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Greenleaf ou quand le Mal prend racines au coeur de l’église

Culture

Greenleaf ou quand le Mal prend racines au coeur de l’église

Par SK

Sexe, trahison, famille, EGLISE, autant d’ingrédients essentiels à la création d’un feuilleton envoûtant ! Greenleaf est une série américaine produite par Oprah Winfrey, Craig White et Clément Virgo pour Netflix. Après le succès de la première saison, la suite des aventures de la famille Greenleaf est à découvrir en ce moment sur la plateforme et les révélations vont continuer de pleuvoir. Une petite mise à jour s’impose donc pour les profanes.

Entre repentance et résistance

L’église, institution incontournable dans la vie de la majorité des communautés afro, demeure une mystérieuse entité qui recèle de nombreux secrets. Secrets du christ et reliques du tombeau mais aussi et surtout, secrets coupables qui lient les membres d’une même congrégation, de façon quasi inextricable. La famille Grennleaf est au coeur de la série éponyme et n’échappe pas à cette règle sordide qui veut la foi puisse souvent servir de prétexte au péché. Le révérend James Greenleaf est à la tête de la puissante et prospère église protestante du Calvaire, à Memphis, capitale du Tennessee. Homme de foi charismatique doté d’un mentale d’entrepreneur, il a su se tailler un empire ecclésiastique à la taille de sa dévorante ambition. Cette dernière est attisée et nourrie par son épouse, conseillère personnelle et voie de la raison (ou déraison), Lady May alias Margaret Greenleaf. Cette dame façonnée par le drame qui a resserré son étreinte sur elle au fil de son enfance et de son adolescence, est une femme froide en apparence, dure parce qu’en souffrance et manipulatrice pour les besoins du business.

Margaret Greenleaf alias Lady May
Crédit photo: small things

Mais elle est surtout une mère, qui entretient des rapports excessifs avec ses enfants, telle une Rebecca des temps modernes avec son unique fils, Jacob, au détriment de ses trois filles. Dans la fratrie, l’aînée, Grace (G.G pour la famille) est Esaü, l’enfant prodige pour le révérend qui ne voit que par elle et le vilain petit canard pour sa mère qui l’exècre. Car Grace est la meneuse de croisades, l’enfant rebelle éprise de justice et de vérité. C’est d’ailleurs son retour, après de longues années d’absence, qui pose les prémices de l’apocalypse. En effet, G.G apporte avec elle des révélations. Personne ne veut être confronté à son passé ni forcé de fouiller dans les vielles blessures que chacun tente désespérément d’enfouir, à tout jamais. Bien que la repentance n’eût jamais été au programme pour la dynastie Greenleaf, ce retour inattendu va pousser ces chrétiens dans leurs retranchements. Evidemment, lorsque des hommes s’érigent en berger pour guider le troupeau des âmes, Dieu et la foule les érigent en modèles et lorsque cette image est ébranlée, l’église en pâtit forcément. Sauver les apparences ou curer les plaies, un dilemme chrétien et humain qui force à choisir entre politique et éthique.

Jacob Greenleaf (Lamman Rucker)
Crédit photo: Oprah.com

Feuille verte, feuille de vigne

Greenleaf signifie « Feuille verte » en français. Dans ce contexte religieux, on pense à la feuille de vigne. Dans la bible, le patriarche Noé plante la vigne après le déluge et en tire le premier vin qu’il partage avec son épouse et sa descendance, qui sont avec lui les seuls survivants du châtiment divin. La vigne symbolise une promesse, la promesse d’une chose à venir, une bénédiction si l’alliance avec Dieu est respectée. Dans l’imaginaire païen, la vigne, qui créé le vin, symbolise la force, la vivacité et tous les excès dont l’ivresse. Elle est attribuée à Dyonisos, dans la mythologie grecque .Car tout ce que la nature produit est à la fois bon et mauvais et l’homme a toujours le choix de prendre le côté qui l’arrange. La famille Grennleaf, confortablement installée dans son arche, a déjà tiré le premier vin et comme le dit l’adage : « Quand le vin est tiré, il faut le boire », ce qui signifie que ce qui est fait et qu’il faut donc en assumer les conséquences et trouver une façon de s’en sortir. Pour le clan, il s’agira de boire ce vin, aussi amère puisse-t-il être.

G.G aka Grace Greenleaf
(Merle Dandrige) Crédit photo: Oprah News show

Dans cette fiction, la mort, le sexe, la cupidité, le mensonge, la mauvaise foi, la jalousie et tout ce qu’engendre le Mal, engluent le système de fonctionnement des parents avec leurs enfants. Greenleaf est une série qui plonge le spectateur en immersion dans les dessous de l’église et ses travers qui prouvent simplement que la foi ne fait pas l’homme et que chaque homme n’est tristement rien d’autre qu’un humain, faible, capable du meilleur comme du pire, tout simplement, pitoyablement homme.

