SOCIÉTÉ

Le collectif Afro-Fem ouvre une permanence sociale pour les femmes en difficulté

Le collectif Afro-Fem, réunion de militantes qui se revendiquent d’un mouvement féministe afro-centré, ont ouvert une permanence sociale à Paris. Une structure à destination des femmes, noires essentiellement, qui à pour but de les accompagner dans la résolution des problèmes structurels quotidiens qu’elles subissent. Une initiative soutenue par le CRAN, au sujet de laquelle elles ont accepté d’éclaircir les principaux champs d’action. Entretien.

« Notre accueil n’a pas pour objectif de remplacer les dispositifs déjà existants mais de les compléter »

En quoi consiste cette initiative ?

Nous créons une permanence d’écoute, d’accompagnement et d’orientation de diverses problématiques : discriminations, logement, violences sexuelles, accès à l’emploi et aux soins…Notre initiative a vocation à fédérer des professionnelles bénévoles des métiers de l’action sociale, du droit et des secteurs médicaux afin de permettre une prise en charge professionnelle et la plus large possible. Chaque premier samedi du mois, nous accueillerons au sein de la Maison des associations du 11èmearrondissement de Paris des femmes dans leurs problématiques. Cet accueil sera réalisé en binôme avec l’une des membres du collectif et l’une des professionnelles bénévoles.

Selon les situations, nous gérerons l’ensemble du déroulé du dossier mais saurons faire appel aux structures déjà existantes pour les cas les plus importants. Nous ferons un accompagnement personnalisé et suivrons les dossiers jusqu’à leur résolution. Notre accueil n’a pas pour objectif de remplacer les dispositifs déjà existants mais de les compléter en ciblant les problématiques vécues par les femmes noires.

Qui en est à l’origine ?

Nous sommes au sein du collectif Afro-Fem une dizaine de femmes noires, militantes afroféministes originaires de l’Afrique Centrale et des Caraïbes. La fourchette d’âge se situe entre 25 et 40 ans. Pour certaines, nous nous sommes rencontrées il y a plus de 10 ans via des forums de discussion qui constituaient (déjà) des communautés en ligne permettant de politiser des femmes noires autour de sujets divers tels que le rapport aux origines, l’objectification des femmes noires, la sexualité ou la perception des cheveux crépus.

Quel type de spécialistes encadreront cette permanence (Psychologues, gynécologues, médecins…) ?

Hormis l’une d’entre nous, nos formations et compétences professionnelles ne coïncident pas avec l’accompagnement qui doit être réalisé pour cette permanence. C’est la raison pour laquelle nous avons rallié des spécialistes qui nous apportent leur expertise. Beaucoup de femmes ont répondu positivement à notre appel et proposent énormément d’idées, ce qui nous ravit car cela signifie qu’elles se projettent dans le projet et s’y impliquent.Le réseau est à ce jour composé de membres des secteurs sociaux, juridiques et médicaux avec une forte proportion des professionnelles de l’action sociale ce qui permet une vision d’ensemble des dossiers. Nous souhaitons cependant encore renforcer les pôles juridiques et médicaux et lançons un appel aux professionnelles concernées. Si vous souhaitez participer à un projet novateur et de nature à renforcer l’organisation communautaire, n’hésitez pas nous contacter à afrofem.permanence@outlook.fr

L’une des membres du collectif vous recontactera pour répondre à vos questions et vous proposer de rejoindre la rencontre de bénévoles suivante.

D’autres structures soutiennent-elles votre initiative ?

Cette initiative a été présentée au CRAN qui nous a immédiatement soutenues et a mis à notre disposition les moyens de sa structure associative ainsi que son réseau de contacts. C’est un engagement très important et leur participation à la construction du projet nous a permis de gagner en efficacité.

Pourquoi avoir créée cette permanence exclusivement à destination des femmes noires ?

Les femmes noires sont la cible principale de notre permanence mais elle ne leur sera cependant pas exclusivement dédiée.

Quels problèmes spécifiques rencontrent-elles ?

