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« LE JOUR MONTANT » : DEMBA DIOP, IL ÉTAIT UNE FOI

Littérature

« LE JOUR MONTANT » : DEMBA DIOP, IL ÉTAIT UNE FOI

Par Dozilet Kpolo 13 juin 2022

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Avec « Le jour montant », premier roman rempli d’émotions, l’Ivoirien Demba Diop tend la main à ceux qui souffrent intérieurement.

La mode en ce moment est aux négociations.

Plus elles durent, mieux c’est. Enfin surtout pour des journaux qui se délectent encore et encore des péripéties d’un transfert avorté entre le « futur meilleur joueur du monde », si ce n’est pas encore déjà le cas, Kylian Mbappé, et « le plus grand club de tous les temps », le Real Madrid avec ses 13 Champions League[1]. Ce ne sont pas les seuls à négocier.

À 6 000 kilomètres de ces palaces parisiens, où elles ont lieu, il y a aussi ces malheureux piétions, mouillés par ces pluies diluviennes, qui s’abattent sur la Côte d’Ivoire en ce moment. Eau secours !

Fatigués de jouer à saute-mouton, avec de grosses flaques boueuses, ou encore de poireauter le temps qu’un VTC suive correctement la géolocalisation, des marcheurs noirs sont obligés de céder quand le taximan gonfle poitrine et prix.

Toi, les discussions que tu as menées étaient beaucoup plus douces, plus smooth que ces palabres ; avec le ciel gris comme arbitre.

Il t’aura juste fallu bien expliquer ta démarche avant que le primo-auteur Demba Diop ne donne son aval pour une interview ; qui servirait ensuite à faire un portrait. Rencontre avec l’auteur qui a écrit : « Le jour montant ».

« LE JOUR MONTANT » : DEMBA DIOP, IL ÉTAIT UNE FOI
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DEMBA DIOP, ENFANT-ROI DE TREICHVILLE

Casquette à l’endroit, sachet plastique, qui fait aussi le bonheur de ces invités prêts-à-emporter mets et litres de jus naturels, d’une cérémonie, mais aussi imperméable, etc. Tous les couvre-chefs sont bons pour se protéger des averses !

Et pendant ce temps-là, des rues abidjanaises se gorgent d’eau et de quatre roues qui roulent quasiment à l’arrêt ; la faute aux bouchons. Ceux qui délient la langue d’automobilistes énervés, et ces gros mots qui sortent de leur bouche.

Les premières paroles qui s’échappent de celle de l’interviewé du jour sont un mélange de bienveillance et de curiosité.

Poignée de main ferme et grand sourire franc c’est ainsi que le maître des lieux t’accueille dans « un endroit plus formel », comme il l’avait proposé par écrit.

Grand bureau à la lumière blanche divinement forte, qui redonnerait la vue à des amoureux, machine à café qu’un célèbre acteur américain aurait aimé Clooney, mais aussi ordinateur de bureau qui trace une diagonale sur ce grand bureau en bois, le grand gaillard détend très vite l’atmosphère. À l’image de ce « grand-frère 2.0 » qu’il est finalement à force de prodiguer des conseils sur les réseaux sociaux en général et Twitter en particulier. Naturellement, le tutoiement remplace le vouvoiement rendant la pêche aux informations plus intéressante.

« Oui, moi je pense que j’ai eu une enfance très heureuse.

Les évènements que j’ai vécus sont juste des épisodes dans la beauté de l’esprit qu’on oublie. Mais dans la réalité, moi, vraiment, les meilleurs souvenirs de mon enfance, ça commence à Treichville : où j’ai une liberté absolue de faire ce que je veux chez ma grand-mère. D’aller où je veux, quand je veux. », avant de conclure : « Et d’être choyé pas comme pas possible. »

« Moi je vais, je me balade, revivant la scène, dans toutes les rues de Treichville. », rajoute-t-il. Et de tempérer doucement : « La seule chose qu’on m’interdisait, c’était de manger dehors. »

Beaucoup de parents interdisaient/interdisent/interdiront à leur progéniture de le faire.

MARGOUILLATS ET OISEAUX AU TABLEAU DE CHASSE

Ce Treichville dont parle celui qui a vécu avec feu sa grand-mère n’existe plus !

