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Agassou, l’ancêtre de Gbéhanzin et de Toussaint L’Ouverture

Histoire

Agassou, l’ancêtre de Gbéhanzin et de Toussaint L’Ouverture

Par naomi P.

Vers le 13ème siècle aurait vécu un prince adja du royaume de Tado (actuel Togo) du nom d’Agassou. Son ascendance et sa descendance légendaires en ont aujourd’hui fait un personnage divin connu des Noirs d’Afrique et des Amériques.

1. L’histoire

Les traditions fon et ayizo du sud du Bénin présentent Agassou comme le fils d’une princesse du royaume adja de Tado. Ce royaume médiéval, fondé vers le 12ème siècle fut un puissant état à l’origine des populations de langue gbe telles que les Evhés du Togo-Ghana et les Fon du Bénin. La princesse en question, Aligbonon aurait rencontré un léopard avec qui elle se serait accouplée. Quelques mois plus tard, elle aurait donné naissance à un garçon à l’apparence partageant des traits physiques avec les léopards : système pileux développé de couleur rousse, ongles longs, physique taillé, etc.

De caractère brave et orgueilleux, Agassou prend souvent part à des conflits. En raison de son apparence peu commune, il subit les moqueries et le rejet de nombreux de ses compagnons et ne peut trouver de compagne. La femme du roi de Tado de l’époque, originaire de la région de l’actuelle Ouidah au Bénin fait venir une de ses jeunes tantes qu’il présente à Agassou. Il lui donnera une descendance. De par son appartenance au lignage royal du côté maternel et non paternel, Agassou ne peut légitimement pas prétendre au trône de Tado. Ambitieux et violent, il espère pourtant accéder au trône. Au cours d’une violente dispute avec le nouveau roi, Agassou le tue. Au cours de l’altercation, il brise la calebasse royale pour qu’aucun roi ne puisse plus boire dedans. A la suite de cet acte blasphématoire, Agassou, qui sera plus tard connu sous le surnom d’Adjahouto (tueur d’Adja) fuit le royaume de Tado et emporte des symboles royaux et ancestraux, sa famille et ses partisans. Il fonde le royaume d’Allada, qui deviendra le plus important des royaumes du sud de l’actuel Bénin avant l’émergence du Danxome au début du 18ème siècle.

De nombreux historiens ont essayé d’expliquer l’histoire d’Agassou d’un point de vue rationnel. Pour certains, il aurait été membre des populations autochtones de plusieurs régions de l’intérieur de l’Afrique, souvent présentées par les traditions comme plus claires de peaux et possédant une pilosité plus développée. Pour d’autres, il s’agirait d’un chasseur fort comme un léopard ; pour d’autres encore, il aurait s’agit d’un enfant trouvé dans la forêt abrité par un léopard. Pour d’autres enfin, il serait le fruit d’un inceste ou d’une relation taboue. Selon certaines traditions, Agassou ne serait pas le tueur du roi Adja, mais l’un de ses descendants.

2. L’héritage

Agassou ou l’un de ses descendants, en tous cas surnommé ‘Adjahouto’ fonde le royaume ayizo d’Alada à la fin du 16ème siècle. Un de ses successeurs et descendant, Kokpon, a ensuite un différend avec un de ses frères ou de ses fils au sujet relatif à sa prise du pouvoir. Ce parent, Do Aklin, s’établit dans la région de l’actuelle Abomey où il fondera ce qui deviendra le royaume de Danxome. Les rois d’Allada et du Danxome présentent aujourd’hui Adjahuto comme leur ancêtre. Do Aklin, qui prend le nom de Gangniehessou est suivi par douze rois sur le trône du Danxome. L’un d’entre eux, Agadja (1718-1740) conquiert le royaume d’Allada et y déplace sa capitale. Il reste aussi dans l’histoire comme l’auteur d’une lettre au roi Georges 1er d’Angleterre où il critique et dénonce la traite des esclaves.

Le dernier des rois du Danxome, Gbéhanzin est connu pour sa farouche résistance à la colonisation européenne et par son exil malheureux en Amérique. En tant que rois du Danxome, Agadja et Gbehanzin sont des incarnations et des descendants d’Agassou, désormais mythifié et dont le grand prêtre a préséance sur le roi.

De son côté, le royaume d’Allada est à la fois victime et acteur de la traite négrière. Il paie un lourd tribut à ce commerce et un grand nombre de ses descendants se retrouve aux Amériques. Le nom d’Allada et ses variations, comme Rada en Haïti se retrouvent bientôt appliqués à toutes les populations de langue gbe qui y sont déportées, ainsi qu’à leurs cultures. Le mot Vaudou est d’ailleurs issu de ces dernières et Agassou y apparaît comme une divinité associée aux populations Radas.

De la révolution haïtienne (1791-1804), qui aboutira à la révolte d’esclaves la plus réussie de l’histoire, émergera comme l’un de ses principaux leaders Toussaint L’Ouverture, qui mourra en captivité dans un fort français. La tradition haïtienne le présente comme le fils de Gaou Guinou, et comme le petit-fils du roi des Aradas. De son côté, la tradition royale d’Allada fait état d’un fils de  Kokpon appelé Gahou Déguénon et qui serait parti en Amérique. Il correspondrait au Gaou Guinou des traditions haïtiennes. Gbéhanzin et Toussaint Louverture auraient donc eu – ou du moins auraient-ils eu conscience d’avoir- comme ancêtre Agassou, ce bâtard au destin tragique.

Des historiens ont critiqué la véracité de l’une et l’autre de ces connexions. Toujours est-il que les données qui nous sont proposées aujourd’hui nous présentent, des deux côtés de l’Atlantique, Gbéhanzin et Toussaint Louverture, ces deux géants de l’Histoire nègre qui ont peut-être puisé dans la bravoure de leur ancêtre pour faire vivre leur terre et payé sa malédiction pour terminer comme lui en exil, loin de leur terre natale.

 

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