SOCIÉTÉ

Petit-neveu de Mobutu et Noir de maison de l’extrême droite portugaise

À l’heure où les marches en soutien aux victimes de brutalités policières américaines font rage dans plusieurs capitales d’Europe de l’ouest, la diaspora africaine ne porte pas son regard sur l’état de la société portugaise, bien que celui-ci devienne de plus en plus alarmant. En effet, le pays semble être face à une impasse, et les rapports entre immigrés et dirigeants sont aussi bien tendus qu’occultés à des fins de propagande culturelle.

Par VKY. Isolés de la vie politique et sociale portugaise, les immigrés africains souffrent de nombreux cas de violences policières au même titre que la communauté du voyage. L’an dernier en décembre 2019, un jeune Cap-verdien du nom de Geovanni subit un lynchage gratuit aux motivations racistes. Pis encore, quelques jours plus tard en janvier 2020, c’est au tour d’une jeune maman d’origine angolaise, Claudia, de subir la violence sans nom de la police qui la bat au point de devenir méconnaissable. Dans un environnement où les Noirs du Portugal peinent à faire entendre leurs voix-et ce, même si les événements culturels à l’image d’Afro Nation visent à transformer l’image de cet État aux yeux du monde-  le racisme portugais, à dire vrai, ne faiblit pas. Il est à présent plus concret, politique, bien installé au Parlement et représenté par le parti d’extrême-droite, CHEGA.

En compagnie du policier tueur d’un tsigane de 13 ans et aquitté. Credits Photos: Luc Mombito/Facebook

Cette frange politique qui est des plus extrêmes et conservatrices se divise en deux groupes distincts qui s’accordent sur le fond. Dans un premier temps, les adhérents à CHEGA ont un racisme décomplexé et assumé. Ils sont étrangers au politiquement correct à l’inverse de la classe politique française. Profondément racialiste, le parti compte dans ses rangs bon nombre de néo-nazis et d’anciens skinheads ultra-nationalistes fiers d’afficher leurs idées. Puis, il est aussi composé d’une autre branche, plus visible que la première, qui joue sur la confusion en se dédouanant de toute forme de racisme, mais s’inscrivant dans la lignée « lusotropicaliste ». Nostalgiques du Portugal colonial, ces derniers se disent amis des Africains mais adoptent un discours paternaliste et méprisant à l’égard des immigrés qu’ils rejettent. Les deux entités manipulent la narration au bon gré des situations auxquelles elles s’adaptent.

Récemment, le leader du parti, André Ventura, s’en est pris à la communauté gitane portugaise, les accusant de propager le coronavirus. Il suscite alors la colère du joueur de football Quaresma qui lui répond sur Twitter. Le politicien ne recule devant rien pour afficher son dédain des minorités.

En janvier, il invite une députée de gauche d’origine guinéenne (Bissau), Jaocine Katar Moreira, à « rentrer en Afrique », tout en se pourfendant, au passage, du handicap de la jeune femme car bègue.

Ancien commentateur sportif pour le Benfica sur la chaîne CMTV -l’équivalent de FoxNews aux États-Unis- Ventura ne brille pas par ses prouesses intellectuelles et son avant-garde. Il est un agitateur, professeur, sans grand talent politique mais est porté au sommet par des millions de fans du club de football précédemment mentionné. Il use donc de sa popularité pour influencer son parti politique et ajouter de nouveaux adhérents.

Cependant, bien que n’étant pas étranger à ce type d’attaques faciles contre les minorités, la surprise se porterait davantage sur l’un de ses plus proches conseillers répondant au nom de Luc Mombito. En effet, ce dernier, un Portugais d’origine congolaise, n’est autre que le petit-neveu du feu président zaïrois Mobutu Sese Seko.

Tout juste diplômé de l’Université Catholique de Lisbonne en sciences politiques, il est, selon des sources fiables, le seul et unique africain membre du parti politique, réputé pour ses diatribes racistes. Ami proche d’André Ventura, les deux hommes se sont rencontrés sur les bancs de la faculté et ne se sont plus jamais quittés par la suite, aussi bien sur le plan professionnel que récréatif, soit des instants durant lesquels les deux amigos laissent parler leur passion pour la marijuana. (voir photo ci-dessous)

Credits Photos: Luc Mombito/Facebook

Fier de s’afficher aux côtés de ce dernier, Mombito affirme sa position radicale et s’engage dans la même voie que ses collègue. Il rejette le communautarisme, s’oppose aux associations anti-racistes à l’image du SOS RACISMO portugais et n’hésite pas à mettre des bâtons dans les roues des activistes communautaires afro-descendants. Il affiche un rejet de l’islam et du socialisme, et trouve consolation dans la diffusion d’images d’une Afrique portugaise, comme en attestent les publications sur sa page Facebook. Il est un nostalgique de l’empire colonial portugais. Tout comme les membres du parti, Mombito se laisse aller à de la violence gratuite. Il se moque ouvertement du handicap de la députée Katar Moreira et a toujours refusé de la défendre contre les insultes de Ventura à son égard, en janvier dernier.

Toutefois, malgré son fort désir d’intégration au parti de son associé, sa présence ne fut pas vue d’un bon œil de la part des autres membres de CHEGA.

En effet, les activistes d’extrême droite n’auraient pas supporté sa présence jugée trop envahissante et ont témoigné de leur exaspération en ayant fait circulé une pétition visant à exiger son éviction.

CHEGA évolue au cœur d’une atmosphère qui lui est favorable mais représente un véritable danger pour les immigrés. Ventura est un grand supporter de la militarisation et de l’usage de la force, ayant récemment déclaré sur sa page Twitter qu’il serait pour le rétablissement de la censure une fois élu. Il compte la police parmi ses plus grands soutiens, la flattant quand il le peut afin de la rallier à sa cause. Son discours et ses décisions trouvent un écho dans la politique raciste du président brésilien Jair Bolsonaro.

Luc Mombito dérange dans ce Portugal où les rapports entre immigrés et dirigeants sont tendus. Et c’est là tout le problème de l’homme. Le jeune d’origine congolaise ne semble avoir aucun scrupule quant à ses actions. Il poste des archives historiques à la gloire d’une Afrique portugaise, pose aux côtés d’un policier responsable de la mort d’un jeune gitan de treize ans -voir photo ci-dessous-, modifie sa photo de profil à l’effigie du parti et demeure silencieux quant aux récits des victimes noires, brutalisées par la police, mais pourtant conscient de la présence de néo-nazis au sein de la politique qu’il défend. Toutefois, ce dernier réfute toute accusation de racisme à l’égard de CHEGA. Et lorsque il est interrogé sur les témoignages donnés par les nombreuses victimes d’abus, il répond ne pas vouloir se prononcer sur la question. « On ne connaît pas toute l’histoire. »

Voyez là la réponse d’un grand Nègre de maison.

Panafricaniste dans l’âme, j’œuvre à mon humble niveau à réunir les membres de la grande famille africaine à travers le monde.

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