CULTURE

Ya Levis, ambassadeur de l’amour et de la rumba

Ya Levis « J’aimerai donner la chance à d’autres jeunes artistes africains ». 

Ya Levis Delaware est actuellement en tournée dans toute l’Afrique. Révélé par la scène il y a quelques années, il a aujourd’hui une base fan de centaines de milliers d’auditeurs. En pleine ascension artistique, celui qui mixe savamment rumba et trap vient de sortir El maya Love, son premier album. Entre deux scènes, nous sommes revenus sur le parcours de  « l’ambassadeur de l’amour ». Entretien. 

Ya Levis, ambassadeur de l’amour et de la rumba

Pensais-tu faire de la musique ton métier dès le départ ?

Non. Au départ c’était vraiment pour le fun mais j’avais la musique en moi. Je suis né dans une famille de musiciens. Mon père était musicien, ma mère chantait aussi. C’est quelques années plus tard que j’ai vraiment voulu me lancer.

Pourquoi « Ya » Levis, voulais-tu t’ériger en aîné dans l’industrie musicale ?

Il y a toute une histoire derrière ce nom de scène (rires). Le « ya », ça vient de ma mère et de certaines tantes qui m’appellent affectueusement yaya. J’ai gardé ce truc là. J’en ai tellement pris l’habitude. Le « Levis », ce sont des amis qui m’ont surnommé comme ça parce qu’avant je ne m’habillais qu’en Levis Strauss. Donc j’ai fusionné les deux et ça a donné Ya levis. Si tu veux m’appeler comme ça, tu m’appelles comme ça, si tu veux juste m’appeler « Ya », c’et toi qui vois. A Abidjan on m’appelle « Ya » par exemple. Sinon, ça n’a rien à voir avec le fait de se dire au-dessus des autres (rires).

La musique congolaise a influencé le monde entier. Pourtant, il manquait à ses artistes cette vision entrepreneuriale sur le long terme. Est-ce une réalité que tu avais en tête ?

Je me suis toujours dit que la musique ce n’est pas juste chanter. Il y a un gros business derrière. Il faut être prêt, assumer certaines choses, surtout que c’est un milieu très vicieux. Il faut être fort mentalement. J’ai toujours su qu’il fallait prendre en compte ce côté business.

Qu’est-ce qui a été le plus difficile dans cette démarche ?

En réalité, à l’époque, je n’étais pas à la recherche d’un manager, je laissais les choses se faire et voilà, Dieu a fait grâce. . J’ai eu de la chance. Jusqu’à présent, je suis toujours tombé sur des personnes vraiment carrées, avec qui je m’entends super bien et on continue, on fait du chemin. Par exemple, avec Stimo, mon manager, on s’est rencontrés quand j’avais 13-14 ans, aujourd’hui j’en ai 24. Dieu merci.

Ton style très rumba/sebène au départ s’est ouvert à des influences trap plus mainstream. Est-ce une évolution ou un choix commercial ?

C’est une évolution. C’est vrai qu’à mes débuts j’étais très Rumba, très fermé, je chantais uniquement en lingala. Mais je ne me suis pas dit « je vais m’ouvrir un peu pour le public français », non, loin de là. Dans un coin de ma tête j’ai toujours eu l’idée de faire ce mélange lingala-français mais je n’étais pas prêt. J’avais peur de le faire. Du jour au lendemain, je me suis finalement dit que je n’avais rien à perdre et que j’allais le faire. J’ai vu que ça a bien plu aux gens et aujourd’hui c’est un peu devenu l’identité de Ya Levis.

Que penses-tu apporter de particulier dans l’industrie ?

