5 raisons d’aller voir Furcy, né libre, le film d’Abd Al Malik

Avec Furcy, né libre, Abd Al Malik signe un film aussi nécessaire qu’esthétiquement marquant. Inspiré d’une histoire vraie, ce drame historique retrace le combat judiciaire exceptionnel de Furcy Madeleine, né libre mais maintenu en esclavage à La Réunion. Casting remarquable, photographie soignée, récit puissant : cette œuvre engagée met en lumière une figure oubliée et fait résonner son combat avec les enjeux contemporains de mémoire, de droit et d’identité. Voici cinq bonnes raisons d’aller voir ce film fort, poétique et profondément humain.

Pourquoi il faut voir Furcy, né libre au cinéma

En 2026, le rappeur et réalisateur Abd Al Malik porte à l’écran l’histoire vraie de Furcy Madeleine, un homme né libre mais réduit en esclavage à l’Île Bourbon (La Réunion) au début du XIXe siècle. Son film Furcy, né libre retrace le combat judiciaire hors norme que Furcy mena pendant près de trente ans pour faire reconnaître sa liberté, dans une société régie par le Code noir.

Librement adapté du livre L’Affaire de l’esclave Furcy de Mohammed Aïssaoui, le long-métrage offre bien plus qu’un simple récit historique. À travers cette histoire singulière, Abd Al Malik propose une œuvre à la fois divertissante et édifiante, qui dialogue avec les enjeux de mémoire, de justice, d’esthétique et de représentation noire dans le cinéma français contemporain. Voici cinq raisons de ne pas manquer Furcy, né libre au cinéma.

1° L’histoire vraie d’un héros oublié de l’esclavage

5 raisons d’aller voir Furcy, né libre, le film d’Abd Al Malik

Furcy Madeleine est une figure méconnue de l’histoire coloniale française, dont le destin exceptionnel méritait d’être raconté. Né libre en 1786 d’une mère affranchie, il a pourtant été traité comme un esclave durant des années à La Réunion. À la mort de sa mère en 1817, Furcy découvre des documents prouvant qu’il aurait dû naître libre et décide d’intenter un procès contre son maître pour faire valoir ses droits. Cette bataille judiciaire, menée avec l’aide d’un procureur abolitionniste, durera 27 ans et ne prendra fin qu’en 1843, quand la Cour royale de Paris déclarera enfin Furcy « né en liberté » ; une victoire obtenue juste avant l’abolition définitive de l’esclavage en 1848.

En exhumant cette histoire authentique, le film d’Abd Al Malik fait œuvre de mémoire et de justice. Il redonne vie à un héros oublié qui a osé défier l’ordre esclavagiste par les voies légales, contribuant ainsi à notre compréhension du passé colonial français. Comme le souligne le réalisateur, il est crucial de regarder « même les parties les plus sombres » de notre histoire collective « droit dans les yeux » si l’on veut construire un avenir meilleur. Furcy, né libre permet justement de poser ce regard lucide sur le passé, en mettant en lumière le parcours hors du commun d’un homme dont la détermination force l’admiration.

2° Un combat pour la liberté à la résonance universelle

5 raisons d’aller voir Furcy, né libre, le film d’Abd Al Malik

Au-delà du cas individuel de Furcy, le film résonne comme un puissant plaidoyer pour la justice et les droits humains universels. Le choix de Furcy de s’en remettre à la loi et aux tribunaux (plutôt que de fuir ou de recourir à la violence) confère à son combat une dimension exemplaire. « Furcy aurait pu choisir le marronnage, la violence, mais il s’accroche au droit et gagne. Pour moi, ça veut dire quelque chose aujourd’hui », explique Abd Al Malik, qui voit dans cette histoire une leçon d’endurance et d’espoir.

À l’instar de figures comme Gandhi, Nelson Mandela ou Martin Luther King, Furcy démontre qu’un changement profond peut être arraché pacifiquement en obligeant le système à se confronter à ses propres contradictions.