Lady May (Lynn Whitfield) Crédit photo: Urban Belle

Dans cette intrigue, Lynn Withfield incarne encore une fois parfaitement son rôle de femme à l’instinct maternel ambiguë. Le producteur et réalisateur Tyler Perry lui avait offert ce rôle de composition dans un volet du feuilleton Madea, Madea’s family reunion (« Affaire de femmes » en français). Miss Withfield a l’habitude des rôles de profondeur, en effet, celle qui campa la célébrissime Joséphine Baker en 1991 a façonné son talent dramatique sur les planches, au sein du théâtre municipal de Bâton rouge (Nouvelle Orléans) dont son père était le propriétaire.

Charity Greenleaf (Deborah Joy Winans)

Le rôle principale du pasteur Grace Greenleaf est campé par Merle Dandrige, une actrice afro-japonaise qu’on a pu apercevoir dans des séries telles que NCIS et new York 911. Dans la fratrie, on découvre également Deborah Joy Winans, le chantre de la famille, qui incarne la sœur cadette, Charity ; ainsi que Lovie Simone et Desiree Ross, les petites-filles Greenleaf. L’acteur Gregory Alan Williams joue l’obscure oncle à la double personnalité. On a déjà pu apprécier son jeu d’acteur dans « Le plus beau des combats », aux côtés de Denzel Washington ou encore « Hidden figures » (« Les figures de l’ombre »).

Robert Mcready aka « Mac »
(Gregory Alan Williams) Crédit photo: Oprah.com

Keith David (cf image à la une de l’article) est le patriarche Greenleaf, le révérend et maître du Calvaire. Père aimant et homme de foi original au charisme inégalable, il se bat pour que son aînée accomplisse le destin que Dieu, ou lui-même, aurait prévu pour elle. Les cinéphiles connaissent bien ce soixantenaire de prestance pour l’avoir vu à l’œuvre dans de grosses productions telles que « Mary à tout prix » ; « Armageddon » ; « Hercule » ; « Panique aux Funérailles » ou encore « Le transporteur 2 ». Enfin, le casting est relevé, tout comme l’intrigue, par la présence de la femme afro-américaine la plus riche du monde et coproductrice de la série, Oprah Winfrey. L’animatrice et femme d’affaires s’est attribué un rôle qui lui va à ravir et qu’elle a coutume d’incarner : celui de la femme forte, souvent seule, torturée mais courageuse. Elle est Mavis, la sœur de Lady May, celle qui n’a pas suivi les voies de l’église et vit en marge de la famille au sein de laquelle seule sa nièce G.G semble mériter son attention. La distribution est juste, ce qui fait de Greenlaef une grande série où l’écriture et la mise en scène laissent davantage place à l’interrogation et à la compréhension qu’au jugement.

Mavis Mcready (Oprah Winfrey) et Lady May (Lynn Withfield)

Le devoir communautaire

Etre à la tête d’une église c’est diriger une communauté, avec ses individualités, le bon et le mauvais. Guider le troupeau d’âmes qui s’impliquent dans la vie de l’église et sont fidèles au culte du dimanche, mais pas seulement. Car la série révèle un échantillon de la communauté noire-américaine qui a socialement réussi, côtoie les personnalités influentes du pays et possède beaucoup de biens matériels et d’argent. La réussite sociale, surtout si elle est chrétienne, veut donc que ceux qui en bénéficient contribuent à l’amélioration des conditions des moins favorisés.

Zora (Debbie) et Sofia (Desree Ross), les petites filles Greenleaf
Crédit photo: Vulture

De ce fait, l’institution du Calvaire c’est aussi l’école « Excellence », une structure scolaire noire aux critères d’exigence élevés dans laquelle est dispensée le catéchisme évidemment, mais aussi toutes les matières obligatoires du programme national pour former les jeunes afro-américains à être les meilleurs. Ce schéma de redistribution des capitaux se fait donc sur la notion de communautarisme à deux niveaux : la communauté comme l’ensemble de l’espace où l’on vit et ses habitants ; la communauté ethnique à laquelle on appartient. Le conseil d’administration de l’église attribue également des bourses pour permettre aux moins fortunés d’accéder à un savoir de qualité. Par ailleurs, le Calvaire possède un centre d’accueil pour les sans-abris et s’acquitte régulièrement de donations envers toutes sortes de programmes sociaux et éducatifs.

Le bon produit sur la bonne plateforme

La bibliothèque de contenu Netflix est richissime en contenus. Les abonnés le savent, même les plus accros et les plus disponibles d’entre nous ne parviendraient à ingurgiter la totalité des films, séries et documentaires que contient la plateforme tant il y en a. Néanmoins, la particularité du géant du streaming est de proposer des créations originales avec des angles inédits et engagés. En effet, les scénaristes et réalisateurs n’ont plus peur de mettre les pieds dans le plat en produisant des fictions réalistes qui prennent comme intrigue les sujets les plus délicats, voire tabous qui font partie, parfois malheureusement, de la vie courante. La saison 2 des combats spirituels de la famille Greenleaf est à découvrir en ce moment même sur Netflix, avec la participation de la chanteuse et ex-Destiny’s Child Letoya Luckett.

Letoya Luckett

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