Je pense que ce que j’apporte c’est le côté rock star. Chez nous, les artistes congolais, il n’y a pas eu de rock star en vrai. Ce côté spectacle. J’aime bien surprendre les gens, je mets en scène mes arrivées et je kiffe. C’est vrai qu’il y a eu une époque où Werrason le faisait mais ensuite il ne le faisait plus et moi, c’est justement ce côté qui me surprenait chez lui. J’ai un peu pioché chez ces aînés, j’ai pris un peu de Michael Jackson aussi et j’ai fusionné le tout. Lorsque j’arrive sur scène ou n’importe où ailleurs, les gens remarquent ça, ils se disent « il a un style différent. Il y a aussi le côté humble. Je n’aime pas trop le côté bling-bling, parce que tout le monde ne peut pas y accéder. Moi je fais du spectacle et ça , c’est à la portée de tous mais montrer que t’es riche ce n’est pas trop mon truc. J’aime garder ce côté simple, pour aussi inspirer les jeunes qui viendront. Beaucoup se disent « il a une Royce Rolls, je n’y arriverai pas, c’est trop dur ». Il faut leur donner envie mais leur montrer aussi qu’en étant simple on peut y arriver. Il ne faut pas qu’ils pensent qu’ils doivent rouler en Mercédès pour être confirmés. Michael Jackson n’a jamais roulé dans une Rolls, il a toujours été dans des vans mais ça ne l’a pas empêché d’être le King de la pop.

Ta musique s’inscrit dans la continuité de Fally ipupa. De quelle manière cet artiste t’as-t-il influencé ?

Quand j’étais plus jeune, j’aimais bien l’énergie de Fally. Il faisait toujours la différence. Quand tu regardais Quartier Latin, à l’époque, t’avais toujours le regard braqué sur lui, que tu veuilles ou pas. Il avait un côté RnB qui te ramenait dans la rumba, c’est ça qui m’a donné envie de pousser encore plus loin ce côté rumba. Fally apportait ce truc kainry et je me suis dit « pourquoi pas en faire autant, et y apporter ma touche ? ».

Ta musique s’inscrit particulièrement dans la continuité du groupe Bisso na Bisso. Sont-ce des artistes qui t’ont également influencé ?

J’aimais beaucoup les mélanges qu’ils faisaient. Garder ce côté lingala sur différents rythmes musicaux. Bien sûr, ce sont des artistes qui m’ont aussi inspiré. J’ai un grand respect pour Passi et les autres. Ils ont su défendre notre musique, notre culture et on doit continuer pour que ça ne s’arrête pas.

Quel artiste aimerais-tu inviter sur l’un de tes morceaux ?

Le premier artiste congolais avec lequel j’aurai voulu faire un feat, que son âme repose en paix, aurait été King Kester Emmeneya. Il y ‘en a plein d’autres, qui sont encore là avec lesquels j’aimerai collaborer mais je n’en dis pas plus pour l’instant. Surprise.

Culturellement, la rumba est un héritage qui te tient à cœur. Pourquoi ?

Moi j’ai vraiment grandi dans ça. J’étais un grand fan de King Kester Emmeneya, Bozi Boziana, JB Mpiana. Mais quand je regarde ce qu’ils faisaient, je me dis qu’ils auraient pu aller encore plus loin. Donc aujourd’hui j’aimerais faire ce qu’ils n’ont pas pu faire, continuer. J’aimerais plus tard que ces grands artistes se disent « Ah, Ya Levis a bien défendu notre musique, il l’a poussée encore plus loin, merci à lui. » Et ça continuera ainsi de suite, quelqu’un arrivera après et continuera.

Quel est ton rapport à l’Afrique ?

J’aime bien échanger avec les jeunes artistes de mon âge en Afrique. Je leur demande comment ils font pour travailler et souvent, je tombe sur des cas incroyables. On a la chance aujourd’hui, nous les artistes africains qui vivons en France, d’avoir des studios équipés, des ingénieurs formés pour avoir la meilleure qualité de morceaux. Eux, là-bas, font avec le peu qu’ils ont mais arrivent à charbonner de façon étonnante. C’est impressionnant ! C’est là que je me dis que parfois on est là à se plaindre de certaines choses mais va en Afrique et tu verras comment ils bossent. Depuis que j’ai commencé ma tournée, j’ai vraiment eu la chance de tomber sur des artistes comme Kiff no Beat. Ils sont les premiers à m’avoir surpris par leur façon de travailler. Les artistes de mon âge, en France, bombent pour rien, se plaignent tout le temps alors que ceux en Afrique sont inspirants de par leur détermination. J’essaye de ramener cette mentalité ici pour faire comme eux.

