HISTOIRE

Jazz : ADN des Noirs américains

Par Pascal Archimède. A chaque étape de leur intégration sur le sol américain, les Noirs ont créé un style musical qui reflétait leur état d’esprit ainsi que leur évolution sociale et économique. Le jazz fait partie de ces genres musicaux qui ont accompagné et qui accompagnent encore le développement du peuple noir.  Retour sur l’Histoire de cette musique qui a largement dépassé les frontières de l’Amérique.

Jazz : ADN des Noirs américains

Résultant du métissage entre la culture africaine du peuple noir américain et les traditions européennes importées par les colons, le jazz apparaîtra en Louisiane, plus précisément à la Nouvelle Orléans, dans le delta du Mississippi au début du 20ème siècle. Il sera ensuite promu par les musiciens noirs au lendemain de la Première Guerre Mondiale et reflétera les déplacements de la main d’oeuvre noire, libérée de l’esclavage en 1865, du Sud agraire vers les grands centres urbains du Nord alors en pleine expansion économique. Selon Wheaton 1, les musiciens noirs sont les inventeurs du jazz. Cette musique innovante n’avait pas uniquement pour objectif de divertir, mais surtout d’attirer l’attention sur les souffrances et les inégalités dont ce peuple était victime à cette époque.

Le jazzman américain Dizzy Gillepsie (1917-1993).
Crédit photo: Jazz Club de Tours

Le jazz a créé un sentiment d’identité, d’originalité et de cohésion sociale parmi les musiciens noirs. Cependant, ces derniers en ont rarement été considérés comme les créateurs. Kofsky 2, considère que ce déni des Blancs de reconnaître aux Noirs la paternité de cette musique démontre le refus de valoriser tout ce qui viendrait des Afro américains. Dans les années 1920, le jazz a connu un accroissement de sa popularité avec le développement des enregistrements musicaux sonores. L’industrie du disque a aussi joué un rôle majeur dans sa commercialisation. Certains jazzmen s’estimaient lésés financièrement et dépossédés de la reconnaissance qu’ils méritaient en tant qu’inventeurs. Parallèlement, les Blancs se sont enrichis grâce à cette industrie  et se sont vus octroyés des titres tels que « King of Swing » ou encore « King of Jazz », au détriment des musiciens noirs. Cependant, il est indéniable que certains d’entre eux ont eu des opportunités alléchantes grâce à la radio et à l’industrie du disque.

Jazz 60’s

La situation du jazz dans les années 1960 sera pour citer Stokely Carmichael:

« Une musique inventée et jouée par les Noirs mais culturellement et économiquement colonisée par les Blancs ».

Le jazz a créé un sentiment d’’intégration entre Noirs et Blancs au sein de l’industrie musicale.  La ségrégation existait encore, mais sans réel impact dans la communauté jazz. Alors que ce genre était rejeté aux Etats-Unis, des musiciens afro-américains eurent l’opportunité de se produire à l’étranger. Leur talent artistique fut reconnu et encouragé et quelques musiciens découvrirent que la ségrégation n’était pas généralisée. Selon le romancier Ralph Ellison, dans les années 1920 le jazz était considéré comme une forme d’expression rudimentaire et arriérée par certains bourgeois noirs d’Oklahoma. A cette époque, certains parmi la classe moyenne rejetaient le jazz, considérant qu’il faisait « trop » partie de l’héritage des esclaves noirs.

Souvent appelé  » musique classique noire », le jazz a indéniablement été un atout en matière d’intégration, de respect et de mobilité sociale. La mobilité sociale s’avère être un facteur très important car elle constitue un point commun entre jazzmen et rappeurs noirs s’agissant de leur capacité à s’enrichir. Bien que le jazz ait eu des répercussions sociales positives, il a également généré beaucoup de points négatifs pour ses musiciens  tels que l’exploitation et la réappropriation culturelle et ce jusqu’à nos jours.

 

1- Wheaton, J. (1994). All that jazz! New York: Ardsley House.

2- Kofsky, F. (1998). Black music, white music: Illuminating the history and political economy of jazz. New York: Pathfinder

3– Means, R. L. (1968). Notes on Negro jazz: 1920-1950: The use of biographical materials in sociology. The Sociological Quarterly 9(3), 332-342. Retrieved November 5, 2008, from JSTOR database

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