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Mauritanie : deux esclavagistes condamnés à de lourdes peines de prison ferme

Société

Mauritanie : deux esclavagistes condamnés à de lourdes peines de prison ferme

Par Makandal Speaks

La Justice mauritanienne a condamné deux esclavagistes à de lourdes peines de prison ferme. Il s’agit d’une première dans l’histoire judiciaire de la Mauritanie.

Mercredi 28 mars 2018, la cour criminelle de Nouadhibou, la capitale économique de la Mauritanie, a condamné dans plusieurs affaires différentes, deux esclavagistes à 10 ans et à 20 ans de prison ferme. Jamais de telles peines n’avaient été prononcées pour punir l’esclavage officiellement aboli dans le pays en 1981. Pour l’avocat des parties civiles, Me Elid Mohameden M’Barek :

« Ce qui vient de se passer est extraordinaire » [1]

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La cour criminelle de Nouadhibou devait statuer dans deux affaires d’esclavage : le cas de Saleck Ould Amar (décédé) et de son fils Hamoudi Ould Saleck, tous deux poursuivis pour avoir réduit toute une famille en esclavage, ainsi que le cas de Ravea Mint Mohamed une dame de 60 ans, poursuivie pour avoir maintenu en esclavage, trois jeunes femmes depuis leur enfance.

Les jeune filles avaient contacté en 2011, l’organisation SOS Esclaves, qui lutte contre la traite des êtres humains et l’exploitation des personnes réduites en esclavage à domicile ou dans les entreprises. SOS Esclaves, assure aussi l’assistance juridique, morale, psychologique et sociale des victimes.

Les deux hommes seront condamnés à 20 ans de prison et à une amende de 500 000 MRU d’amande (environ 12 215€) pour pratiques esclavagistes, tandis que la sexagénaire écopera de 10 ans d’emprisonnement et 250 000 MRU (environ 6 107,50€).

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 » Il ne suffit pas de décrets ou de lois pour qu’une pratique comme l’esclavage soit éradiquée ».

L’esclavage est profondément enraciné en Afrique du Nord, notamment en Mauritanie, où il existe depuis l’Antiquité. Il est le fait des Beydan (Maures blancs arabo-berbères), se pensant supérieurs aux Haratines (terme péjoratif pour désigner les Maures noirs). En 1905, l’esclavage en Mauritanie a été déclaré illégal par l’administration coloniale française mais l’immensité de la Mauritanie a donné très peu d’écho à cette loi. En 1981, la Mauritanie est devenue le dernier pays au monde à abolir l’esclavage, lorsqu’un décret présidentiel a aboli la pratique [3].

Cependant, aucune loi pénale, visant à faire respecter l’abolition ne fut adoptée à ce moment là. Il a fallu attendre 2007 et une forte pression internationale, pour que le gouvernement daigne enfin poursuivre certains propriétaires d’esclaves [4]. Malgré cela, le nombre d’esclaves dans le pays a été estimé par Global Slavery Index à 43 000 (soit 1,6% de la population) en 2015 [5] et par l’organisation SOS Slavery à 600 000 (soit 17% des population) [2].

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Biram Dah Abeid, militant Mauritanien des Droits de l’Homme, figure emblématique de la lutte contre l’esclavage et fondateur de l’Initiative pour la Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA).

 

Alors que la justice mauritanienne avait pour habitude de ne condamner les esclavagistes qu’à des peines de 2 à 5 ans de prison (souvent du sursis) contrairement aux dispositions légales en la matière [6], il semblerait que la Mauritanie prenne enfin la mesure de la gravité du crime contre l’Humanité que constitue l’esclavage, et c’est heureux.

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Notes et références

[1] Mauritanie: des peines de 10 et 20 ans de prison pour esclavagisme, une première, rfi.fr, publié le 30 mars 2017

[2] SOS Esclaves – contre l’esclavage moderne

[3] Ordonnance n° 081-234 du 

[4] »Rapport de la Rapporteuse spéciale sur les formes contemporaines d’esclavage, y compris leurs causes et leurs conséquences« , Mme Gulnara Shahinian, Nations Unies, publié le 24 août 2010.

[5] « How many people are in modern slavery in Mauritania?« , globalslaveryindex.org

[6] La loi 2015-031 prévoit une peine minimum de 10 ans assortie d’une amende allant de ≈ 600€ à ≈ 12 000€ et ≈ 24 000 € de dommages et intérêts pour les victimes.