T’impliquer dans le développement de la musique en Afrique est-il une action que tu aimerais mener plus tard ?

Bien sûr. J’ai eu la chance de tomber sur des personnes qui m’ont énormément aidé et j’aimerais faire de même demain. Si Dieu m’en donne la force. Si j’ai l’occasion de monter un grand label plus tard, au Congo ou dans n’importe quel autre pays africain je le ferai sans hésiter. J’aimerai un jour pouvoir donner la chance à d’autres jeunes artistes africains. Il y a tellement de talents en Afrique, ils méritent d’arriver là où ils doivent arriver. Quand je vois Wizkid, à ses débuts, ça me donne envie de faire pareil. J’ai rencontré le groupe SLM, c’était incroyable ; ils sont super chauds, super talentueux. Aujourd’hui je ne peux pas encore faire plus que de leur donner de la force comme je peux mais plus tard, c’est vraiment un projet que j’ai en tête.

 

Parmi tes soutiens, beaucoup sont Congolais. Cette solidarité entrepreneuriale est-elle une chose dont tu as conscience ?

Oui. Mais pas seulement avec les Congolais. Moi je veux avancer avec l’Afrique en général. Je veux qu’on se soutienne tous, que les Africains puissent être unis et je sais qu’on ira très loin comme ça. Il faut montrer que l’Afrique est unie, qu’elle va loin, que l’Afrique est le futur.

Tu étais récemment en concert au Rwanda. Les rapports de la diaspora congolaise à ce pays sont compliqués en raison de la situation politique. Comment l’as-tu vécu ?

Sans entrer dans les détails, lorsque j’ai annoncé mon concert au Rwanda, ça a choqué pas mal de Congolais. Je leur ai expliqué que moi, je ne suis pas dans la politique, je fais juste mon travail. Je ne peux pas me dire que, pour ne pas décevoir mon public congolais, je vais refuser de donner un concert au Rwanda. Je me considère comme l’ambassadeur de l’amour et dans ce sens, j’essaye de faire passer un message de paix et d’amour partout où je vais. C’est ce que j’ai laissé aux Rwandais. L’Afrique peut avancer mais ce qui manque c’est l’union. Je pense qu’en faisant ça, même les Congolais qui sont contre vont comprendre le sens, surtout venant d’un artiste qui est né au Congo mais qui a grandi en France. Ça peut les amener à se poser des questions. Je n’ai pas peur de faire face à ça. Mon but est de faire plaisir à tout mon public. Hier, je cherchais ça et je ne l’avais pas mais aujourd’hui Dieu m’a donné la chance d’être écouté sur tout le continent. Donc je ne peux pas me permettre de refuser de me produire dans des pays de ce continent.

Qu’en est-il de l’engouement du public Rwandais pour la musique congolaise ?

C’est incroyable. Je suis parti serein dans ma tête. Tout le monde était inquiet, surtout ma mère, ce qui est normal. Mais je n’avais pas peur, loin de là. Quand je voyage je suis en paix, j’ai foi en Dieu. Je suis un très grand chrétien. Je crois en Dieu et je ne m’inquiète pas car je sais que lorsque je vais quelque part, c’est pour faire passer un grand moment à tous ceux qui viennent assister à mes concerts. Le Rwanda, c’était incroyable ! Il ne faut pas mélanger la politique et le peuple. A mon retour, je n’ai reçu aucun message négatif. Beaucoup de Congolais m’ont félicité, m’ont encouragé à poursuivre sur cette voie. Si je peux servir d’exemple à la jeunesse qui arrive après, tant mieux.