Un Palais de la culture, où de grands noms de la musique africaine en général et du Rap Ivoire en particulier se produisent, et une mosquée en construction, entre autres, sont venus changer ce quartier populaire d’Abidjan-Sud. Là-bas, le môme couvé par sa mère-grand, lui qui avait pour héros « Tom Sawyer », s’arrêtait des heures durant devant la Lagune pour y jeter des pierres avec ses potes. Ses mêmes amis avec qui il partait « chasser les margouillats, les oiseaux, avec nos lance-pierres […] ». Et de compléter :

« On allait là-bas [près de la lagune, NDLR]. On avait nos plaque-man, s’arrêtant pour vérifier que tu connais bien ce lance-pierre version ivoirienne. On plaquait les gens. Mais, je faisais vraiment ce que je voulais et j’étais un enfant-roi. »

Depuis que d’obscurs individus – dont on ne connaîtra jamais l’identité – ont décidé que le premier petit-fils ou la première petite-fille devait avoir tous les privilèges, rares sont ces petits-enfants qui ne bénéficient pas de ce traitement de faveur. Si tu ajoutes à cela le fait que comme l’un des personnages de son œuvre, « Le jour montant », Demba a grandi loin de ses parents, tu obtiens donc un enfant-roi. Mesdames et Messieurs, ladies and gentlemen : Demba Diop, premier du nom ! Mais, cette période ne dure malheureusement que très peu. Après Abidjan-Sud et Treichville, direction Abidjan-Nord et Cocody-Ambassades.

LA VÉRITÉ D’HIER N’EST PAS CELLE D’AUJOURD’HUI

Grands yeux noirs, à peine cachés par une monture de la même couleur, cheveux très courts et limités, mais aussi barbe bien taillée et surtout boubou dans lequel un bon « djê » semble être, le quadragénaire possède pêle-mêle quelques signes extérieurs d’une personne, d’ailleurs autrefois à la tête d’un géant sud-africain de la téléphonie mobile, qui a tout réussi professionnellement. Mais c’est cette image trop parfaite qu’il a voulu casser en écrivant son livre « En dix jours !  ».

« J’écrivais déjà des bribes sur Twitter notamment. Mais, les gens, eux ne savaient pas. », avant d’admettre : « Je ne savais même pas comment faire [pour écrire un livre, NDLR] » Celui qui l’a aidé, c’est Armand Patrick Gbaka-Brédé plus connu sous le nom Gauz. L’auteur du résonnant « Debout-Payé » et par ailleurs grand ami de Demba.

« Il a tout corrigé ! », s’amusant de ses retours éditoriaux aux lance-flammes.

La vérité c’est que Demba Diop sait écrire ! En choisissant de mêler fiction et réalité, son ouvrage prend aux tripes comme pêpê-soupe accompagné d’un foufou qui met tout sauf en boule. Lui qui l’était tout le temps, en boule. Son style est un « magatapé », prend par surprise. Tu lis une phrase anodine et quelques pages plus loin, tu te rends compte que c’était une punchline à retardement. Surprise sur prise.

ONCLE-MINISTRE, MAISON PRÉSIDENTIELLE

Difficile à croire mais le chef d’entreprise, qui s’ébroue de temps en temps lorsqu’il raconte ces mille et une vies, avait un impressionnant côté bagarreur et ce même quand il arriva à Cocody-Ambassades pour vivre chez son « oncle-ministre ».

« […] qui est la maison de Bédié actuellement. », révélant comme si de rien n’était que la maison où il a grandi est celle que l’ex-président de la Côte d’Ivoire (1993 – 1999) Henri Konan Bédié occupe aujourd’hui. Espiègle, le gars !

À croire que c’est toujours le même « fauteur de rouille », « voyou », « bagarreur » qui adorait « prendre le goûter » des autres qui est là, devant nous, sous la lumière blanche.

UNE PETITE INTERVENTION

« Ah oui ! Évidemment : je souffre, revenant sur cette période turbulente de son enfance qui ressemble comme deux gouttes à celle du personnage principal : Issa. Mais, je n’ai pas conscience de la souffrance. Je suis en peine. […] »

Les conséquences de ces actes, celui qui est alors déjà « grand de taille pour son âge », le gamin n’en a pas peur. « Quand tu es enfant et que tu as découvert qu’on peut rien te faire de pire que ce que tu as déjà vécu : tu t’en fous, en fait. », d’une voix forte.  

« Moi, on me “daba” tout le temps. », se rappelle-t-il avant d’ajouter un : « Propre ! » Histoire de montrer à quel point, on le frappait bien, bien propre quoi !

Puis vient la première intervention, la petite alerte à laquelle tu es désormais habituée.

