Conférence Afrique-UE sur l’immigration clandestine et le trafic humain

Ce vendredi 16 mars 2018, une réunion entre ministres de l’Intérieur et des Affaires étrangères de neuf pays du Sahel et de quatre pays européens, tous concernés par la crise migratoire, s’est tenue à Niamey (Niger). L’objectif était de mieux coordonner les efforts pour lutter contre les réseaux des passeurs.

Les ministres de l’Intérieur et des Affaires étrangères d’Allemagne, de l’Espagne, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire,de la Guinée, de la France, de l’Italie, de la Libye, du Mali, de la Mauritanie, du Niger, du Sénégal, du Tchad, ainsi que l’Union européenne, l’Organisation des Nations unies, la Commission de l’Union africaine, les Secrétariats du G5 Sahel et de la CENSAD, se sont réunis le 16 mars à Niamey, capitale du Niger. L’objectif de cette  « conférence sur la coordination pour la lutte contre les trafiquants de migrants », était de coordonner les efforts pour lutter contre les réseaux de passeurs et le trafic illicite de migrants.

Les mesures de répression annoncées contre le trafic humain

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Conférence sur la coordination pour la lutte contre les trafiquants de migrants, 16 mars 2018, Niamey, NIGER

Le sommet Union africaine-Union européenne du 29 novembre dernier évoquait des mesures pour éradiquer les réseaux de passeurs et évacuer les migrants tenus prisonniers. La réunion de Niamey, quant à elle, réunit les deux parties concernées: les pays du Sahel, lieux de départ des migrants, et ceux de l’Europe, pays d’arrivée.
Lors de la conférence du 16 mars, plusieurs engagements de principes ont été adoptés : renforcer la coopération judiciaire, améliorer les capacités techniques des forces de sécurité, renforcer les contrôles aux frontières, protéger les migrants en situation irrégulière, et s’attaquer aux réseaux de passeurs. Depuis 2016, le Niger a interpellé 268 trafiquants présumés, saisi 130 véhicules et intercepté près de 6 000 migrants dans le désert, selon le ministre nigérien de l’Intérieur, Mohamed Bazoum. Par ailleurs, les autorités ont identifié plusieurs ghettos en périphérie d’Agadez (Nord Niger), où se cachent à la fois passeurs et migrants. Il y aurait officiellement 22 000 migrants à Agadez.

« Une loi de 2015 a criminalisé le trafic de migrants et qui a consisté notamment à nous donner les possibilités légales de faire arrêter ceux qui utilisent des moyens de déplacement, les passeurs, nous avons démantelé les réseaux de trafics, nous avons considérablement diminué le nombre de personnes à profil de migrants qui rentrent à Agadez, et nous avons divisé leur nombre par dix ».

En effet, la Commission européenne a créé en 2015 un Fonds d’urgence pour la stabilité et la lutte contre les causes profondes de la migration irrégulière et des personnes déplacées en Afrique d’1,8 milliard d’euros, dont le Niger est l’un des principaux pays bénéficiaires. En contrepartie de cette aide financière européenne, les autorités nigériennes ont mis en place depuis 2016 des mesures répressives et voté une loi qui criminalise le trafic illicite de migrants et a fait chuter le nombre de migrants en partance pour l’Europe.

Un manque à gagner pour les passeurs

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Gérard Collomb, ministre français de l’Intérieur et Mohamed Anako, président du conseil régional d’Agadez.

Gérard Collomb, ministre français de l’Intérieur, a fait le déplacement jusqu’à Agadez, la « porte du désert ». La ville est considérée comme un carrefour des principales routes migratoires vers la Libye, puis vers les côtes italiennes. Au Niger, des « programmes de reconversion » pour passeurs ont été mis en place. Ils consistent à financer l’arrêt du trafic des passeurs en leur offrant des subventions devant les encourager à entreprendre une autre activité. Ainsi, s’agissant d’anciens passeurs, sur 1 000 bénéficiaires potentiels, seulement 25 sont vraiment concernées par ce projet, selon les chiffres des autorités.

