CULTURE

Hommage à Oliver « Tuku » Mtukudzi, la légende de l’afro-jazz

Oliver « Tuku » Mtukudzi, la légende zimbabwéenne de l’afro-jazz, est décédé mercredi 23 janvier.

Oliver Mtukudzi, la légende de l’afro-jazz

Selon le journal zimbabwéen Herald, Olivier Mtukudzi a « succombé à [sa] longue bataille contre le diabète » à l’hôpital de la capitale, Harare. Âgé de 66 ans, Oliver Mtukudzi, également connu sous le nom de « Tuku » (abréviation de Mtukudzi), était un artiste complet. Auteur-compositeur-interprète avec plus de 60 albums à son actif, il était l’un des meilleurs musiciens africains.

Tuku était connu au-delà des frontières de son Zimbabwe natal. En effet, ses musiques afro-jazz résonnaient aussi bien en Afrique centrale, qu’en Afrique Australe. Sa mélodie était souvent rythmée par le traditionnel mbira[1], et sa voix honorait la richesse et la mélodieuse langue Shona[2].

L’un des plus grands succès de Mtukudzi a été Neria, une chanson parlant d’une femme ayant tout perdu lorsque son mari est décédé. Par ces paroles il dénonçait le droit coutumier qui pénalise les femmes en matière d’héritage. C’était aussi la chanson titre d’un film éponyme.

Pour le plaisir des oreilles et de l’âme, voici Oliver « Tuku » Mtukudzi, dans un live acoustique de Neria datant de 2009 sur BBC News Africa.

Un homme impliqué pour la jeunesse africaine

Les jeunes musiciens zimbabwéens considéraient Olivier Mtukudzi comme un mentor. « Il était comme une figure paternelle », témoigne MacDonald Chidavaenzi, auteur-compositeur et producteur, qui voyait Mtukudzi comme son « parrain ». Ainsi, la « Tuku music » était reconnue comme un style à part entière. Ce savant mélange de rythmes zimbabwéens et sud-africains, faisait la réputation de l’artiste. Par ailleurs, il figurait en 2017 dans le top 10 des musiciens africains les plus « rentables », selon un classement du magazine américain Forbes.

Mtukudzi traitait également de sujets difficiles qui le touchaient particulièrement. Dans certaines de ses chansons, notamment Todii et Tapera, il parlait du fléau du VIH en Afrique et particulièrement parmi les jeunes. Aussi, malgré l’étiquette apolitique qui faisait de lui un artiste « non dérangeant », il a tout de même sorti Wasakara qui signifie «tu vieillis». Ce titre a été largement mais officieusement attribué au dirigeant zimbabwéen, Robert Magube, alors encore président de son pays.

Voici quelques paroles:

« Bvuma! Bvuma iwe (Accepte que tu vieillis)

Bvuma wasakara (Accepte que tu es [trop] vieux)

Bvuma waunyana (Accepte que tu as des rides)… »

Mtukudzi devait sortir un album cette année. Il nous quitte cependant en laissant une œuvre qui marquera la postérité. De nombreux hommages ont déjà commencé à affluer. #RIP TUKU

 

[1] Le mbira est un instrument de musique d’Afrique subsaharienne composé d’un support en bois et de lamelles métalliques.

[2] Le shona est une langue bantoue parlée principalement au Zimbabwe où elle figure parmi les 16 langues officielles, également dans plusieurs autres pays d’Afrique australe, tels que l’Afrique du Sud, le Botswana, le Malawi et la Zambie.

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