En effet, la France de l’époque se targuait d’être le berceau des droits de l’homme, tout en maintenant l’esclavage dans ses colonies ; un paradoxe que Furcy va exploiter devant les juges. Le film montre comment il retourne contre l’ordre établi les armes juridiques de l’oppresseur : le Code noir, ce corpus légal qui faisait des esclaves des « biens, des meubles », est peu

à peu rendu obsolète par le raisonnement juridique même de Furcy et de ses soutiens. Ce faisant, Furcy, né libre transcende son cadre historique pour parler au présent. Le combat de Furcy invite chaque spectateur à réfléchir aux mécanismes de résistance face à l’injustice, et rappelle que la conquête de la liberté passe par la persévérance, la foi dans les institutions – et l’éducation.

D’ailleurs, l’un des aspects marquants de Furcy est qu’il savait lire et écrire, compétence rare chez les esclaves, ce qui lui a permis de se saisir du droit pour se libérer. Abd Al Malik, qui s’identifie au parcours de Furcy, y voit un message d’élévation par le savoir : « Le savoir est une arme de paix, qui nous pacifie et pacifie notre rapport à l’autre. Et ce film, c’était aussi magnifier la connaissance » confie-t-il, soulignant l’importance primordiale de l’éducation pour s’affranchir des chaînes, qu’elles soient physiques ou sociales.

3° Une mise en scène audacieuse et immersive

5 raisons d’aller voir Furcy, né libre, le film d’Abd Al Malik

Furcy, né libre n’est pas qu’un récit historique captivant, c’est aussi une expérience de cinéma riche en émotions et en esthétique. Abd Al Malik, pour son deuxième long-métrage, déploie une vision artistique ambitieuse et poétique. Il a ainsi conçu son film comme un triptyque de lieux et d’ambiances distincts, correspondant aux grandes étapes du parcours de Furcy.

« J’ai réfléchi en tableaux », explique le réalisateur :

  • Le premier tableau se déroule à La Réunion, filmée comme un “paradis” tropical qui cache en réalité un enfer ; Furcy y vit une idylle amoureuse et une existence en apparence douce, mais sous la beauté des paysages couve la violence de sa condition d’esclave tenue secrète.
  • Le deuxième tableau, à l’Île Maurice, plonge le héros dans une plantation de canne à sucre aux vastes étendues écrasantes, une sorte de prison à ciel ouvert où la folie guette sous la brutalité du système esclavagiste.
  • Enfin, le troisième tableau nous transporte à Paris pour le dénouement judiciaire, que le cinéaste met en scène comme au théâtre : le tribunal devient un lieu de verbe et de confrontation quasi ritualisée, où les personnages prennent la parole face au public tel une « troupe de théâtre » révélant la réalité sous forme d’archétypes.

Ce parti-pris audacieux donne au film une dimension presque onirique par moments, tout en soulignant la puissance du verbe et du discours. Abd Al Malik n’hésite pas à intégrer de longues tirades où ses personnages s’adressent directement aux spectateurs, brisant le quatrième mur lors des plaidoiries pour mieux transmettre la force des mots.

Sur le plan visuel, Furcy, né libre frappe par sa « puissance sensorielle » et ses images soignées. La photographie de Guillaume Deffontaines magnifie aussi bien la luxuriance tropicale que l’austérité des salles d’audience, créant des tableaux d’une grande beauté plastique. La bande son, elle, mêle musiques originales et chants traditionnels réunionnais : le film s’ouvre d’ailleurs sur la voix a cappella du chanteur Danyel Waro entonnant un chant en créole dès les premières secondes, un choix symbolique qui ancre le récit dans la culture de La Réunion tout en faisant office de manifeste.

Ce soin apporté à l’atmosphère transporte le public dans l’époque tout en faisant vibrer sa corde sensible. Le résultat est un film à la fois pédagogique et divertissant, fidèle à l’ambition d’Abd Al Malik de « mettre les deux » en équilibre. Déjà sélectionné dans plusieurs festivals, notamment au Festival du film francophone d’Angoulême 2025, et lauréat d’un prix du jury jeune au festival de Malaga, Furcy, né libre témoigne d’une maîtrise cinématographique qui séduira les amateurs de beau cinéma autant que les passionnés d’histoire.

