Racisme médical : 7 inégalités subies par les patients noirs

Douleurs minimisées, symptômes moins pris au sérieux, examens retardés, appareils médicaux moins fiables sur les peaux foncées : de nombreuses études montrent que les personnes noires ne reçoivent pas toujours la même qualité de soins que les patients blancs. Ces disparités reposent sur un ensemble de préjugés, de protocoles médicaux, de choix technologiques et d’inégalités institutionnelles.

7 façons dont les patients noires sont moins bien traitées par les médecins et les hôpitaux

Une patiente noire décrit une douleur intense. Le médecin la soupçonne d’exagérer. Un homme noir arrive aux urgences avec des symptômes inquiétants. Son état est classé comme moins urgent que celui d’un patient blanc présentant les mêmes signes. Une femme enceinte demande de l’aide. Son inquiétude est considérée comme excessive. Un oxymètre affiche un niveau d’oxygène rassurant alors que son sang révèle une hypoxémie dangereuse.

Ces situations peuvent sembler indépendantes. La littérature scientifique montre pourtant qu’elles appartiennent à un même système de disparités. Aux États-Unis, où les données de santé sont fréquemment ventilées par origine ethnique, les patients noirs reçoivent dans plusieurs domaines des soins différents, plus tardifs ou moins adaptés que les patients blancs.

Les causes sont multiples : préjugés explicites ou inconscients, formation médicale incomplète, logiciels construits à partir de données inégalitaires, absence de représentation des peaux foncées dans les manuels, accès inégal aux spécialistes, ségrégation résidentielle, différences de couverture médicale et concentration des patients noirs dans des établissements disposant de moins de ressources.

Une disparité statistique ne prouve pas automatiquement qu’un médecin précis a volontairement discriminé un patient. Elle révèle toutefois un problème lorsque les écarts persistent après la prise en compte de l’âge, du diagnostic, de l’assurance, du revenu ou de la gravité de la maladie.

Les données disponibles concernent surtout les États-Unis. La France collecte moins systématiquement les statistiques ethniques dans le domaine médical. En mai 2025, la Défenseure des droits a néanmoins alerté sur l’existence de discriminations systémiques dans les parcours de soins français. Son rapport mentionne des refus de prise en charge, des douleurs minimisées, des actes pratiqués sans consentement éclairé et des traitements différenciés liés notamment à l’origine réelle ou supposée des patients.

Voici sept mécanismes documentés par lesquels les personnes noires peuvent recevoir des soins de moindre qualité.

1. Leur douleur est plus souvent minimisée ou insuffisamment traitée

Racisme médical : 7 inégalités subies par les patients noirs

La douleur ne se mesure pas comme une température ou un taux de glucose. Le médecin dépend en partie du récit du patient, de son comportement, de ses expressions faciales et de sa propre interprétation. Cette part de subjectivité ouvre un espace aux stéréotypes.

Plusieurs travaux ont montré que les patients noirs reçoivent moins fréquemment certains médicaments contre la douleur que les patients blancs présentant des symptômes comparables. Une méta-analyse consacrée aux urgences américaines a conclu que les patients noirs avaient une probabilité ajustée inférieure de 32 % de recevoir un médicament antalgique par rapport aux patients blancs.

Cette différence ne provient pas uniquement de la prudence liée aux opioïdes. Elle apparaît dans différents contextes médicaux, notamment les urgences, les soins postopératoires, la cancérologie, la pédiatrie et la prise en charge de douleurs chroniques.

Une étude devenue centrale, publiée en 2016 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, a interrogé des étudiants et internes en médecine sur de prétendues différences biologiques entre les populations noires et blanches. Une proportion importante des participants adhérait à au moins une croyance fausse : les personnes noires auraient une peau plus épaisse, des terminaisons nerveuses moins sensibles ou un sang coagulant plus rapidement.

Les étudiants qui validaient davantage ces affirmations évaluaient généralement la douleur des patients noirs comme moins forte et proposaient des traitements moins appropriés.

Ces croyances prolongent une histoire médicale ancienne. Pendant l’esclavage et la ségrégation, des médecins occidentaux ont présenté les corps noirs comme naturellement plus résistants, moins sensibles à la douleur ou adaptés aux travaux pénibles. Ces théories servaient à justifier les violences, les expérimentations et l’exploitation.

