HISTOIRE

6 avril 1994 : premier jour du génocide des Tutsi au Rwanda

En l’espace de trois mois, entre 800 000 et 1 millions de Tutsi ont été systématiquement massacrés avec l’appui sans faille de la France. Cette abomination n’a pu se produire que grâce à une connivence entre pouvoir politique, médias officiels et ONG.

6 AVRIL 1994

Juvénal Habyarimana, le président hutu rwandais, rentre de Tanzanie où il a rencontré certains chefs d’État de la Région des Grands Lacs. On sait à Kigali qu’il compte promulguer à son retour la liste du gouvernement de transition présentée par le Premier ministre désigné à Arusha, Faustin Twagiramungu. Le président rwandais ramène à son bord Cyprien Ntaryamira, son homologue burundais.

À 20h23, alors que l’avion amorce sa descente sur Kigali, deux missiles sol-air tirés depuis la colline de Masaka abattent le Falcon (cadeau de François Mitterrand) présidentiel. Dans les heures qui suivent la confusion autour de l’origine de l’attentat est soigneusement entretenue par les autorités hutu. La radio répand le bruit que les deux présidents auraient été abattus par le FPR avec l’aide de militaires belges de la Minuar, le contingent chargé de veiller à la bonne application des Accord d’Arusha.

A partir de 21 h, les escadrons de la garde présidentielle épaulés par les milices Interahamwe vont exécuter, sur la base de listes préétablies, tout ce que Kigali compte de personnalités de l’opposition. La plupart sont des Hutu. Dès le premier jour : 30 000 morts.

Les jours suivants, l’entreprise génocidaire se répand dans tout le pays et vise les Tutsi.

Le 8 avril, le FPR se lance dans la bataille pour reprendre Kigali. Une course contre la montre s’engage entre le camp du génocide et le FPR.

Rien n’entame la détermination des tueurs, et les scènes d’horreur dépassent l’entendement : les familles tutsi sont dénoncées aux miliciens, torturées, violées et exécutées à la machette.

Galvanisée depuis des mois par la propagande des « médias de la haine» (Kangura et la Radio des Mille Collines), une partie de la population hutu se jette dans la folie meutrière. Les massacres n’épargnent personne, hommes, femmes, enfants, nourrissons vieillards, rythmés par les appels de la Radio des Mille Collines : « Les Tutsi sont en train de disparaître de la surface  de la terre. Petit à petit ils seront anéantis. Venez, mes amis, célébrons l’extermination des Tutsi ! Dieu récompensera les justes. »

En province, préfets et bourgmestres montent au créneau et incitent la population à « travailler », secondés par les notables et intellectuels hutu : médecins, instituteurs, prélats… Les récalcitrants sont obligés de tuer leurs voisins tutsi, sous peine d’être exterminés eux-mêmes.

Malgré un équipement rudimentaire (machettes et grenades), ce génocide a fait environ 1 million de morts en trois mois : femmes, nourrissons, enfants, adolescents et hommes tutsi furent ainsi massacrés en 100 jours. Sous l’œil impassible des Casques Bleus de  l’ONU.

Durant toute cette période, les génocidaires recevront l’appui continu de la France, qui reconnaît très vite l’autoproclamé « gouvernement intérimaire », qui ne compte que des partisans du génocide en cours.

 

Mais pour comprendre la genèse de ces événements fous, il convient de faire un petit retour en arrière

Avant 1994, la population rwandaise se compose de 85 % de Hutus, 14 % de  Tutsis et 1 % de Twas.

Tous parlent la même langue, ont une culture identique, pratiquent les mêmes religions et ont toujours vécu les uns parmi les autres.
L’appartenance à ces trois catégories n’est pour le peuple rwandais du début du XXe siècle qu’un élément de l’identité sociale au même titre que l’appartenance régionale, sociale ou clanique.