Les femmes noires résistent à de multiples oppressions. En contexte occidental, elles sont à la fois visées par le racisme et le sexisme. De plus, très nombreuses sont celles issues des classes les plus populaires ce qui entrave l’accès à l’information sur les dispositifs sociaux, aux structures d’aide et à l’emploi. Ce trio race, genre et classe est l’une des colonnes vertébrales de l’identité des femmes noires en Occident. La résistance s’organise et nous avons de plus en plus de modèles qui permettent de voir au-delà de ce schéma mais cela reste un frein majeur à l’épanouissement de ces femmes.

« Ces oppressions sont communes à de nombreuses femmes, qu’elles soient noires ou pas (…) »

Parmi les autres problèmes spécifiques auxquels elles peuvent être confrontées, on retrouve notamment les situations administratives irrégulières, les réseaux de traite humaine et de proxénétisme ainsi que des maladies comme par exemple la drépanocytose. Cela s’ajoute à ce que peuvent déjà subir en masse les femmes en France : discrimination à l’emploi, grossophobie, lesbophobie, transphobie, handiphobie, violences de couples, violences sexuelles et des situations de monoparentalité qui entretiennent la précarité. Ces oppressions sont communes à de nombreuses femmes, qu’elles soient noires ou pas, mais elles s’appliquent de manière spécifique aux femmes noires puisqu’elles peuvent être accompagnées de racisme.

« Les modalités de consultation sont amenées à évoluer au fur et à mesure du déroulé des permanences. »

Notre objectif est d’accompagner toutes celles qui en ont besoin sans préjugés sur leur orientation sexuelle, leur identité de genre ou leur moralité. Nous sommes conscientes qu’il s’agit de points clivants au sein de nos communautés et avons la profonde conviction que leur intégration dans nos actions est indispensable car nous estimons qu’il est de notre devoir d’accompagner toutes les femmes noires.

Les violences faites à ces femmes étant également de la responsabilité des hommes, quelle place leur accordez-vous dans ce processus ?

C’est un point très pertinent et d’une manière générale, l’amélioration de la qualité de vie des femmes passera également par une prise de conscience massive des hommes.  Nous souhaitons pour cette permanence offrir aux femmes un cadre dans lequel elles se sentiront pleinement en sécurité afin de pouvoir exprimer librement leurs craintes et leurs besoins. Aussi, nous prévoyons un espace non mixte.  En dehors de la permanence, le collectif souhaite participer à la sensibilisation des plus jeunes lors d’ateliers sur le respect des filles et des femmes mais également sur l’Histoire des femmes noires.

Pour les publics adultes, nous projetons d’organiser des événements permettant de mettre en lumière les expériences de femmes noires dans leurs réussites mais également dans les difficultés vécues. Ce type d’action entre également dans le travail d’éducation indispensable. Chacune de nos actions fera l’objet d’une communication dédiée afin de toucher le public le plus large possible.

Cette permanence prendra-t-elle également en charge les problématiques et questions juridiques liées à l’enfance ?

Les personnes mineures sont particulièrement fragiles que ce soit via la situation de leurs parents, quand il s’agit de mineur.e.s isolé.e.s ou victimes de violences au sein de leur propre foyer. Elles seront écoutées et accueillies au sein de notre permanence et seront également systématiquement orientées vers les services spécialisés.

Comment et sur quels critères les femmes pourront-elles y avoir accès ?

L’accès sera ouvert à toutes les femmes, elles pourront se présenter librement lors des permanences et peuvent également nous contacter par e-mail à l’adresse: afrofem.permanence@outlook.fr

Les modalités de consultation sont amenées à évoluer au fur et à mesure du déroulé des permanences. Nous communiquerons chaque nouvelle information.

Ces services seront-ils gratuits ?

Totalement gratuits.

 

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SK est la rédactrice/ journaliste du secteur Politique, Société et Culture. Jeune femme vive, impétueuse et toujours bienveillante, elle vous apporte une vision sans filtre de l'actualité.

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