Le mythe survit dans des comportements parfois ordinaires. Une personne noire exprimant calmement sa souffrance peut être jugée trop confortable pour souffrir réellement. Une personne qui pleure ou s’agite peut être décrite comme agressive, théâtrale ou difficile. La démonstration de la douleur devient alors une épreuve impossible : trop peu expressive, elle n’est pas crue ; trop expressive, elle est suspectée d’exagération.

Les patients atteints de drépanocytose rencontrent particulièrement ce problème. Les crises vaso-occlusives peuvent provoquer des douleurs extrêmement intenses qui nécessitent une prise en charge rapide. Comme certains patients connaissent précisément les médicaments et les doses qui les soulagent, leur expertise peut être interprétée comme une recherche de substances narcotiques. L’attente, la suspicion et le sous-dosage prolongent alors inutilement la souffrance.

Le traitement équitable de la douleur exige des protocoles précis, une utilisation rigoureuse des échelles d’évaluation, la prise en compte des antécédents et la reconnaissance de la parole du patient comme une donnée clinique. La douleur déclarée ne peut pas être écartée sur la base de la race, de l’apparence, du ton de voix ou de suppositions concernant la consommation de drogues.

2. Leurs symptômes sont moins écoutés et classés comme moins urgents

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Le triage constitue l’une des premières décisions prises aux urgences. Un infirmier ou une infirmière évalue les symptômes, les constantes vitales et l’état général pour déterminer la priorité du patient.

Cette étape influence toute la suite : temps d’attente, examens commandés, rapidité d’intervention, surveillance et accès à un médecin. Une sous-évaluation initiale peut retarder le diagnostic d’un infarctus, d’une embolie pulmonaire, d’une infection grave ou d’une hémorragie.

Une étude publiée en 2023 dans JAMA Network Open a analysé près de 250 000 passages dans sept services d’urgence universitaires et communautaires. À symptômes principaux comparables, les patients noirs, hispaniques ou classés dans d’autres minorités recevaient plus souvent un niveau de priorité inférieur à celui des patients blancs.

Une autre recherche parue en 2024 a étudié les examens pratiqués aux urgences pour plusieurs diagnostics courants. Les patients blancs recevaient plus fréquemment certains examens d’imagerie ou tests complémentaires. Les auteurs soulignent qu’une partie de ces examens pouvait relever d’une médecine excessive. Ils identifient cependant un risque inverse : une réduction trop importante des investigations chez les patients noirs peut accroître les diagnostics manqués.

La différence se joue parfois dans la crédibilité accordée au récit. Une douleur thoracique peut être attribuée trop rapidement à l’anxiété. Une fatigue intense peut être renvoyée au mode de vie. Des symptômes neurologiques peuvent être interprétés comme une consommation de substances. Une personne décrivant précisément sa maladie peut être considérée comme exigeante ou soupçonnée de s’être renseignée de manière obsessionnelle sur Internet.

Ces biais deviennent particulièrement dangereux lorsque les signes sont atypiques ou lorsque la maladie nécessite une décision rapide. La médecine fonctionne alors sous pression, avec peu d’informations et une charge de travail élevée. Les raccourcis mentaux prennent davantage de place.

Les différences de communication renforcent le phénomène. Une revue systématique consacrée aux relations entre patients et médecins a conclu que les patients noirs connaissaient en moyenne une communication moins centrée sur le patient, recevaient moins d’informations et participaient moins aux décisions médicales.

Cette asymétrie transforme la consultation. Le médecin pose moins de questions ouvertes. Le patient dispose de moins de temps pour expliquer son expérience. Les inquiétudes sont reformulées dans un langage qui en réduit la gravité. Une demande d’examen ou une question sur le traitement peut être interprétée comme une remise en cause de l’autorité médicale.

La qualité du triage repose pourtant sur l’écoute. Les constantes vitales ne racontent pas toute l’histoire. Certains accidents cardiaques, infections ou complications obstétricales peuvent se développer malgré des mesures initialement rassurantes. Le témoignage du patient permet souvent de comprendre l’évolution des symptômes, leur intensité inhabituelle et les changements ressentis.

