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Les Massembo, une famille guadeloupéenne qui a préservé son identité africaine

Culture

Les Massembo, une famille guadeloupéenne qui a préservé son identité africaine

Par Sandro CAPO CHICHI

Les Massembo sont une famille d’origine kongo installée en Guadeloupe depuis 1861. L’une de leurs particularités est d’avoir préservé une importante part de leur identité africaine depuis leur arrivée aux Antilles.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.fr

Dans un article précédent, je rappelais que les migrations de populations africaines vers les Antilles ne s’étaient pas arrêtées avec l’abolition de l’esclavage en 1848. A la suite de cette décision, la France avait mis en place le système de ‘travailleurs engagés’. Employés dans le cadre de contrats de 10 ans, ces quelque 6000 immigrés venus d’Afrique travaillaient en fait dans des conditions similaires à celles de leurs prédécesseurs esclaves. Une partie significative de ces ‘engagés’ provenaient de la région du Bassin du Congo. C’est de cette dernière que sont venus les ancêtres de la famille Massembo de Guadeloupe.

La famille Massembo de Guadeloupe

Les premiers Massembo de Guadeloupe arrivent sur l’île en 1861. Leur lieu d’embarquement se trouve à Loango dans l’actuelle République du Congo, sur le site de Tchivelica. Arrivés en Guadeloupe, ils furent gardés près de l’usine Darboussier à Pointe-à-Pitre en bordure de mer, avant d’être affectés dans la commune de Capesterre Belle-Eau en Basse Terre, plus précisément dans une habitation à Cambrefort-Moravie.

Massembo

Usine Darboussier, vers 1890

Les conditions de préservation de leur identité africaine étaient extrêmement difficiles pour les Africains arrivés aux Antilles durant la période de l’esclavage.
Ces conditions étaient plus favorables pour les travailleurs engagés africains. Toutefois, devant la pression sociale, nombreux sont ces ‘engagés’ à s’être fondus dans la société créole. Bien que quelques familles guadeloupéennes aient conservé leurs noms kongos (Malanda, Mabiala, Massengo, Makaya, etc), il semble qu’elles aient abandonné l’usage de la culture et de la langue kongo au bout de la première génération ou de la seconde. La situation des Massembo est différente.

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De la culture kongo ils ont non seulement conservé leur patronyme, mais aussi des rituels ainsi que quelques mots du vocabulaire. Le maintien de cet îlot culturel  kongo entouré par une majorité créole ne fut pourtant pas simple. Outre l’incompréhension qui résulte souvent de l’arrivée d’une nouvelle culture au sein d’ une autre, des préjugés de toute sorte étaient associés étaient associés aux Kongos et à leurs pratiques. Comme pour les populations christianisées ou islamisées d’Afrique, les Créoles de la Guadeloupe craignaient souvent les pratiques religieuses africaines traditionnelles les associant à la sorcellerie. A cause de cette préservation de leurs moeurs africaines, les Massembo furent longtemps stigmatisés par la société. De leurs côtés, les Massembo choisirent de se marier dans la mesure du possible, avec d’autres familles d’origine kongo. La préservation de l’héritage africain des Massembo est d’autant plus remarquable qu’aucun contact ne s’est fait entre l’Afrique centrale et les Massembo de Guadeloupe jusqu’à présent. Dans son ouvrage ‘Kongos de la Guadeloupe’, l’anthropologue Jean-Daniel Gandoulou rapporte le témoignage de l’accordéoniste Alphonse Nzindou, le premier Kongo du continent à avoir rencontré les Massembo depuis l’émigration de leurs ancêtres plus d’un siècle auparavant.

Le Grapp-a-Kongo

Massembo

Cérémonie du Grap a Kongo
Source : Justin-Daniel Gandoulou (2011), Kongos de la Guadeloupe, Rites d’une Identité préservée, Paris : L’Harmattan

A côté du nom Massembo, transmis de génération en génération en parallèle de noms français donnés par l’état civil, le trait culturel kongo le plus distinctif de la famille est une cérémonie. Annuelle, elle est nommée Grap-A-Kongo. Le nom fait vraisemblablement référence aux premières réunions de Kongos se rassemblant ‘en grappe’ pour rendre mémoire aux membres de la famille disparus. Cette cérémonie commence par un chant en Sola ya me sola, toujours parfaitement compréhensible en kikongo. Autrefois honni par la Guadeloupe, le Grapp-a-Kongo est devenu une partie intégrale du patrimoine guadeloupéen auquel assistent de nombreux touristes. Une belle récompense pour ceux qui ont porté à bout de bras le poids de l’africanité dont on avait forcé leurs voisins à se débarrasser.

Massembo

Marie-France Massembo devant la stèle du lieu d’embarquement de ses ancêtres au Congo
Source : Justin-Daniel Gandoulou (2011), Kongos de la Guadeloupe, Rites d’une Identité préservée, Paris : L’Harmattan, p.133

Référence
Justin-Daniel Gandoulou / Kongos de la Guadeloupe

 

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