CONFÉRENCE DE BERLIN

1885 Le Rwanda est une colonie allemande
1924
 Un mandat de la SDN (Société des Nations) attribue le pays à la Belgique qui occupe le Rwanda-Urundi depuis 1916.
Les premiers Européens plaquent sur les sociétés rwandaise et burundaise un schéma d’interprétation raciste : « Les Twas sont appelés pygmées, les Tutsis des sémito-hamites, les Nègres blancs appartenant à la race supérieure, et les Hutus pauvres Nègres de la race bantou »

L’administration belge s’appuie d’abord sur les élites tutsi, qui seront choyées pendant un demi-siècle. Mais les Tutsi forment l’essentiel des cercles qui, comme partout en Afrique, revendiquent l’indépendance. Ils veulent non seulement se libérer du colonisateur belge, mais aussi de l’église catholique.
Les Belges retournent alors leur alliance au profit des hutus majoritaires, et mettent en place le concept de « démocratie majoritaire ».

Ce renversement du soutien belge au profit des Hutu entraîne, en 1959, la « Toussaint rwandaise », où les Tutsis voient leurs maisons incendiées et sont forcés à partir. Des pogroms anti-Tutsi successifs ont lieu au Rwanda : 1959, 1962 (date de l’indépendance du Rwanda), 1963, 1973.
Dès 1959, personne ne se soucie des violations des droits de l’homme envers la communauté tutsi. Constamment persécutés et régulièrement victimes de pogroms, les Tutsi s’exilent en Ouganda et forment le FPR (Front patriotique rwandais), qui n’aura de cesse de combattre pour le droit pour les exilés tutsi à rentrer au Rwanda et l’instauration à Kigali d’un régime démocratique.

CLIVAGE RÉGIONAL

Entre les Hutu originaires du Centre et du Sud (Banyanduga), préfecture de Gitarama (fief de Grégoire Kayibanda, élu en 1961), et les Hutu originaires du Nord (Bakiga) préfectures de Gisenyi (Akazu) au nord-ouest et de Ruhengeri, la région du président Juvénal Habyarimana, qui renverse Kyibanda en 1973 par un coup d’État

L’opposition entre les gens du Centre et du Sud et ceux du Nord éclipse l’appartenance respective des membres de ces deux clans aux « sous-catégories » de Hutu, Tutsi, Twa.

Les toutes premières victimes du génocide (le premier jour, 6 avril) seront d’ailleurs les Banyanduga, membres de l’opposition au président nordiste.

ACCORDS D’ARUSHA

A partir de 1992, les bailleurs de fonds du Rwanda (Banque mondiale, Banque africaine de développement, banques arabes, Union européenne, fonds bilatéraux…) incitent Juvénal Habyarimana, omnipotent, à partager le pouvoir avec les Hutus du Centre et du Sud, les Tutsi et la diaspora.

Les incursions répétées et la supériorité militaire du FPR (Front Patriotique Rwandais, membres de la diaspora tutsi, réfugiés en Ouganda par vagues successives, et soutenus par l’Ouganda) précipitent ce virage qui aboutit aux accords d’Arusha.

Signés en août 1993 à Arusha (Kenya), ils prévoient l’instauration du multipartisme et l’intégration des soldats du FPR dans l’armée.

Derrière une bonne foi de façade, les Hutus du Nord (le clan du président Habyarimana), qui détiennent les hautes fonctions militaires et politiques, redoutent plus que tout les résolutions d’Arusha qui signifieraient la fin de leurs privilèges.
Ils voient d’un très mauvais œil l’intégration des soldats du FPR dans l’armée, le partage des postes ministériels avec les Tutsi et d’éventuelles poursuites pour avoir commandité des assassinats d’opposants et des pogroms contre les Tutsi.

C’est donc la tactique du double langage : discours consensuels à l’intention des diplomates occidentaux, et diatribes enflammées à l’intention de la population.