4° Des interprètes de talent et une perspective inédite

L’une des forces du film réside dans son casting exceptionnel, qui donne vie avec justesse et intensité aux personnages historiques. Dans le rôle-titre, le jeune acteur Makita Samba livre une performance habitée et tout en retenue. Révélé par Les Olympiades de Jacques Audiard, il incarne Furcy avec une dignité silencieuse, exprimant beaucoup en parlant peu ; exactement ce qu’Abd Al Malik recherchait.

« Makita, dès les essais, ne disait rien, mais disait tout. Pour moi, ça a été une évidence. Furcy est quelqu’un qui ne dit pas grand-chose, mais qui est d’une grande intelligence » confie le cinéaste à propos de son acteur principal. Ce jeu intériorisé donne une grande profondeur au personnage de Furcy, homme réfléchi et déterminé dont la colère est contenue par la stratégie et l’espoir.

À ses côtés, Ana Girardot incarne Virginie, la compagne de Furcy, apportant une touche de douceur romantique au récit tout en représentant le soutien indéfectible qui l’aidera à tenir bon. Face à eux, deux figures majeures s’opposent dans le film : d’une part le maître esclavagiste qui revendique la possession de Furcy, joué par Vincent Macaigne, et d’autre part le procureur général Boucher, interprété par Romain Duris, qui va épauler Furcy dans sa quête de liberté.

Vincent Macaigne compose un antagoniste saisissant, un planteur halluciné et cruel dont les accès de démence traduisent l’inhumanité du système esclavagiste. Romain Duris, quant à lui, met son charisme au service d’un personnage d’allié juste et passionné, incarnant cette France abolitionniste qui veut croire en l’égalité.

Autour d’eux gravite une galerie de seconds rôles tout aussi solides ; on retrouve par exemple l’acteur Philippe Torreton dans le rôle d’un magistrat influent, ou encore la mannequin et actrice Liya Kebede qui prête ses traits à Constance, la sœur de Furcy. L’alchimie de cette distribution, mêlant acteurs noirs et blancs, jeunes talents et figures confirmées, renforce la crédibilité et l’intensité du film.

Surtout, elle illustre une évolution bienvenue de la représentation noire au cinéma. Voir un acteur noir comme Makita Samba porter un grand rôle historique français est encore rare et hautement symbolique. De même, derrière la caméra, Abd Al Malik apporte son regard d’artiste noir français sur un sujet trop longtemps laissé à d’autres. « Aimé Césaire disait : “Noir comme un département de l’humanité”. Et moi, je pars du fait que je suis noir et que c’est mon histoire… La réalité, c’est que je parle à toutes et à tous » affirme le réalisateur.

Ce point de vue inédit inscrit Furcy, né libre dans une démarche de réappropriation de l’histoire par ceux qui en ont été longtemps les “objets” plutôt que les auteurs. Le film offre ainsi une opportunité de voir l’histoire de l’esclavage racontée autrement, à travers des protagonistes noirs complexes et dignes, et non plus seulement via le prisme des figures blanches abolitionnistes ou esclavagistes. Cette approche apporte une authenticité et une humanité nouvelles à un pan d’histoire trop rarement porté à l’écran en France.

5° Une résonance particulière dans la France d’aujourd’hui

5 raisons d’aller voir Furcy, né libre, le film d’Abd Al Malik

Enfin, Furcy, né libre s’impose comme un film éminemment contemporain par les échos qu’il suscite avec les débats actuels sur la mémoire et l’héritage colonial. S’il dépeint le XIXe siècle, c’est bien du présent qu’il nous parle. Abd Al Malik le dit lui-même : l’histoire de Furcy « signifie quelque chose de fundamental aujourd’hui, au XXIe siècle… par rapport aux temps que l’on traverse en France et dans le monde ». En suivant le parcours d’un homme qui a forcé la justice coloniale à reconnaître son bon droit, le film nous interroge sur ce que signifie être un individu dans une société de droits ; une question toujours d’actualité.