3. Les femmes noires sont davantage exposées aux mauvais traitements pendant la grossesse et l’accouchement

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Les inégalités obstétricales représentent l’un des aspects les mieux documentés du racisme médical aux États-Unis.

En 2024, le taux américain de mortalité maternelle atteignait 44,8 décès pour 100 000 naissances vivantes chez les femmes noires non hispaniques. Il s’élevait à 14,2 chez les femmes blanches, 12,1 chez les femmes hispaniques et 18,1 chez les femmes asiatiques. Une femme noire présentait donc un risque de décès maternel plus de trois fois supérieur à celui d’une femme blanche.

Les différences de revenu ou d’éducation n’effacent pas complètement cet écart. Des femmes noires diplômées, assurées et financièrement favorisées peuvent elles aussi connaître des complications graves ou des soins insuffisants. Le statut social protège contre certains risques sans neutraliser les stéréotypes liés au genre et à la couleur de peau.

Une enquête nationale publiée par les Centers for Disease Control and Prevention en 2023 a interrogé des femmes sur leurs expériences pendant la grossesse et l’accouchement. Environ 30 % des répondantes noires déclaraient avoir subi une forme de mauvais traitement, contre environ 20 % de l’ensemble des femmes interrogées.

Les situations recensées comprenaient l’absence de réponse à une demande d’aide, des remontrances, des cris, le non-respect de l’intimité physique et des menaces concernant le traitement. Environ 40 % des mères noires interrogées déclaraient également avoir subi une discrimination pendant leur prise en charge.

Le danger apparaît souvent lorsque la parole de la patiente est séparée des indicateurs techniques. Une femme explique qu’elle ne peut plus respirer, qu’elle ressent une douleur inhabituelle, qu’elle saigne ou qu’elle sait que quelque chose ne va pas. Les soignants attribuent parfois ses symptômes au stress normal de la grossesse, à une faible tolérance à l’inconfort ou à une anxiété excessive.

Plusieurs complications maternelles (prééclampsie, hémorragie, embolie, infection, cardiomyopathie) nécessitent une reconnaissance et une intervention rapides. Chaque heure perdue peut modifier le pronostic.

L’image de la femme noire forte intervient également. Une patiente présumée robuste reçoit moins spontanément d’attention, de réconfort ou de surveillance. Sa capacité apparente à supporter la douleur peut être confondue avec l’absence de danger.

La qualité des établissements joue aussi un rôle. Aux États-Unis, les femmes noires sont plus susceptibles d’accoucher dans des hôpitaux qui prennent en charge une forte proportion de patientes issues de minorités et qui disposent parfois de moins de ressources. Les disparités combinent ainsi l’expérience individuelle de la patiente et l’organisation structurelle du système de soins.

Des solutions existent : protocoles standardisés pour les urgences obstétricales, surveillance de la tension artérielle après l’accouchement, audits des décès, équipes diversifiées, présence de sages-femmes et de doulas, formation à l’écoute et possibilité pour les patientes de signaler rapidement un comportement préoccupant.

La mortalité maternelle noire ne résulte pas d’une caractéristique naturelle du corps noir. Elle révèle une combinaison de maladies chroniques, d’exposition au stress, d’inégalités sociales, de différences dans la qualité des hôpitaux et de décisions médicales parfois retardées ou inadaptées.

4. Certains appareils et algorithmes médicaux fonctionnent moins bien pour eux

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La technologie médicale paraît objective. Une machine produit un chiffre, un logiciel calcule un risque, un algorithme recommande une orientation. Ces outils restent pourtant dépendants des personnes qui les conçoivent, des populations utilisées pour les tester et des choix intégrés dans leurs formules.

L’oxymètre de pouls fournit un exemple majeur. Placé sur le doigt, il estime la quantité d’oxygène transportée dans le sang grâce à la lumière traversant la peau. Cet appareil a joué un rôle central pendant la pandémie de Covid-19.

Une étude publiée en 2020 dans le New England Journal of Medicine a comparé les mesures de l’oxymètre aux analyses directes du sang artériel. Chez les patients dont l’appareil affichait une saturation comprise entre 92 et 96 %, une hypoxémie occulte était détectée dans 11,7 % des mesures concernant des patients noirs, contre 3,6 % chez les patients blancs dans une première cohorte.