Durant l’année qui précède le génocide, les signes annonciateurs de la solution finale préconisée par l’Akazu se multiplient. La dérive génocidaire du gouvernement de Kigali est dénoncée dans un rapport de la FIFH et de Human Right Watch Africa.
La passivité et la complaisance de la France (Mitterrand qualifient les massacres de civils d’« actes de délinquance », alors que ce sont des tueries ciblées et organisées, avec la complicité de la France) sont pointées du doigt par les rapporteurs qui étayent le rapport par les confidences d’un certain Javier Afrika, repenti qui travaillait directement pour la présidence. Interrogé après le génocide par The Guardian britannique, Javier Afrika déclare à propos du rôle de la France :

« Deux militaires français entraînaient les Interahamwe. Les Français nous ont appris comment attraper les gens et les attacher. Les Français se trouvaient également au “fichier central”, au centre de Kigali, où se déroulaient les séances de torture. »

Théoneste Bagosora, futur organisateur du génocide et cousin à la fois du président et de son épouse, déclare publiquement, le 8 janvier 1993, en quittant Arusha : « Je rentre à Kigali pour préparer l’apocalypse. »

Les durs du régime feignent de se rallier au processus d’Arusha tout en préparant la guerre civile. En atteste l’ampleur des importations d’armes pendant cette période qui, paradoxalement, devait annoncer la fin des  hostilités.

QUI A FOURNI CES ARMES ?

Entre 1990 et 1994, la France est, avec l’Egypte (6 M$ d’armes en 1992, via le Crédit Lyonnais), l’un des principaux fournisseurs en armes du régime Habyarimana.

Pour le génocide de 1994, l’armée rwandaise gouvernementale a pu compter sur : les kalachnikov albanaises, les grenades tchèques, les Uzi israëliens, les M16 américains, les armes et les munitions d’Egypte, et quelque… 500 000 machettes chinoises, livrées entre 1993 et 1994, soit-disant pour les agriculteurs qui ont « besoin de travailler ».

LA FRANCE ET LE RWANDA : UNE LONGUE HISTOIRE…

Président de la République : François Mitterrand
Premier ministre : Édouard Balladur
Ministre des Affaires étrangères : Alain Juppé
Ministre de la Défense : François Léotard

La France mitterrandienne accorde, à l’aube des années 1990, un soutien conséquent au régime dictatorial rwandais mis à mal par les offensives du FPR.

En octobre 1990, suite à un simple coup de fil de Juvénal Habyarimana à Jean-Christophe Mitterrand (fils du président et responsable de la « cellule africaine » de l’Élysée), Paris décide de l’envoi d’une centaine de parachutistes pour venir en aide au président rwandais en péril. Selon le quotidien Libération, c’est un miltaire de la DGSE qui pilonne une colonne avancée du FPR et casse la première offensive rebelle. C’est d’ailleurs un ancien de ce service, le colonel Thibaut, qui sera le conseiller militaire du général-président Habyarimana de 1990 à 1993, durant toute la période de l’engagement militaire français contre le FPR. C’est donc un Français qui exerce le commandement opérationnel de l’armée rwandaise.

En février 1993, lors d’une nouvelle attaque du FPR, des soldats sont envoyés par Paris sous prétexte, comme en 1990, de protéger les ressortissants français au Rwanda. En fait, ces bataillons d’élite prendront part aux combats, empêchant le FPPR d’atteindre Kigali. Dépassés par l’importance du soutien français aux Forces armées rwandaises (FAR), les rebelles se voient stoppés aux portes de la capitale. En intervenant ainsi dans les combats, l’armée française contribuera à modifier le cours de l’histoire rwandaise en aidant à maintenir au pouvoir une caste génocidaire.

Grâce au soutien logistique et financier de la France, les effectifs de l’armée gouvernementale rwandaise passent en quelques années de 5000 à 40 000 hommes.

La France retire officiellement ses contingents du Rwanda en décembre 1993.

En mai 1994, en plein génocide, deux des  principaux protagonistes des massacres, le ministre des Affaires étrangères, Jérôme Bicamumpaka et Jean-Bosco Barayagwiza, secrétaire général et idéologue de la CDR, sont reçus à l’Élysée et au Quai d’Orsay, avant de se rendre aux Etats-Unis.

 

L’AVANCÉE DU FPR ET LA DÉROUTE DES FAR

Mais même si la France fait cause commune avec les représentants du gouvernement intérimaire rwandais à l’ONU, s’opposant jusqu’à la mi-mai à ce que le terme « GÉNOCIDE » soit employé à propos du Rwanda (alors qu’on compte déjà 500 000 morts), sa marge de manœuvre est plus réduite qu’en 1990. Paris ne peut plus agir aussi ouvertement.