«Cette loi a été passée brusquement. Cela a été un choc pour les personnes qui vivaient de la migration, constate le président du conseil régional, Mohamed Anako. Désormais, tous attendent de voir se concrétiser les alternatives qui leur ont été promises pour se reconvertir. Et leur impatience grandit.»

Addou Ama, un ancien passeur, a arrêté son activité devenue «trop dangereuse»:

«Tous les jours, nous faisions partir des gens pour la Libye. Cela fonctionnait comme une agence de voyages. Notre commerce était enregistré auprès des autorités, nous payions des taxes… Puis, du jour au lendemain, on nous dit que nous sommes des criminels

Ce témoignage pose la question des responsabilités. Si les passeurs payaient des taxes, qui récoltait les profits de ce trafic? Et quel pouvoir pourrait prétendre ne pas être au courant de ce « commerce » alors que les passeurs étaient enregistrés auprès des autorités? Rappelons ici que le rapport du 12 décembre 2017 d’Amnesty International affirmait que “L’Union européenne dans son ensemble, et l’Italie en particulier, est complice des violations des droits humains commises contre les migrants et réfugiés en Libye”.

Les révélations de la Libye

 

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Siddiq Al-Sour, responsable du Bureau d’Enquêtes au Bureau du Procureur Général, en conférence de Presse sur les 200 trafiquants arrêtés, mars 14 2018.

L’information n’a pas fait grand bruit. Pourtant, les déclarations du chef libyen du bureau des investigations, Al-Seddik al-Sour, deux jours avant la réunion de Niamey, révèlent la présence d’un vaste réseau de trafic humain. Des mandats d’arrêt ont été émis contre plus de 200 trafiquants libyens et étrangers impliqués dans un vaste réseau d’immigration clandestine vers les côtes européennes, a annoncé mercredi 14 mars le bureau du procureur général libyen:

« Nous avons 205 mandats d’arrêt contre des personnes (impliquées dans) l’organisation d’opérations d’immigration, la traite d’êtres humains, (des cas de) torture, de meurtre et de viol », a déclaré Al-Seddik al-Sour

Parmi ces trafiquants figurent des membres de l’organisme de lutte contre la migration clandestine en Libye, un organisme d’Etat, des membres de services de sécurité et des responsables de camps de rétention de migrants,a-t-il ajouté. Il pointe aussi des hauts fonctionnaires d’ambassades africaines en Libye qui seraient impliqués dans ce trafic. En plus de ces implications, Al-Siddik al-Sour établit un lien direct entre le trafic de migrants et les jihadistes de l’organisation Etat islamique.

Des responsables italiens avaient déjà mentionné que les réseaux jihadistes profitaient des migrants pour les traversées vers l’Europe. Le responsable libyen révèle les noms de deux frères: Moussa et Ahmad Diab, qui seraient à la tête d’un vaste réseau de trafiquants. Ces informations ont été récoltées à l’issue d’une enquête menée conjointement avec le parquet italien. Il annonce que le bien mal acquis de ces trafiquants à Malte sera gelé.

La Libye, qui fut l’exemple de prospérité et de réussite africaine sous Mouammar Kadhafi, est devenue, après l’ingérence militaire de 2011, le théâtre de trafics humains- que beaucoup ont découvert avec CNN- et le triste symbole du chaos politique et civil.

Pour l’heure, les responsables politiques réunit à Niamey se sont donné rendez-vous à Kigali en juin. Il s’agira d’assurer le suivi de cette rencontre de Niamey. Cette réunion réunira les directeurs généraux des services de sécurité intérieurs et les directeurs chargés de la migration.

 

Sources:

Courrier International

Amnesty International

TV5 Monde

Niger Inter

RFI

L’AFP

 

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