CULTURE

John Singleton [1968-2019] : Un demi-siècle au service de la communauté

Pionnier, inspirateur, réformateur, John Singleton a ouvert une nouvelle voie au cinéma américain, notamment avec son chef-d’œuvre Boyz N The Hood. Nous célébrons un homme qui a bouleversé les codes établis pour faire apparaître une réalité occultée du septième art, celle de la condition des Noirs-américains. Ce lundi 29 avril, à 51 ans, le réalisateur, producteur et scénariste est décédé des suites d’un accident vasculaire cérébral.

John Singleton, un visionnaire

John Singleton est né le 6 janvier 1968 et mort le 29 avril 2019 à Los Angeles. Hospitalisé depuis le 17 avril à la suite d’un accident vasculaire cérébral, sa famille a fait le choix douloureux d’interrompre les soins qui le maintenaient artificiellement en vie.

Son décès coïncide avec le début des émeutes de 1992 à Los Angeles. En effet, après l’acquittement des policiers qui avaient passé Rodney King à tabac, South Central était devenu une poudrière. C’est également à cette époque que le jeune John Singleton entrait dans l’histoire. Il fut en effet, à 24 ans, le plus jeune metteur en scène et le premier Noir à accéder à une nomination pour l’oscar du meilleur réalisateur. Son film, Boyz N The Hood, pour lequel il fut récompensé, avait été écrit l’année précédente, alors qu’il foulait encore les bancs de l’USC School of Cinematic Arts.

BOYZ N THE HOOD, John Singleton, 1991 ©Columbia Pictures/Everett

A sa sortie, Boyz n the Hood a fait l’effet d’une bombe! Véritable ovni dans le paysage cinématographique américain, il devint rapidement un film culte. En effet, l’histoire dépeint avec brio et originalité la violente réalité des gangs à Los Angeles, le quotidien des habitants des quartiers noirs et les brutalités policières. Le tout, avec une distribution comprenant Angela Bassett, Laurence Fishburne, Cuba Gooding Jr et pour sa première apparition, le rappeur Ice Cube.

« Personne ne faisait de film sur ce que nous vivions à Los Angeles », expliquait John Singleton. Lui-même originaire de Los Angeles, ce constat l’avait poussé à lancer le projet.

Une carrière au service de la communauté

En 1992, les neuf minutes du clip « Remember The Time » de Michael Jackson, deuxième court métrage de l’album Dangerous, continuait à repousser les limites du support vidéo. Il mettait en vedette Eddie Murphy et Iman en pharaons noirs, ainsi que Magic Johnson. Ce court-métrage fut réalisé par John Singleton.

Après le succès de Boyz n the Hood, Singleton a réalisé plusieurs drames sociaux avec comme leitmotiv constant, la condition des Noirs aux États-Unis. Ainsi, il y eu « Poetic Justice » (1993), « Fièvre à Columbus University » (1995) ou encore « Quatre frères » (2005).

Dans tous ces films, il aura confié à des acteurs noirs des rôles de premier plan et mis en avant des rappeurs tels Ice Cube, Snoop Dogg, en passant par 2Pac, Q-Tip, Tone Loc, André 3000 ou Busta Rhymes.

L’actrice Aisha Tyler a déclaré que Singleton ne sera pas seulement connu pour ses films, mais également pour ce qu’il a fait pour les cinéastes noirs.

« Il a battu des records, il a brisé les stéréotypes, il a brisé les barrières. »

Image: WireImage

L’héritage cinématographique de Singleton

John Singleton brisait les barrières et les codes. Sa vision de la société américaine et de la condition des Noirs dans son pays avaient un côté sinon visionnaire, du moins terriblement lucide.

A l’instar de son premier film Boyz N The Hood, Singleton savait transmettre des messages à la jeunesse.

Synopsis: Los Angeles, 1984. Tre, jeune homme originaire de South Central, veut continuer des études supérieures malgré un environnement social défavorable. Enfant de parents divorcés et brillant à l’école, Tre se fait renvoyer trois jours pour une bagarre. Sa mère décide de l’envoyer chez son père Furious Style à South Central.

En 1993, Singleton continue son chemin. Il sort Poetic Justice, avec la jeune Janet Jackson citant des poèmes de Maya Angelou pour les beaux yeux de Tupac. Poetic Justice devient le film d’amour par excellence de la génération hip hop.

Synopsis: Après avoir assisté au meurtre de son petit ami, Justice décide de couper les ponts avec ses anciens amis, d’abandonner ses études et de devenir coiffeuse, tout en composant ses poèmes.

A la fin des années 1990, l’importance du rap dépasse celle de la musique country. A ce moment, Singleton ressuscite la blaxploitation le temps d’un film avec un remake de Shaft, interprété par Samuel Lee Jackson.

On croisera également dans la filmographie de Singleton les rappeurs Snoop Dogg, Q-Tip, Ludacris, Tyrese, Busta Rhymes ou Andre 3000 qui feront leurs premiers pas au cinéma grâce au réalisateur.

Le monde lui rend hommage

Ainsi, « le plus jeune réalisateur jamais nommé pour l’Oscar de la mise en scène » a laissé une empreinte indélébile dans le monde du cinéma, et même au-delà. Pour preuve, les innombrables hommages venus des quatre coins du monde. Anonymes ou personnalités, ils ont été nombreux à saluer le départ d’un visionnaire.

« Pleurant sur la perte d’un collaborateur et ami vrai John Singleton. Il a ouvert la voie à de nombreux jeunes réalisateurs, restant toujours fidèle à qui il était et d’où il venait !!! RIP Frère . Parti trop tôt! »

« Nous ne sommes pas nombreux ici à faire cela. C’est une petite tribu dans le grand schéma des choses. Il était un géant parmi nous. Gentil. Engagé. Et immensément talentueux. Ses films ont démarré. Ses films importaient. Il va nous manquer. Et longtemps retenu. Merci John »

« RIP John Singleton. Tellement triste à entendre. John était un artiste courageux et une véritable inspiration. Sa vision a tout changé. »

Sources:

CNN Entertainment

Mouv

Le Monde

Vanity Fair

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