Massacre de Soweto : quand la jeunesse Noire a défié l’Apartheid en 1976

Le 16 juin 1976, les rues de Soweto furent le théâtre d’une répression brutale lorsque des étudiants, réclamant leurs droits et une éducation de qualité, se heurtèrent à la brutalité sans limite des forces de l’ordre. Armés de rien d’autre que leur courage et leur détermination, ces jeunes ont bravé les balles et les matraques pour dénoncer un système d’oppression raciale profondément enraciné.

Rébellion et répression : l’écho de Soweto dans la lutte contre l’Apartheid

Le 16 juin 1976 à Soweto, une manifestation d’étudiants affiliés au mouvement « Conscience noire » contre l’imposition de l’afrikaans dans les écoles s’est tragiquement terminée dans la violence, avec plusieurs jeunes tués par la police sud-africaine. En hommage à ces événements, l’UNESCO a institué en 1991 la Journée mondiale de l’enfant africain.

Cet article revient sur ces événements marquants qui ont profondément touché la communauté internationale et souligné la brutalité de l’apartheid.

Imposition de l’Afrikaans : tensions et réactions dans les écoles Noires

Massacre de Soweto : quand la jeunesse Noire a défié l'Apartheid en 1976

En 1974, le ministre de l’Éducation et du Développement Bantou1 en Afrique du Sud a introduit l’Afrikaans Medium Decree. Ce décret imposait l’usage de l’afrikaans2 et de l’anglais comme langues d’enseignement dans les écoles noires, sur une base équitable de 50/50, cherchant à unifier les moyens d’enseignement à travers le pays. Ce changement a été perçu comme une tentative supplémentaire de supprimer l’identité culturelle des étudiants noirs sous le régime de l’apartheid :

« Il a été décidé que, dans un souci d’uniformité, l’anglais et l’afrikaans seraient utilisés comme supports d’enseignement dans nos écoles sur une base de 50/50 (…) »

Malgré les protestations de l’African Teachers Association3 contre le décret imposant l’afrikaans comme langue d’enseignement, le vice-ministre de l’éducation bantoue, Punt Janson, a justifié sa décision en affirmant que comprendre l’afrikaans et l’anglais était essentiel pour les Noirs dans leurs futurs milieux professionnels. Il a déclaré qu’il n’avait pas consulté les communautés noires concernées, se référant uniquement à la Constitution de la République d’Afrique du Sud pour légitimer son action.

« Un homme noir peut avoir à travailler dans une ferme ou dans une usine. Il peut avoir à travailler pour un employeur anglophone ou de langue afrikaans et il doit pouvoir comprendre ses instructions. Pourquoi devrions-nous commencer maintenant à se quereller à propos de la langue d’enseignement pour les personnes de race noire ? … Non, je ne les ai pas consultés et je ne vais pas les consulter. J’ai consulté la Constitution de la République d’Afrique du Sud ». Sifiso Mxolisi Ndlovu ~ « The Soweto Uprising« .

Montée des tensions et répression à Soweto

Massacre de Soweto : quand la jeunesse Noire a défié l'Apartheid en 1976
Hector Pieterson porté par Mbuyisa Makhubo. Sa sœur, Antoinette Sithole, court à côté d’eux.

La tension à Soweto monta lorsque les étudiants, influencés par les propos de Desmond Tutu qui qualifiait l’afrikaans de « langue de l’oppresseur« 4, rejetèrent le décret imposant cette langue comme moyen d’enseignement. En avril 1976, la grève des élèves de l’Orlando West Junior School marqua le début d’une série de protestations. Teboho « Tsietsi » Mashinini, de la Morris Isaacson High School, fut une figure clé, organisant une réunion cruciale le 13 juin. Cette mobilisation aboutit à l’important rassemblement du 16 juin, orchestré par le Conseil des représentants des étudiants de Soweto.

Le 16 juin 1976, entre 10 000 et 20 000 étudiants noirs, inspirés par le Black Consciousness Movement5, se sont rassemblés au Orlando Stadium. Guidés par Tsietsi Mashinini, ils marchaient pacifiquement malgré la forte présence policière. Les étudiants portaient des pancartes avec des slogan tels que « Viva Azania« 6 ou encore « Si nous devons apprendre l’afrikaans, Vorster doit apprendre le Zulu« , mais la police, après un affrontement initial avec des chiens, a ouvert le feu sur la foule, tuant et blessant plusieurs participants. Cette journée tragique est devenue un symbole de la résistance contre l’apartheid.

Parmi les premiers victimes du massacre de Soweto, on compte Hector Pieterson et Hastings Ndlovu, jeunes adolescents abattus par la police. La photo tragique d’Hector Pieterson, capturée par Sam Nzima, est devenue emblématique de la brutalité policière ce jour-là. Elle montre Hector, mortellement touché, porté par Mbuyisa Makhubo avec à ses côtés sa sœur Antoinette Sithole. Cette image symbolise désormais la lutte contre l’apartheid. Le même jour, le Dr Melville Edelstein, un allié des Noirs, fut tué par la foule, soulignant l’extrême tension de l’époque.

La répression de la police de Soweto s’intensifia le lendemain du massacre, avec le déploiement de 1 500 policiers lourdement armés et l’utilisation de véhicules blindés et d’hélicoptères. Dans un contexte déjà tendu, l’exigence de la police que les hôpitaux fournissent les noms des blessés par balles, dans le but de les poursuivre, exacerbait encore la situation. La présence militaire renforcée, avec l’armée en alerte, donnait à Soweto des allures de zone de guerre civile.

L’impact durable du massacre de Soweto

Le Massacre de Soweto ont mobilisé environ 20 000 étudiants et ont été marquées par une répression policière d’une brutalité extrême, avec un bilan officiel de 176 morts, bien que certains estimations avancent jusqu’à 700 victimes. Ces événements ont renforcé le rôle de l’ANC dans la lutte anti-apartheid et ont déclenché une instabilité qui a contribué à l’intensification du boycott international contre l’Afrique du Sud, précédant la libération de Nelson Mandela de quatorze ans. L’insurrection a marqué un tournant, intensifiant la résistance noire et déstabilisant le régime d’apartheid, sans jamais retrouver la stabilité des années antérieures.

Notes et références :

Mathieu N'DIAYE
Mathieu N'DIAYE
Mathieu N’Diaye, aussi connu sous le pseudonyme de Makandal, est un écrivain et journaliste spécialisé dans l’anthropologie et l’héritage africain. Il a publié "Histoire et Culture Noire : les premières miscellanées panafricaines", une anthologie des trésors culturels africains. N’Diaye travaille à promouvoir la culture noire à travers ses contributions à Nofi et Negus Journal.
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