Malgré d’abondantes livraison d’armes, les FAR ne contiennent plus l’avancée du FPR, qui jour après jour, gagne du terrain et conquiert le nord et l’est du pays où il ne découvre que charniers et désolation.

A la mi-juin, la déroute de l’armée rwandaise et presque consommée et les autorités civiles hutu fuient leur capitale improvisée, Gitarama, vers la frontière zairoise (RDC).

La France, qui a laissé deux mois plus tôt le génocide s’exécuter, décide subitement de revenir au Rwanda. Un choix curieux puisqu’à cette date, les Tutsi du Rwanda sont presque tous morts.

 

L’ARNAQUE DE L’OPÉRATION TURQUOISE

Présentée comme une bonne action militaro-humanitaire, elle vise en fait à installer dans une partie du pays un sanctuaire, défendu par l’armée française, inaccessible aux hommes du FPR.

La prétendue « zone humanitaire sûre » est censée permettre aux déplacés hutus fuyant l’avancée du FPR de recevoir des soins de la part des ONG. Des centaines de milliers de Hutu fuient en effet vers le Kivu zairois soigneusement encadré par les forces génocidaires.

En réalité, la zone Turquoise servira à protéger le repli militaire des FAR, et à exfiltrer vers le Zaire, puis l’Europe, les dignitaires hutus responsables des massacres. Sans la France, ces gens seraient sans doute tombés aux mains des combattants du FPR et auraient été emprisonnés et jugés.

En guise de zone humanitaire, le sud-ouest du Rwanda sera jusqu’au bout le théâtre du massacre des Tutsis.

Dans ces conditions, les armées du génocide peuvent tranquillement passer la frontière et faire peau neuve. Poussant devant eux près de 2 millions de civils hutus, les criminels se transforment, une fois arrivés au Zaïre en réfugiés affamés et victimes des épidémies.

La communauté internationale, frappée d’amnésie, leur alloue des millions de dollars (sans même exiger le désarmement des milices génocidaires), et les ONG, attirées par ce chantier comme des mouches sur une bouse fraîche, pratiquent un étrange confusionnisme à leur sujet : ces gens sont trop malades pour être vraiment mauvais… Le génocide des Tutsis est ainsi enseveli sous une tonne de bons sentiments : au nom des 50 000 Hutus morts du choléra à Goma, les tueurs, qui se sont fondus dans le flot des innocents, deviennent victimes parmi les victimes, comme humanisés par la détresse collective des réfugiés.

Pendant plus de deux ans, usant et abusant d’un dispositif humanitaire aveugle, ils installeront dans la région des terrains d’entraînement paramilitaires en vue de maintenir en condition les troupes qui iraient reconquérir les pays perdu.

Les responsables des camps, compromis au plus haut point dans le génocide, mèneront depuis leur sanctuaire zairois des raids militaires vers le Rwanda et exporteront dans l’est du Zaire, la pratique d’épuration ethnique testée par eux en 1994. Les populations hunde, nyanga, nande et tutsi du Nord-Kivu seront persécutées et chassées de leurs terres et privées de leurs biens par les Interahamwe.

L’opération TURQUOISE = entreprise de protection rapprochée au bénéfice de miliciens et soldats  hutus en déroute, cette expédition pseudo-humanitaire a dilué dans les images de réfugiés maladifs partis vers le Zaire le souvenir des Tutsis méticuleusement massacrés au Rwanda.

