HISTOIRE

Boukman Dutty et le serment de « Bwa Kayiman »

Boukman, Dutty Boukman, Zamba Boukman a été le leader de la cérémonie du « Bwa Kayiman » le 14 août 1791

Cette cérémonie est un des événements déclencheurs de la formidable épopée de Saint-Domingue menée par les Noirs pour aboutir à la naissance, en 1804,  il y a deux cent quatorze ans, de la première République Noire : Haïti.

Esclave né à la Jamaïque, plusieurs fois marron, Boukman était commandeur puis cocher sur l’habitation Clément. On le décrit comme un homme de grande taille, de force herculéenne, exerçant un fort ascendant sur les autres esclaves.

L’épopée de Boukman commence lors de la cérémonie du Bois Caïman, le 14 août 1791. Boukman n’a pas choisi la voie d’autres meneurs d’hommes qui proposaient d’adoucir le sort des esclaves en réclamant trois jours pour le maître, trois jours pour les esclaves ; il a choisi la voie de l’insurrection armée, et, plus qu’avec des discours, il a cherché à frapper l’imagination des Noirs en utilisant le cérémonial vaudou.

Le serment du Bois Caïman se déroule dans une clairière au milieu des bois, en pleine nuit d’orage où tonnerre, éclairs et pluie torrentielle ajoutent à la solennité des lieux ; les branches des arbres craquent sous le vent, le décor est planté.
L’assistance est saisie, lorsque débute la cérémonie : un cochon noir éventré , son sang qui jaillit et ruisselle, les conjurés, à commencer par Boukman, boivent le sang les uns après les autres. Boukman prononce une prière en créole : « Notre Dieu, bon pour nous, nous ordonne de nous venger des offenses reçues ; il dirigera nos armes et nous aidera… Écoutez la voix de la liberté, qui parle dans notre cœur à tous. »
La cérémonie s’achève par un serment où tous les assistants, devant la prêtresse et Boukman, jurent de s’engager dans la lutte dont le déclenchement est fixé au 22 août 1791.

Puis, Boukman ordonne le soulèvement général. Cette cérémonie marque une étape décisive et sans précédent dans la lutte pour la liberté. En effet, le soulèvement tant souhaité et prêché par Boukman se concrétise dans les actes survenus dans la nuit du 21 au 22 août 1791.
Les esclaves de cinq habitations se soulevèrent, brûlèrent et massacrèrent les Blancs qui se trouvaient sue leur passage ainsi que leurs familles. La rébellion a été bien organisée et l’insurrection générale qui embrase la plaine du Nord, la région la plus riche de la colonie, n’est pas le fruit du hasard.

Pendant une dizaine de jours, la plaine du Nord est à feu et à sang. On dénombre près de mille Blancs tués, 161 sucreries et 1200 caféières brûlées.

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Ceremonie du bois Caiman par Rouanez.

Boukman, chef incontesté des insurgés, pousse ses troupes près du Cap-Français. Le siège est difficile car les esclaves en armes sont plutôt habitués à une guérilla de campagne, incendiant les champs de cannes, les cases à bagasse, massacrant les Blancs sur les habitations. Vénéré de ses troupes, Boukman tente d’entrer dans la ville. Les chroniqueurs de la guerre d’indépendance racontent :

« Boukman, le plus intrépide des chefs de la révolte, et la plus sanguinaire après Jeannot, encouragé par le nombre prodigieux de ses soldats, et surtout par la faiblesse du détachement qui accompagnait M. de Cambefort, osa tenter la fortune et le sort des combats. Les Blancs, que la force de l’ennemi avait d’abord ébranlés, se ranimèrent. Tout à fait rassurés par l’arrivée d’une petite pièce de canon, ils se précipitèrent sur les rebelles, dont la plupart courent à leur approche se cacher dans les pièces de cannes. On y met le feu, et ceux qu’on peut atteindre au moment qu’ils en sortent sont taillés en pièces. Boukman , vivement poursuivi par un piquet de cavalerie qu’il prend pour l’escorte particulière de M.de Cambefort, s’arrête, résolu à périr, mais à rendre sa mort utile aux siens en immolant le chef des Blancs à sa vengeance. Il fait feu sur cet officier et le manque ; il veut recharger son fusil, mais un dragon ne lui en laisse le temps, d’un coup de pistolet, il l’envoie mort sur la poussière. »

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La tête de Boukman est plantée au bout d’une pique, dans la ville du Cap. Sa mort en fait le premier héros de l’indépendance. « Les chefs prirent le deuil et ordonnèrent un service solennel pour leur chef mort pour la plus juste des causes. »

Boukman mort, l’insurrection ne s’arrête pas. Les lieutenants prennent le relais : Jeannot , Jean-François, Biassou ,Toussaint-Louverture.

Les jeunes générations doivent saluer avec honneur et respect la mémoire de ce géant.

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SK est la rédactrice/ journaliste du secteur Politique, Société et Culture. Jeune femme vive, impétueuse et toujours bienveillante, elle vous apporte une vision sans filtre de l'actualité.

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