Dans une seconde cohorte, cette hypoxémie non détectée apparaissait dans 17 % des mesures chez les patients noirs contre 6,2 % chez les patients blancs.

La pigmentation influence l’absorption de la lumière. Un appareil insuffisamment testé sur différentes couleurs de peau peut donner une lecture artificiellement rassurante. Le patient respire difficilement, mais la machine indique une saturation acceptable. Le personnel peut alors retarder l’oxygène, des examens complémentaires, une hospitalisation ou l’admission en soins intensifs.

Les algorithmes cliniques ont produit d’autres formes d’inégalité. Pendant plusieurs années, certaines équations évaluant la fonction rénale ajoutaient un coefficient lorsque le patient était identifié comme noir. À taux de créatinine identique, le résultat faisait apparaître une meilleure fonction rénale chez le patient noir.

Cette correction reposait sur l’idée généralisée que les personnes noires posséderaient en moyenne une masse musculaire plus importante. Elle transformait une catégorie sociale très diverse en caractéristique biologique uniforme.

L’estimation pouvait retarder la reconnaissance d’une insuffisance rénale, l’orientation vers un spécialiste ou l’inscription sur une liste de transplantation. La National Kidney Foundation et l’American Society of Nephrology recommandent désormais aux États-Unis des équations ne comportant plus de coefficient racial.

Une autre étude publiée dans Science en 2019 a analysé un algorithme utilisé pour identifier les patients ayant besoin de programmes de soins renforcés. Le logiciel employait les dépenses médicales comme indicateur de l’état de santé. Or, à niveau de maladie comparable, les patients noirs avaient historiquement généré moins de dépenses, notamment en raison d’un accès plus limité aux soins.

L’algorithme interprétait donc une faible consommation médicale comme un meilleur état de santé. Il attribuait moins souvent aux patients noirs l’accompagnement supplémentaire dont ils avaient besoin.

La machine ne formulait aucun préjugé conscient. Elle reproduisait une inégalité déjà présente dans les données. Lorsque les soins passés ont été distribués de manière inéquitable, un algorithme entraîné sur ces soins peut industrialiser cette inégalité.

5. Les maladies visibles sur la peau sont moins bien enseignées et parfois diagnostiquées plus tard

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Pendant des décennies, les manuels de dermatologie, les atlas médicaux et les supports de formation ont présenté majoritairement des maladies observées sur des peaux claires. Les étudiants ont appris à identifier une rougeur, une inflammation, une cyanose ou une éruption à partir d’images qui correspondaient peu aux patients à peau foncée.

La même maladie peut pourtant apparaître différemment selon la pigmentation. Sur une peau claire, une inflammation devient rouge ou rose. Sur une peau foncée, elle peut paraître violette, brune, grise ou plus discrète. La cyanose, signe possible d’un manque d’oxygène, peut être moins visible sur les lèvres ou la peau et nécessiter l’examen des muqueuses, de la langue ou du lit des ongles.

Une formation insuffisante augmente le risque de diagnostic tardif pour l’eczéma, le psoriasis, certaines infections, les réactions médicamenteuses ou les maladies inflammatoires.

Le cancer de la peau illustre les conséquences possibles. Les personnes noires développent moins fréquemment un mélanome que les personnes blanches. Lorsqu’un mélanome survient, il est toutefois plus souvent diagnostiqué à un stade avancé.

Chez les personnes à peau foncée, certains mélanomes apparaissent sur des zones moins associées au soleil : plante des pieds, paume des mains, dessous des ongles ou muqueuses. Le patient peut ignorer qu’une lésion située sous le pied présente un risque. Le médecin peut lui aussi écarter trop rapidement l’hypothèse d’un cancer cutané en raison de la rareté statistique de la maladie dans cette population.

Une étude consacrée aux délais de traitement a observé que les patients noirs atteints d’un mélanome connaissaient plus fréquemment un intervalle prolongé entre le diagnostic et l’intervention chirurgicale, même après ajustement sur plusieurs facteurs sociodémographiques.