Quand tu dis « je ne fais pas de politique », cela signifie que tu ne pourrais pas prendre position ou attirer la visibilité sur un situation ?

Si, je peux, bien sûr. Si on doit défendre une cause, dénoncer les viols dans un pays, parler des massacres, je suis là à 100%, mais moi je suis pour l’union.

Tu te présentes comme « l’ambassadeur de l’amour ». Comment Cela ne renforce-t-il pas l’image défavorable des artistes quant à leur sérieux dans les relations amoureuses ?

On dit souvent qu’ils sont comme-ci ou comme ça et j’ai envie démontrer que c’est faux. Il y a une catégorie d’artistes qui sont comme ça et d’autres pas du tout. Il ne faut pas tout mélanger. Certains ont toujours rêvé d’avoir cette chance de monter sur scène, de faire chanter tout un public. Puis, il y a ceux qui sont là pour les amusements et tout ce qu’il y a autour. Moi je reste très carré dans ce que je fais. J’essaye d’être un exemple pour les artistes qui viendront après.

Les titres de l’album El Maya Love font-ils référence à des filles réelles ?

Oui, il y a des histoires vraies. La plupart de mes chansons sont tirées de mon vécu avec des femmes qui existent vraiment. Elles ne le prennent pas mal finalement. Je n’ai jamais eu de clash avec mes ex, je suis toujours en bons termes avec elles. Avant tout je respecte la femme et je sais seulement répondre par la musique. C’est tout ce que je sais faire.

Que penses-tu apporter avec ce nouvel album ? Quel en est le message ?

Il y a plein d’histoires d’amour. C’est en quelques sortes des conseils pour les couples de ma génération. Certains aiment accélérer les choses dans la relation, se précipiter pour le mariage par exemple. Moi, j’ai eu l’expérience avec mes parents. Ma mère me raconte souvent son histoire avec mon père, leur rencontre, le temps qu’il leur a fallu pour arriver au mariage. Ça m‘inspire et donc je donne quelques conseils. Cet album parle aussi de moi, de mon vécu. Si ça peut servir à cette jeunesse, c’est cool.

Ya Levis est-il un cœur à prendre ?

Oui, je suis célibataire. Mon cœur est à prendre.

Tu seras pour la première fois en concert à Kinshasa, cela te met-il une pression supplémentaire ?

Je n’ai jamais eu autant de pression ! C’est un tout. Le fait de retourner chez moi, de voir la famille. Depuis la mort de mon père je n’ai pas eu l’occasion de me recueillir sur sa tombe donc j’en profiterai. Il y a quelques années, ma mère voulait qu’on y aille pour voir de la famille mais je crois tellement en ce que je fais que je lui ai toujours dit que c’est la musique qui m’emmènerait au Congo. C’est aussi ce message que j’aimerais faire passer. Beaucoup de jeunes se sous-estiment et à une époque, j’en faisais partie. Je n’avais pas pris conscience que tout ce que je disais se réalisait. Si je disais que j’allais échouer alors j’échouais. Il faut toujours croire en ce qu’on fait. Aujourd’hui, grâce à mes expériences, je pense que j’ai mûri. Je suis plus serein, j’ai confiance en moi ; je peux faire face à plein de choses. La maturité vient avec le temps.

Quelle est ton actualité ?

Je suis actuellement en tournée dans toute l’Afrique. Restez connectés, j’ai encore plein de surprises qui arrivent. Régalez-vous avec El Maya Love, à consommer sans modération ! N’oubliez, l’amour change le monde, l’amour sauve le monde, sachez-le. On est ensemble.

VOUS AIMEREZ AUSSI:

Elvis Adidiema : d’Original à Trace tv, l’ascension d’un media entrepreneur

SK est la rédactrice/ journaliste du secteur Politique, Société et Culture. Jeune femme vive, impétueuse et toujours bienveillante, elle vous apporte une vision sans filtre de l'actualité.

Articles : 688