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African Strategies : Devenez un meilleur communicant grâce à Malcolm X

Entrepreneuriat

African Strategies : Devenez un meilleur communicant grâce à Malcolm X

Par Sandro CAPO CHICHI

African Strategies : « Un groupe d’entrepreneurs et de spécialistes des sciences humaines d’origine africaine vous donnent des clés et des pistes inspirées des traditions et l’histoire africaines pour rencontrer le succès dans l’entrepreneuriat et dans vos projets en général, le tout dans un langage clair et concis ». Premier épisode: ‘devenez un meilleur communicant grâce à Malcolm X’

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Dans des cours, des interventions en public, par écrit ou lors de simples discussions, vous avez remarqué la facilité de certaines personnes à faire passer des messages, à se faire comprendre et par extension, à convaincre les autres. Vous vous êtes toujours demandé comment y parvenir, sans succès. Bonne nouvelle, Nofi vous offre un élément de réponse à ce sujet en se basant comme à son habitude sur une personne de notre communauté qui a réussi dans ce domaine, en l’occurrence  Malcolm X.

Le militant afro-américain Malcolm X (1925-1945) est notamment connu pour avoir été un excellent orateur et un communiquant. Il parvenait notamment à traiter de complexes sujets économiques et sociaux et à se faire comprendre de populations noires n’ayant pas été ‘éduquées’ dans celles-ci.

Aussi évident que cela puisse sembler, de nombreux Noirs, leur instruction grandissant, se sentent le besoin de s’exprimer avec un jargon pédant pour marquer leur distinction avec les ‘masses populaires’ qui n’ont pas eu leur ‘éducation ‘. Il s’en suit effectivement une distance entre les masses et ces intellectuels qui ne parlent plus le même langage.

Malcolm X n’était pas de ceux-ci. L’un de ses secrets est l’usage d’images compréhensibles par tout le monde pour illustrer ses propos. Plus que cela, un détail de l’image devait associer les Afro-Américains  à ceux qu’ils sont, à leur nature et à leur situation, et ce dans une lumière positive. Quelques exemples :

« Si je suis sous le commandement d’un général qui me mène à la guerre et que l’ennemi tend à lui donner des récompenses, je commence à le suspecter. En particulier s’il obtient un prix célébrant la paix avant que la guerre ne soit terminée. »

Martin Luther King recevant le prix Nobel en 1964

Martin Luther King recevant le prix Nobel en 1964

Avec cette citation, Malcolm revient sur les récompenses pour la paix obtenues par Martin Luther King, pourtant présenté comme luttant pour les droits des Noirs aux Etats-Unis. Il met en évidence le combat mené par les Afro-Américains et  convainc avec succès son public que les récompenses reçues par King trahissent soit un compromis de ce dernier avec ‘l’ennemi’, soit une naïveté de sa part. Malcolm utilise d’abord une image qui parle à tout le monde, celle de la guerre. Tout le monde connaît en effet le but et le fonctionnement de la guerre. Des soldats, dirigés par un général en affrontent d’autres dans le but de faire le maximum de ravages chez ces derniers. Ensuite, en comparant les activistes afro-américains à des guerriers, il les présente sous un aspect positif, ce qui permet à son auditoire de comprendre son message et même de s’y identifier.

« Si j’ai une tasse de café qui est trop fort car trop noir, je l’adoucis en mettant un peu de lait dedans. J’y intègre du lait. Si je continue à mettre de plus en plus de lait dans le café, bientôt le goût du café est totalement différent ; sa nature même est changée. Si davantage de lait est versé, à la fin vous ne vous rendrez plus compte  qu’il y avait du café dans la tasse. C’est ce qui est arrivé lors de la marche de protestation à Washington. Les Blancs ne l’ont pas intégrée, ils l’ont infiltrée. Les Blancs l’ont rejointe, ils l’ont absorbée ; ils en sont devenu une part à un tel point, qu’elle a perdu de son goût originel. Ca n’était plus une marche de protestation noire ; ce n’était plus une marche de protestation militante ; ce n’était plus une marche de protestation motivée par la colère, par l’impatience. En fait, ce n’était plus une marche de protestation. »

Ici, Malcolm X revient sur la marche vers Washington pour le travail et la liberté  de 1963 où Martin Luther King prononça son fameux « I have a dream ».Alors qu’il s’agissait d’une marche pour réclamer l’égalité des droits civiques des Afro-Américains, environ 20% de ses participants n’étaient pas Noirs. Pour critiquer ce phénomène, Malcolm reprend le même schéma. Le choix d’une image  puissante compréhensible de tous : celle du café noir et du lait blanc qui le dilue pour lui faire perdre sa nature. On retrouve aussi la connotation positive de l’image associée au public de Malcolm : le café est fort. Et il l’est parce qu’il est noir.

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“Je ne peux plus faire un pas sans entendre qu’il y a eu du progrès dans les droits civiques pour les Noirs. Les Blancs semblent penser que l’homme noir devrait se mettre à chanter ‘Halleluiah’ ! Pendant quatre cent ans, l’homme blanc  a laissé son couteau de 30 centimètres planté dans le dos de l’homme noir- et maintenant l’homme blanc commence à retirer le couteau de  15 centimètres ! L’homme noir est supposé en être reconnaissant ? Pourquoi le serait-il, si l’homme enlevait totalement le couteau de la plaie, il en resterait toujours une cicatrice ! »

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Une nouvelle fois, pour faire comprendre à son public, moins conscient que lui, que les inégalités entre Noirs et Blancs n’avaient pas disparu dans les années malgré leur amélioration notable depuis l’esclavage utilise l’image simple du couteau pour illustrer le crime de l’oppression des Noirs. L’image de l’homme noir subissant l’agression lâche de l’homme blanc par derrière est encore une image positive auquel le Noir acceptera de s’identifier.

Image extraordinairement simple et suffisamment compréhensible pour tous + identification  du public à un élément positif dans celle-ci, une stratégie extrêmement efficace utilisée par Malcolm X et par d’autres pour se faire comprendre et pour convaincre.Une stratégie parmi une infinité d’autres que nous ont laissé nos ancêtres pour réussir dans la vie.

 

(C) 2014 African Strategies