SEXUALITÉ

Le phénomène « Ujana », ces filles traquées pour outrage aux mœurs publiques

Ujana, tel est le terme utilisé pour désigner les jeunes filles accusées d' »outrage aux mœurs publiques » à Kinshasa. Elle sont le plus souvent mineures et sont traquées pour provocations, dépravation, voire même prostitution, parce qu’elles ne portent pas de sous-vêtements. Retour sur un phénomène qui embrase la capitale congolaise.

La traque des Ujana

Ujana

Jeudi 27 septembre après-midi, 29 jeunes filles -17 à 22 ans ont comparu devant un tribunal siégeant en public et en plein air à Kinshasa

« Je ne suis pas une pute! » Kinshasa vit depuis une semaine au rythme d’une opération policière contre la prostitution des mineures. Ces jeunes filles accusées « d’outrage aux mœurs publiques » parce qu’elles ne portent pas de sous-vêtements.

Jeudi après-midi, 29 jeunes filles -17 à 22 ans d’après leurs avocats- ont comparu devant un tribunal. Le jugement s’est déroulé en public et en plein air carrefour super-Lemba, l’un des plus fréquentés de la capitale congolaise. Ainsi, leur procès a lieu devant le bar où elles ont été interpellées samedi dernier au premier jour de l’opération policière anti-« Ujana ».
Ce mot swahili -qui signifie « jeunesse »- désigne à Kinshasa des filles mineures accusées de ne rien porter sous leur mini-jupe/débardeur, pour attirer des hommes mûrs qui ont de l’argent.

Une atteinte à la liberté?

Sur les réseaux sociaux, des policiers ont été accusés d’excès de zèle et d’abus. Parmi eux, Georges Kapiamba, avocat et défenseur des droits de l’homme, s’est insurgé des procédures d’arrestation.

« Nous nous opposons à l’usage de la brutalité policière pour récupérer des filles mineures dans des bars et boîtes de nuit, ainsi qu’à l’arrestation illégale des filles majeures et leur détention ».

Aussi, la porte-parole du gouvernement provincial, Thérèse Olenga Kalonda, a indiqué qu’une semaine après l’opération coup de poing de la police, 166 personnes ont été arrêtées et deux bars fermés. D’autres sources parlent de 191 présumées « Ujana » arrêtées.

« Ce sont de très jeunes filles de 10 à 17 ans qui tombent dans la dépravation des mœurs. Nous avons des valeurs fondamentales, des valeurs africaines », avance Mme Olenga Kalonda, qui est aussi ministre provincial de l’Education et du Genre.
« Nous ne sommes pas en train d’attenter à la liberté des jeunes filles, nous luttons contre les attentats à la pudeur », insiste-t-elle.

Un problème de société

Pour le général Sylvano Kasongo, commissaire provincial de la police pour la capitale, il s’agit d’un problème de fond.

« Les mineures sont des irresponsables, mais les partenaires sont des adultes qui seront punis conformément à la loi. C’est un viol. Tandis que les mineurs, on va les amener au tribunal pour enfants ». De plus, il demande aux parents « de récupérer leurs enfants » car, affirme-t-il, « la plupart de ces enfants sont en conflit avec leur famille ».

De même, le député Patick Muyaya y voit le symptôme de crise sociétale.

« Les phénomènes « Kuluna » (voyou en lingala) et « Ujana », sont les conséquences de la crise sociale qui décime notre pays. La solution durable ne viendra pas des opérations policières mais plutôt de l’amélioration des conditions sociales des parents, des jeunes… »

Un procès sur la place publique

« Elles ont été arrêtées en flagrant délit vers 22 heures, les unes se trouvant dans la boîte de nuit Zen, d’autres devant en train de danser presque nues, avec des tenues qui laissent entrevoir les parties » intimes », accuse le parquet.

Des haut-parleurs permettent aux curieux et aux passants de suivre le procès, même lorsque le président du tribunal appelle les accusées par leur nom et prénom. Cheveux défaits, visiblement fatiguées après cinq jours de détention, les jeunes filles attendent sous le soleil assises à même le sol, avant de se présenter face à la table du tribunal. En pleurs, l’une d’elle ne semble pas comprendre ce qui lui arrive. Une autre s’évanouit.

« Est-ce que la tenue et le fait de danser en boîte de nuit constituent une infraction? », plaide Me Gauthier Nsopambu.
« Ma fille est allée à une fête. Qu’on la laisse. Elle n’est pas venue pour se prostituer, elle est venue pour une fête d’anniversaire », s’emporte devant l’AFPTV Elissa Ngadi, mère de l’une des « prévenues ».

En lançant l’opération, la police a promis d’arrêter en flagrant délit les « Ujana » de moins de 18 ans ainsi que « tout majeur » en leur compagnie dans les bars ou les hôtels. Le patron de la police de Kinshasa Sylvano Kasongo a promis le même sort aux « tenanciers des bars qui acceptent les mineures ».

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Sources:

Actu Orange

Bénin WebTV

Géopolis