Le problème dépasse la dermatologie. Les symptômes de jaunisse, d’anémie, de maladie de Lyme, de lésions de pression ou d’infection peuvent également être moins facilement identifiés lorsque la formation repose sur un patient blanc considéré comme modèle universel.

La correction de cette lacune exige des banques d’images diversifiées, des examens cliniques adaptés, des essais sur différentes pigmentations et une représentation équilibrée dans les livres, les applications et les systèmes d’intelligence artificielle.

Une médecine conçue à partir d’un type de peau unique produit mécaniquement des angles morts.

6. Ils accèdent moins facilement aux spécialistes et aux traitements les plus avancés

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L’inégalité médicale se manifeste également après le diagnostic. Deux patients peuvent souffrir de la même maladie, présenter une gravité comparable et recevoir des options thérapeutiques différentes.

Dans les maladies cardiovasculaires, plusieurs études ont observé que les patients noirs étaient moins souvent orientés vers certains examens invasifs, interventions de revascularisation ou traitements spécialisés.

Une étude portant sur la prise en charge initiale de l’infarctus a notamment constaté que les adultes noirs étaient moins susceptibles que les adultes blancs de subir une angiographie coronarienne ou une intervention coronarienne percutanée. Ces procédures permettent de visualiser les artères et, si nécessaire, de rétablir rapidement la circulation sanguine.

Les écarts peuvent résulter de différences cliniques légitimes. Ils persistent toutefois dans plusieurs analyses après ajustement sur l’état du patient, ses maladies associées ou les caractéristiques de l’hôpital.

Les transplantations constituent un autre domaine critique. Les patients noirs sont fortement touchés par l’insuffisance rénale terminale, mais ont historiquement rencontré davantage d’obstacles dans l’évaluation, l’inscription sur liste d’attente et l’accès à une greffe.

Le parcours comporte de nombreuses étapes : orientation vers un néphrologue, information sur les options, évaluation psychosociale, examens, recherche d’un donneur et inscription. Une inégalité à chaque étape produit un écart considérable à la fin.

Certains critères apparemment neutres peuvent pénaliser les patients les plus précaires : impossibilité de se libérer du travail, difficulté à se rendre aux rendez-vous, absence de moyen de transport, couverture médicale instable ou manque de soutien à domicile. Ces contraintes sont parfois interprétées comme un manque de motivation ou une faible capacité à suivre le traitement.

La géographie hospitalière compte également. Aux États-Unis, une part importante des patients noirs reçoit des soins dans des établissements qui disposent de ressources plus limitées, recrutent moins de spécialistes ou gèrent une patientèle plus malade et plus pauvre.

Une étude sur les urgences chirurgicales a montré que l’hôpital dans lequel un patient était admis expliquait une part importante des différences de résultats entre patients noirs et blancs. La qualité du soin dépend donc aussi de la distribution inégale des ressources entre les établissements.

La discrimination médicale prend ici une forme structurelle. Aucun soignant ne prononce nécessairement une remarque raciste. Le patient arrive simplement plus tard chez le spécialiste, reçoit moins d’informations, traverse un processus d’évaluation plus difficile et se retrouve dans un hôpital moins équipé.

7. Leurs questions sont plus souvent ignorées et leur comportement davantage interprété comme un problème

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La relation médicale dépend de la confiance. Le patient expose une partie intime de son corps, de ses habitudes et de ses peurs. Il accepte des examens, des traitements et parfois des interventions irréversibles. Cette confiance diminue lorsque la personne se sent jugée, infantilisée ou soupçonnée.

Une enquête nationale conduite aux États-Unis par la Kaiser Family Foundation en 2023 a montré que les adultes noirs rapportaient plus souvent que les adultes blancs avoir été traités injustement ou sans respect par un professionnel de santé en raison de leur origine.

Certains déclaraient qu’une question ou une demande directe avait été ignorée. D’autres rapportaient s’être vu refuser un médicament contre la douleur qu’ils jugeaient nécessaire. Environ six adultes noirs sur dix disaient se préparer à d’éventuelles insultes ou surveiller attentivement leur apparence afin d’être traités équitablement lors d’une consultation.