LES MÉDIAS FRANÇAIS

Dès le lendemain de l’attentat, les médias français ressortent reportages d’archives et discours lénifiants sur un pays aux massacres à répétition, de lutte ancestrale entre Hutu et Tutsi. Tout est noyé dans les poncifs de la lutte interethnique, de conflits tribaux qui permet d’éluder toute explication politique. Début avril, Philippe Boisserie, journaliste à France 2 s’entend ordonner par un membre de la direction de l’information : « Tu fais l’évacuation des Français et tu rentres, on n’est pas là pour faire des  sujets sur les Noirs qui s’entre-tuent, de toute façon ça n’intéresse personne ! »

Durant trois mois, les chroniqueurs, à cause d’une fréquentation exclusive des sources officielles et d’une vision totalement déconnectée et raciste des réalités africaines, font mine de ne pas comprendre, dénonçant des tueries sans en identifier les auteurs. Juste une guerre qui recommence ou d’inexplicables troubles ethniques.
Puis, fin juin, ils nous font le coup de l’urgence humanitaire avec le choléra.

A  l’unisson de la France officielle (qui continuait à armer les génocidaires), des éditorialistes larmoyants ont justifié l’opération de dissimulation la plus cynique de la décennie : l’opération Turquoise. Ce ne sont pas tant les reporters qui sont en cause dans cette manipulation, que l’institution médiatique et ses notables.
Exemple : alors qu’elle abandonne à une mort certaine le personnel tutsi de l’ambassade de France et des divers services de coopération à Kigali, la France déroule le tapis rouge pour les instigateurs du génocide, les gratifiant au passage d’un chèque de 200 000 francs tiré sur les  fonds de la coopération.

Qu’en a dit Libération ? « Dans la distribution des blâmes, la palme revient peut-être au Conseil de sécurité de l’ONU, c’est-à-dire aux grandes puissances qui les dominent, les Etats-Unis en premier. »

Le journaliste oublie que la France est membre permanent du Conseil de Sécurité. Si l’on peut clairement accuser l’ONU de non-assistance obstinée à personnes en danger, la France est sans aucun doute coupable de complicité de génocide.

« Toutes les sources militaires que j’ai pu rencontrer au fil des derniers mois ont catégoriquement nié qu’il y ait eu des livraisons françaises d’armes au Rwanda, même pendant toute l’année 1994. »

C’est Stephen Smith, spécialiste de l’Afrique à Libération, qui répercute ainsi les déclarations d’innocence de l’armée française sur France Inter, le 21 août 1995, après que de nouveaux éléments mettant Paris en cause dans des livraisons d’armement aux FAR ont été rendus publics par la BBC et par Human Right Watch Arms Project.

Dix jours plus tard, le représentant du Rwanda à l’ONU déclare que la France mériterait de comparaître devant un tribunal international pour vente illlégale d’armes. Selon lui, « les Français s’agitent dans les couloirs de l’ONU et font du lobbying. Cela signifie qu’ils ont quelque chose à cacher. » 

Quelque chose d’important ? Les Accords d’Arusha, signés le 4 août 1993, prévoyaient l’arrêt des livraisons d’armes.

Trois questions :

• La France continuait-elle à armer les Hutus après la signature des Accords d’Arusha, le 4 août 1993 ?

• A-t-elle continué à armer et à conseiller le Hutu Power après le début du génocide, le 6 avril 1994 ?

• Cette coopération s’est-elle poursuivie après le 17 mai, date de l’embargo sur les armes fixé par l’ONU ?

Selon le colonel belge Luc Marchal, qui commandait les forces de la Minuar sur l’aéroport de Kigali les jours qui ont suivi le début du génocide : « Le premier chargement se composait de 3 avions : 2 transportaient du personnel militaire, et dans l’autre il y avait des munitions et des armes à destination de l’armée rwandaise : ces cargaisons ont transité à peine quelques minutes sur l’aéroport : elles furent immédiatement chargées dans des véhicules et acheminées  au camp de Kanombe. » (extrait de l’émission Panorama, diffusée sur la BBC en août 1995, au sujet de l’implication française au Rwanda) Des armes et des munitions pour le génocide qui commençait ! Démenti immédiat des autorités françaises.

