploitants étaient peu incités à produire des cultures d’exportation au lieu de cultures de subsistance. Le café, en raison de sa relative facilité de culture, a fini par dominer l’agriculture dans le sud. Le niveau de production de café n’a cependant pas permis d’exportations substantielles. Le sucre, qui avait été produit en grande quantité à Saint-Domingue, n’était plus exporté d’Haïti après 1822. Lorsque la culture de la canne a cessé, les sucreries ont fermé et les gens ont perdu leur emploi. Dans le sud, l’Haïtien moyen était un yeoman isolé, pauvre, libre et relativement satisfait.

Dans le nord, l’Haïtien moyen était un ouvrier plein de ressentiment mais relativement prospère. Le désir d’autonomie personnelle motive cependant la plupart des Haïtiens plus que le concept plus vague de contribuer à une économie nationale forte, et les défections vers le sud sont fréquentes, à la grande consternation de Christophe.

Il est à noter que les gens de la bourgeoisie haïtienne actuelle sont encore appelés les « mulâtres ». Les notions de races et de couleurs perdurent car elles sont un héritage direct de la colonisation qui avait mis en place “le code noir” qui instaure une ségrégation en fonction du pourcentage de sang blanc dans les veines. Il y avait une cartographie de classification des races en fonction des différentes nuances de noirs jusqu’au blanc. Même après l’indépendance, la notion raciale a continué à être présente à Haïti alors que la constitution haïtienne avait la volonté d’effacer ces classifications instaurées par les colons. Elle stipule notamment que les haïtiens ne peuvent être différenciés selon leur couleur de peau. Or, la discrimination par la couleur s’est maintenue au niveau économique et les « mulâtres » ont pris les rênes de l’économie et relancé les plantations. Merci Alexandre…

Revenons au Roi

Depuis son fief de Plaine-du-Nord, Christophe se proclame « Président et généralissime des forces de terre et de mer de l’État d’Haïti« . Le 26 mars 1811 Henri fait de l’État du Nord d’Haïti un royaume et en est couronné roi. Le 1er avril 1811, l’édit donne son titre complet de :

Henri, par la grâce de Dieu et la Loi constitutionnelle de l’État Roi d’Haïti, Souverain des Îles de la Tortue, Gonâve, et autres îles adjacentes, Destructeur de la tyrannie, Régénérateur et bienfaiteur de la nation haïtienne, Créateur de ses institutions morales, politiques et guerrières, Premier monarque couronné du Nouveau-Monde, Défenseur de la foi, Fondateur de l’ordre royal et militaire de Saint-Henri.

Il règne de 1811 à 1820.

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La Citadelle La Ferrière, construite au début du XIX° siècle à Milot en Haïti par Henri Christophe. C’est la plus grande forteresse des Caraïbes.

Un héritage 

L’Histoire se souviendra du roi Henri 1er pour sa politique de construction et de développement économique en Haïti. Le roi Christophe fit la promotion de l’éducation. Il transforma une économie basée sur l’esclavage en une économie efficace et productive. Bien qu’il ait amélioré les infrastructures du royaume, certains historiens affirment que sa politique du caporalisme agraire impliquait des conditions de travail rudes.

Pour maintenir l’ordre sur ses terres, il créa Les Royal Dahomés. Ce régiment directement recruté dans l’ancien Dahomey (l’actuel Bénin) était composé de 4 000 hommes. Le roi Christophe les avaient organisés en une sorte de gendarmerie redoutée, répartie dans les 56 arrondissements de son royaume. Ils veillaient au maintien de l’ordre et à l’application système juridique appelée le Code Henry. En cas d’attaque, le roi pouvait compter sur cette garde prétorienne pour le défendre avec bravoure et frapper l’ennemi avec fureur.

Malgré sa politique visionnaire, le roi Henry était impopulaire. Ses sujets s’accommodaient très mal du caractère autocratique du monarque. De plus, à cette époque, la nation haïtienne étant divisée, son règne fut constamment contesté par le gouvernement de Petion, au Sud. En 1820, une insurrection éclata dans le royaume. Le peuple s’opposa à la politique féodale de travail forcé, utilisée pour développer le pays.

Drapeau du Royaume d'Haïti

Drapeau du Royaume d’Haïti

Malade et infirme à l’âge de cinquante-trois ans, le roi Henri se suicida plutôt que de risquer un coup d’état et un assassinat. Son fils fut assassiné 10 jours plus tard.

Immortalisé par : La Tragédie du roi Christophe, une pièce de théâtre d’Aimé Césaire, le règne du roi Christophe gagne vraiment à être connu. Aujourd’hui encore, Christophe est considéré comme un héros par les Haïtiens et beaucoup d’afrodescendants. Sa statue fut élevée aux Champs de Mars à Port-au-Prince.

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