« Mais le problème, c’est que si tu écris tout, les gens ne vont plus acheter le livre. », à moitié inquiet.

Le « problème », c’est que tu serais incapable de tout raconter.

Primo parce que il faudrait encore plus de mots (1397 pour le moment. Le compteur tourne…) pour retracer son parcours.

Secundo parce qu’il y a des choses dans « Le jour montant » qu’il vaut mieux laisser que des lecteurs comprennent. Avec cette primeur de la découverte qui fait sensation.

L’interruption, qui laisse beaucoup moins de traces que celle d’une organisation internationale onusienne, pressée d’installer la démocratie, dans un pays sub-saharien, terminée, Demba Diop reprend son fil d’Ariane.

MÉCHANT MÉCHANT DE COCODY AVANT L’HEURE

Dans cette « maison qu’il connaît très bien », celle de Cocody,  le nouvel arrivant y vit des choses pas si gaies mais surtout se fait des amis. « On grandit. On fait tout ensemble. Ça devient mes nouveaux potes. Et eux, ils sont voyous comme moi. », se bidonnant.

Le voilà qui parle de « ce crocodile de deux mètres qui vit au salon », de ces « clôtures avant qui étaient des grillages donc on a déchiré ».

Avec ces nouveaux amis, Demba-la-malice fait les 400 coups.

Pneus percés, plaquer les gens qui passent avant de s’enfuir pour se cacher, etc. « Méchants méchants de Cocody[2]» avant l’heure.

« Pour moi, c’étaient les meilleurs moments de ma vie. », après avoir envoyé jusqu’au plafond des rires francs.

De temps, entre deux prises de parole rapide, le littérateur lâche quelques mots d’anglais. « Shortly after that » pour parler du mariage de sa mère qu’il a retrouvé à Port-Bouët, dans Abidjan-Sud.

Tu aurais pu croire que le fait de retrouver sa maman, qu’il montre sur une vieille photo qui étonnamment rend justice à sa beauté, calmerait le petit garnement mais rien. Bien au contraire.

« Je suis son grand-frère djo, parlant de ce petit frère dont il est jaloux à l’époque. Il veut me suivre tout le temps. Mais je veux pas ! », d’un revers pour se débarrasser de lui comme s’il était là.


Dans ce bureau de plusieurs dizaines de m2, nous ne sommes pourtant que deux. Enfin, sans compter les différentes existences que l’écrivain a menées. Treichville, Cocody et maintenant Port-Bouët : ouais, l’enfant-là a vécu ! Et pendant ce temps-là, toi, tu multiplies les allers-retours pour démêler le faux du vrai, le vrai du faux sous le regard attentif du romancier.

Soucieux de dévoiler le minimum pour que les futurs liseurs soient eux aussi magatapé et d’exposer le but de sa démarche, l’homme de lettres joue de temps en temps les équilibristes et souvent les pacifistes. Surtout lorsqu’il aborde la question de la foi.

« LE JOUR MONTANT » : IL ÉTAIT UNE FOI

« LE JOUR MONTANT » : DEMBA DIOP, IL ÉTAIT UNE FOI
Ce n’est pas une alerte spoiler.©️Tous droits réservés

Dans ce bureau du chef d’entreprise/auteur, les palettes baissées du climatiseur favorisent la libre circulation des personnes et du bien.

Le bien fou qu’une religion est censé faire par exemple. Sauf que certains, la plupart fraîchement convertis, bloquent sur le « fou » au lieu du « bien ». Tout le contraire de l’interviewé.

« J’en parle dans le livre, faisant allusion à la religion musulmane, pour expliquer aux gens l’importance de la prière et du fait que la prière a besoin de venir du cœur. Il s’agit pas de faire de la récitation pour faire de la récitation.», d’une voix plus solennelle.

AVEC LE COEUR

« Que tu sois en train de faire un shoot de basket, en disant : ” Ouais, j’espère que ça va rentrer ! “, ressortant ces anecdotes qu’il avait racontées auparavant à Abidjan.net, ou que tu sois dans les toilettes en train de te dire : ” Ouais, j’ai passé mon examen, mais j’espère que ça va aller “…c’est une prière. La prière pour moi doit venir du cœur. C’est pas juste un dogme. Donc j’en parle tout le long [du livre, NDLR]. Des moments de prière où j’ai récité des sourates mais qui ne voulaient rien dire pour moi, à ce moment-là. Des moments de prière où j’ai récité la Bible mais peut-être forcément ça voulait rien dire. […] »

Dire que « Le jour montant » met en grand/en évidence/en lumière la religion en général et la foi musulmane en particulier serait un doux euphémisme. C’est bien simple : l’ouvrage de 150 pages environ aurait très pu s’appeler : « Il était une foi ».