Il montre comment une nation fondée sur des idéaux juridiques d’égalité a pu les trahir, et comment les faire triompher à force de persévérance. À l’heure où la France cherche à confronter lucidement son passé esclavagiste et colonial, où les questions de réparations, de commémoration et de transmission de cette mémoire refont surface, Furcy, né libreapporte une pierre importante à l’édifice. Le film incite à la réflexion sur la construction de notre société et sur les injustices d’hier qui résonnent encore dans celles d’aujourd’hui. Il invite aussi à mesurer le chemin parcouru en termes de droits civiques, tout en rappelant que ces acquis restent fragiles si l’on en oublie les leçons historiques.

En sortant de la projection, le spectateur ne peut qu’établir des parallèles entre le combat de Furcy et les luttes contemporaines pour l’égalité ; qu’il s’agisse de racisme, de discrimination ou d’atteintes aux libertés fondamentales. Furcy, né libre possède de surcroît une portée éducative indéniable : c’est un film qui nous apprend autant qu’il nous touche.

Comme le résume Abd Al Malik, « on apprend quelque chose tout en se divertissant », et l’on ressort enrichi de cette plongée dans le passé. En ravivant la mémoire de Furcy, ce long-métrage agit comme un acte de justice poétique envers ceux qui ont combattu pour la liberté, tout en nourrissant le débat actuel sur la façon dont nous regardons notre histoire commune. C’est en cela qu’il est une œuvre nécessaire, qui parle autant au cœur qu’à la raison, et dont la résonance dépasse largement le cadre de l’écran.

5 raisons d’aller voir Furcy, né libre, le film d’Abd Al Malik

En conclusion, Furcy, né libre d’Abd Al Malik est à la fois un drame historique haletant, un objet artistique ambitieux et un film porteur de sens pour notre époque. Qu’il s’agisse de découvrir l’histoire incroyable de Furcy, de s’inspirer de son message d’espoir et de résilience, d’apprécier la mise en scène inventive ou de saluer une nouvelle étape dans la représentation de l’histoire noire au cinéma, les raisons ne manquent pas d’aller voir ce film. Accessible et profond à la fois, Furcy, né libre promet d’être une expérience aussi enrichissante qu’émouvante, qui restera en mémoire bien au-delà du générique de fin.

Mathieu N'DIAYE
Mathieu N'DIAYE
Mathieu N’Diaye, aussi connu sous le pseudonyme de Makandal, est un écrivain et journaliste spécialisé dans l’anthropologie et l’héritage africain. Il a publié "Histoire et Culture Noire : les premières miscellanées panafricaines", une anthologie des trésors culturels africains. N’Diaye travaille à promouvoir la culture noire à travers ses contributions à Nofi et Negus Journal.
Chaque article demande du temps, de la recherche, de la vérification, de l’écriture.
Nous finançons nous-mêmes la production éditoriale.

Votre contribution permet de financer :

•⁠ ⁠la rémunération des rédacteurs
•⁠ ⁠les enquêtes et dossiers de fond
•⁠ ⁠la recherche documentaire
•⁠ ⁠l’infrastructure technique du média

Vous pouvez soutenir NOFI par un don libre.

Les dons ouvrent droit à une réduction fiscale de 66 % du montant versé (dans la limite prévue par la loi).
Un reçu fiscal vous est automatiquement délivré.

Concrètement :
Un don de 100 € ne vous coûte réellement que 34 € après déduction.

👉 Soutenir le média NOFI

Merci de contribuer à l’existence d’un média noir libre et indépendant.

News

Inscrivez vous à notre Newsletter

Pour ne rien rater de l'actualité Nofi ![sibwp_form id=3]

You may also like