A quoi bon? Déjà, en 1994, le quotidien belge le Soir avait produit un document accablant : un rapport de mission trouvé à Kigali qui rendait compte de la visite du colonel Rwabalinda (conseiller auprès du chef d’Etat major des FAR) à Paris du 9 au 13 mai 1994, en plein génocide. Il fut reçu à Paris par Jean-Pierre Huchon (chef d’état-major particulier de Mitterrand jusqu’en 1993) auquel il a fait part des besoins urgents de l’armée rwandaise : munitions, habillement, matériel de transmission. Huchon lui explique que « les militaires français avaient les mains et pieds liés pour une quelconque intervention à cause de l’opinon des médias que le FPR semble piloter ». Selon le général, il était urgent de renverser l’image du régime à l’extérieur des frontières, faute de quoi l’armée rwandaise serait tenue responsable des massacres (!).
L’émissaire ne repartira pas les mains vides car, selon son rapport, « un téléphone sécurisé permettant au général Bizimungu (chef d’état-major des FAR) et au général Huchon de converser sans être écoutés » été acheminé par une tierce personne à Kigali…

Par ailleurs, après la parution du rapport de Human Right Watch Projects, qui attribue à la France des livraisons d’armes entre fin mai et juin 1994, une représentante de la Coopération a cru bon de démentir les infos en confirmant au journal La Croix que OUI, la France avait bien livré des armes mais c’était pour l’opération Turquoise… qui n’était pas encore conçue.

Faisant leurs les thèses françafricaines, les médias français n’ont eu de cesse d’attaquer le nouveau pouvoir rwandais et son président Paul Kagame. Les campagnes de dénigrement systématique du nouvel État rwandais sont d’ailleurs à 99 % le fait d’un journaliste de Libération le sinistre Stephen Smith (encore lui), qui, après avoir appuyé la thèse du second génocide, cette fois des Tutsi du FPR contre les Hutu, pour justifier l’opération Turquoise étaye ses thèses fumeuses en se basant sur les dires d’un membre de l’ordre des Père blancs (missionnaires qui ont évangélisé le Rwanda, dont un grand nombre a pris fait et cause pour l’ethnisme pro-hutu), dont la prose ne peut que rappeler les torchons racistes comme le journal Kangura ou la Radio des Mille Collines.

En éludant ce génocide parrainé par l’État, les médias français ont montré au monde qu’ils se réduisaient à un auxiliaire du pouvoir exécutif.

A ce jour, aucune commission d’enquête n’a été honnêtement constituée pour tenter de faire la lumière sur cette guerre secrète françafricaine. 

C’est le Front patriotique rwandais et lui seul qui a mis fin au génocide des Tutsi

 

Petit lexique

FAR (Forces armées rwandaises) : armée gouvernementale
FPR (Front patriotique rwandais) : combattants tutsi en exil
INTERAHAMWE : milices génocidaires hutu du MRND
AKUZA (petite maison) : extrémistes hutu rassemblés autour d’Agathe Habyarimana, planificateurs du génocide
MRND (Mouvement républicain national pour la démocratie) : parti politique d’Habyarimana, impliqué dans le génocide
RTLM (Radio Télévision Mille Collines) : créée en 1993, elle était la voix des tueurs et a servi à traquer les Tutsi pendant le génocide.

 

Entreprises ayant contribué au génocide (toutes ont démenti, bien évidemment) :

Channel 4 a produit des factures à en-tête de la Sofremas (Société française d’exploitation de matériels et systèmes d’armement) relatives à des  livraisons d’armes à destination de l’ancien régime rwandais.
Sur France Info, Nicolas Poincaré a fait état de bordereaux de livraison et de factures émanant de la société Luchaire (dépendant à 100% du groupe français GIAT Industries)
Enfin, le quotidien flamand De Morgen a révélé que le groupe allemand Herstal (filiale majoritaire de GIAT Industries) livrait depuis le Kenya des munitions aux milices et aux ex-FAR réfugiés au Zaire.

SOURCES
Mehdi Ba : Rwanda un génocide français
Andrew Wallis : Silent Accomplice

Qui suis-je ? En quelques mots ? Ok top chrono ! Chargé de projet Noir&Fier La marque (et des partenariats NOFI), rédactrice mode - mais à coup sûr vous avez dû lire mes articles dans les rubriques Psycho, Société, Santé ou même Culture - blagueuse, (grande) bouffeuse, dormeuse, rêveuse, amoureuse (de la vie, rires), bref moi !

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