Rejetant catégoriquement l’idée que les trois religions soient différentes, Demba-le-croyant parle, transmet du calme et de la sagesse notamment ; exactement le genre que tu ressens en observant de loin ces pratiquants qui mettent genoux à terre puis tête contre le sol pour prier.

« Pas de différence ! », tapant du poing sur la table à intervalles réguliers comme s’il voulait accompagner encore plus fort ses propos. Entre deux sourates. « L’unicité de Dieu ! », conclut-il presque avant d’affirmer aussitôt :  « C’est pour ça que le livre est divisé en piliers, en fait. »

Oui, « Le jour montant » est divisé selon les cinq piliers de l’Islam à savoir : la Shahada (la profession de foi), la Zakat (l’aumône légale), mais aussi le pèlerinage à la Mecque, le jeûne et enfin la prière.

Mais, ce n’est pas l’histoire de Demba Diop qui a « fait le pèlerinage à La Mecque, à Médine, en Israël, à la Mosquée al-Aqsa, au Saint-Sépulcre de Jérusalem, le Mur des Lamentations, à Lourdes, à Rome. » sans pour autant faire une « différence entre les trois [religions, NDLR] ».

NI BLANC, NI NOIR

La puissante vibration de son téléphone l’interrompt à peine dans son déroulé, son plaidoyer sur le fait qu’on « soit tous un ».

« Tu peux pas vivre 2000 ans en Afrique sous la chaleur du soleil et puis rester blanc ! », punchline certifiée.

Lentement mais sûrement, ce qui ne devait qu’une prise de contact devient un échange.

Ce qui était un échange se transforme en observatoire de l’actualité en général et des questions raciales en particulier. « Ça c’est normal ça, cette velléité de toujours blâmer le noir et d’en faire une bête de foire. », saisissant la passe que tu lui as faite à propos de ces images de Noirs aux plaies purulentes utilisées pour illustrer la variole du singe ; qui sévit…en Europe.

« Bête de foire », Demba Diop l’aura été une partie de sa vie.

Lorsqu’il excellait au basketball, avec ce poste « d’ailier style Durant » qu’il occupait, ou à l’école avec les 19 sur 20 au point de faire appeler « Mister 19 » ou encore quand est arrivé aux États-Unis pour poursuivre ses études au Texas, état du sud des États-Unis.

Là-bas, « l’américain dans la tête » obtient notamment un diplôme d’Ingénieur Électronique et Informatique de Saint Cloud State Université. Mais avant ça, bien avant ça, volant de ses propres ailes la première fois, le néo-étudiant se brûle les doigts. L’argent lui crame les mains.

« En six mois, le blé est fini ! », rigolant à voix haute.

« Dallas ton univers impitoyable ! », en chanson dans le texte.

Son absence, en pleine dévaluation au début des années 90, le met alors dans une situation précaire. Ses études, il a donc failli les foirer bêtement. L’homme a beau les avoir finalement réussies, puis enchaîné plusieurs postes à responsabilités, dont celui de conseiller spécial au Ministère des Technologies, de l’Information et de la Communication (2006 – 2007), il a encore du mal à accepter attalaku et compliments.

L’ART DE JOUER UN DOUBLE-JE

« J’ai toujours eu, moi, le syndrome de l’imposteur. Toujours. »

Les murs blancs n’en croient pas leurs oreilles.

« […] Mais c’est pour ça même que j’écris le livre. […] Je suis pas aussi fort que vous croyez [les gars, NDLR]. Je ne viens pas d’une famille aussi exceptionnelle que vous croyez [les gars, NDLR]. Parce que j’ai toujours voulu rétablir la vérité. »

C’est parce qu’il a « voulu rétablir la vérité » que Demba a choisir de raconter l’histoire de ce jeune garçon, à la fois brillant et en colère, qui lui ressemble énormément mais attention : ce n’est pas une biographie. Tu répètes : ceci n’est pas une biographie !

« C’est un livre de développement personnel basé sur mon autofiction. » Point à la ligne.

La voix de celui « qui ne se voit pas plus intelligent que le gardien qui est là mais plus chanceux » est moins forte, moins tonitruante qu’auparavant. « J’ai toujours beaucoup lu. », admet-il néanmoins.