Cette préparation possède un coût psychologique. Le patient choisit ses vêtements, module son accent, limite ses questions et contrôle ses émotions pour paraître raisonnable, éduqué et non menaçant. Une énergie qui devrait être consacrée à comprendre la maladie sert à gérer la perception du personnel.

Le stéréotype du patient noir agressif ou méfiant influence également les interactions. Une demande insistante peut être considérée comme une menace. Le refus d’un traitement peut être interprété comme de l’ignorance. Une inquiétude concernant les effets secondaires peut être assimilée à une opposition irrationnelle à la médecine.

Cette lecture oublie que la méfiance possède souvent une histoire personnelle. Le patient peut avoir déjà subi une douleur minimisée, une erreur, un refus de soins ou une humiliation. Sa famille peut avoir vécu des expériences similaires. La défiance devient alors une réponse à des interactions concrètes, et non un trait culturel naturel.

La communication de moindre qualité produit des conséquences médicales. Le patient comprend moins bien son diagnostic, utilise moins correctement ses médicaments, hésite à signaler une aggravation ou évite les consultations suivantes. Les discriminations vécues dans les établissements de santé ont été associées à un recours réduit à certains soins préventifs.

En France, le rapport publié en 2025 par la Défenseure des droits décrit également des préjugés conduisant à des refus de rendez-vous, des prises en charge dégradées ou des comportements discriminatoires. Un testing national réalisé antérieurement auprès de 1 500 cabinets de dentistes, gynécologues et psychiatres avait déjà étudié les différences de traitement liées à l’origine supposée et à la précarité.

Un soin respectueux implique une information claire, le consentement, la réponse aux questions, l’absence de représailles lorsque le patient exprime un désaccord et la possibilité d’obtenir un second avis.

La compétence médicale comprend la capacité à écouter une personne qui ne parle pas, ne souffre pas ou ne réagit pas comme le soignant l’attend.

Des inégalités produites par l’ensemble du système

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Les disparités médicales touchant les personnes noires ne reposent pas sur une cause unique. Elles apparaissent à chaque niveau du parcours :

  • avant la consultation, par l’accès inégal à l’assurance, aux transports et aux spécialistes ;
  • à l’accueil, par le refus de rendez-vous ou la sous-évaluation de l’urgence ;
  • pendant l’examen, par une écoute moins attentive ou une connaissance insuffisante des peaux foncées ;
  • lors du diagnostic, par des appareils et algorithmes mal calibrés ;
  • pendant le traitement, par une prise en charge insuffisante de la douleur ou un accès réduit aux procédures avancées ;
  • après la sortie, par un suivi incomplet et des établissements disposant de ressources inégales.

Les biais individuels comptent, mais l’institution détermine leur pouvoir. Un hôpital qui mesure les délais, les prescriptions, les complications et les résultats selon les groupes de patients peut identifier les écarts. Un établissement qui refuse de collecter ou d’étudier ces données rend les discriminations plus difficiles à détecter.

La formation aux biais implicites peut améliorer la prise de conscience. Elle produit davantage d’effets lorsqu’elle s’accompagne de protocoles standardisés, d’audits, d’équipes diversifiées, de mécanismes de signalement et d’une responsabilité réelle des directions hospitalières.

Les patients noirs n’ont pas besoin de recevoir des traitements différents par principe. Ils doivent accéder au même niveau d’attention, de précision, de soulagement, d’information et de sécurité que tous les autres patients.

L’égalité médicale commence par une règle simple : une douleur doit être évaluée selon sa gravité, un symptôme selon ses caractéristiques, une grossesse selon ses risques et un patient selon son état clinique. La couleur de peau ne doit jamais déterminer la quantité de compassion, de temps ou de technologie qu’une personne reçoit.

Notes et références

Mathieu N'DIAYE
Mathieu N'DIAYE
Mathieu N’Diaye, aussi connu sous le pseudonyme de Makandal, est un écrivain et journaliste spécialisé dans l’anthropologie et l’héritage africain. Il a publié "Histoire et Culture Noire : les premières miscellanées panafricaines", une anthologie des trésors culturels africains. N’Diaye travaille à promouvoir la culture noire à travers ses contributions à Nofi et Negus Journal.
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