Sa chance, il l’aurait donc provoquée en lisant des livres. Ceux-ci lui ont ensuite permis d’avoir cette grosse culture générale qui pourrait tapisser l’enceinte mais qu’il se contente de diffuser à doses homéopathiques.

SUPER-HÉROS

« À partir du moment où mon univers physique, il est trop contraignant, rapidement, je me réfugie dans un univers que je crée. Et moi dans mon univers à moi, je suis un super-héros qui a été amené sur la planète pour souffrir pour ne pas que les autres enfants souffrent. », expliquant le passage du garçon turbulent à élève brillant avant d’ajouter : « Je crois que je me dis ça, j’ai même pas 4 ans ! »

Certes beaucoup d’enfants se rêvent en super-héros « Marveleux », capables de sortir les griffes, face à des envahisseurs venus troubler la quiétude d’un état africain au sous-sol riche comme celui de la République Démocratique du Congo. Wakanda Forever !

Mais, il est difficile de croire qu’un enfant aussi petit puisse avoir pleinement conscience d’un éventuel rôle de sauveur.

« Premièrement, mes superpouvoirs, commençant son explication. Je me rends compte très tôt que lorsque je fais une prière pour obtenir quelque chose, je l’obtiens, chuchotant presque. […]

En réalité, les super-héros, ils galèrent [comme moi, NDLR].

Donc one and one together, ça makes sense, mélangeant français et anglais. […] Grâce à mes superpouvoirs, les enfants qui subissent ce que je subis, ils vont pas les subir. Donc je prie pour les autres. […] C’est vrai que je suis bagarreur et tout ça mais je protège tous les faibles aussi. Donc si y a un gars qui est là-bas, qui est brimé, repartant presqu’à l’école, moi je suis le grand-frère protecteur. »

La seconde alerte, elle, arrive au bout de cinquante minutes d’échange. « J’ai une interview dans trente minutes. », prévient-il.

Malgré l’imminence de l’échéance, l’homme de plume loquace continue à partager, décrypter les faits saillants de son existence non sans humour.

« Je lisais tout ce qui me tombait sous la main. D’abord, je commence par lire les encyclopédies. C’est ça qui est dans la bibliothèque de tous les intellectuels de l’époque, avant d’éclater de rires. Ils ont ça de A à Z. Si tu n’as pas ça, tu vas pas réussir. […] On appelle ça les Atlas ! »

À la maison, dans « la dépendance », l’amoureux des livres a aussi un autre hobby : il a pour animaux domestiques : « […] des margouillats, des criquets. »

À l’École, Militaire Préparatoire Technique ou EMPT pour les initiés, « l’enfant bizarre » est une « légende ».

« Moi les profs ne parlaient pas  [pour donner ses notes, NDLR]. Ils déposaient ma feuille. » On parle plus trop.

L’histoire retiendra que c’est lui qui, le premier, a inventé ce concept avant qu’un célèbre chanteur de coupé-décalé ne le popularise.

Mais tu retiendras surtout que ce livre, il l’a écrit à cause de plusieurs facteurs : son 50ème anniversaire qui approche, le 9 octobre prochain. Mais aussi « le besoin et l’envie de transmettre [à ces gens qui le suivent et ont eu le même parcours que lui, NDLR]. »

« Non, les gars ! Ne faites pas comme moi ! Réglez vos démons internes et vous allez voir, tout va bien se passer. » Les siens, il les a réglés : « Sinon il ne serait pas là ! »

Tu ignores si Demba Diop, déplorant par ailleurs que « L’absence de langue commune fait qu’il faut se raccrocher à quelque chose [le patronyme, NDLR]. », a utilisé ses superpouvoirs pour écrire « Le jour montant » ; avec le choix de cette couleur en forme de clin d’œil au cycle d’une machine à laver qui rend blanc comme neige les vêtements les plus sales. Mais, tu sais qu’il en a au moins un : celui du faire du bien à l’âme. Tout simplement. Et par les temps qui courent, quand le ciel pleure et a des coups de foudre, c’est déjà un miracle. Mais ça, c’était une autre histoire qui commencerait par éventuellement : « Il était une foi…»


[1] L’interview a été faite le 25 mai 2022 ; soit 3 jours avant que le Real Madrid ne soulève sa 14ème Champions League.

[2] Des jeunes qui copient de manière outrancière les codes vestimentaires et le parlé de banlieusards parisiens, qui font les méchants.