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François Hollande prêt à payer des réparations à Haïti ?

Politique

François Hollande prêt à payer des réparations à Haïti ?

Par SK

Le président français a annoncé qu’il verserait des réparations à Haïti, dès mardi. Une démarche entérinée par l’inauguration du Mémorial ACTe en Guadeloupe par François Hollande lui-même, et Victorin Lurel, ancien ministre des outres-mers.La question des réparations à été mise sur la table pendant journée nationale de commémoration de l’abolition de l’esclavage. L’occasion pour la classe politique française d’aborder ce lourd sujet, mais surtout, de s’engager publiquement. Décryptage avec François  Durpaire, membre du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage.

 

François Hollande a annoncé qu’il entamerait le processus de réparation envers Haïti dès demain.

Oui. Hier, dans les discours, on a pu assister à un revirement en trois points :

En Guadeloupe, lors de la cérémonie d’inauguration du Mémorial ACTe :

  • Victorin Lurel, ancien ministre des outres-mers a utilisé le mot « réparer ».
  • François Hollande a ensuite déclaré que la France avait déjà commencé à réparer en intégrant l’esclavage dans les programmes scolaires. Et surtout, que mardi, à Haïti, il allait payer la dette de la France.
  • Enfin, le premier ministre, Manuel Valls, invité sur France Ô et Public Sénat a déclaré qu’il laissait au président le soin de faire les annonces mardi.

Il est donc clair que la France, par l’intermédiaire de son chef de l’Etat, a engagé un processus sur la question des réparations.

 

L’inauguration du Mémorial ACTe, une action symbolique ?

On peut le voir comme tel. Inauguré en Guadeloupe le 10 mai, jour de la commémoration de l’abolition de l’esclavage,  c’est le plus grand musée dédié à la mémoire de l’esclavage. Il ouvrira le 7 juillet et  83 millions d’euros ont été investis  dans sa construction, ce n’est pas rien. Et ce n’est donc pas que du symbolique ! Il faut de l’argent pour construire et faire vivre un tel centre !

 

Quels sont les enjeux de cette démarche de réparation ?

L’enjeu serait que la France rétrocède l’argent à Haïti, ce que ce pays a du payer en dédommagement aux esclavagistes depuis le début du XIXe siècle, soit l’équivalent de 21 milliards de dollars (17 milliards  d’euros). Il faut dire que a France perd des marchés en Afrique et dans les Caraïbes parce qu’elle ne s’est jamais clairement excusé des crimes de l’esclavage et de la colonisation et n’a jamais réparé auprès des populations. On pense aussi aux réparations pour le travail forcé durant la colonisation. Notamment pour la tragédie Congo Océan entre 1821 et 1834, près de 17 mille morts ! David Cameron, du côté britannique, a payé des réparations au Kenya pour les massacres des Mau-Mau. L’objectif ? Que la Grande Bretagne entretienne de bonnes relations diplomatiques et économiques avec le Kenya, etc.

 

Quelles sont les missions du Comité National pour la mémoire de l’esclavage :

Le CNME dépend du premier ministre, il est la haute autorité en matière de mémoire de ce crime contre l’humanité. Le comité est né de la loi Taubira (2001) et la défend à travers trois missions :

– l’intégration de l’esclavage dans les programmes scolaires

-le soutien à la recherche universitaire, par les thèses

– l’organisation de la journée nationale de la commémoration de l’esclavage le 10 mai.

 

Le comité est au service de la mémoire. Qu’a-t-il à voir dans les questions des réparations qui, elles, sont actuelles ?

Tout notre travail est indissociable de la question des conséquences de l’esclavage, en termes d’inégalités, et de l’esclavage contemporain. Il ne faut pas confondre le mot « passé » et le mot « histoire ». L’histoire, c’est bien la manière dont la société regarde son passé. Elle concerne donc autant le présent que le passé…

 

Avec toutes les associations spécialisées, comment explique-t-on que les actions soient si lentes ?

En France, tout le monde n’est pas favorable aux réparations, et il I n’y a pas que ceux qui doivent payer qui sont contre. Parfois, ce sont les descendants de victimes elles-mêmes. Au niveau des associations,  le CRAN est le leader du mouvement français des réparations, tandis que le CREFOM, par exemple, y est hostile. François Hollande s’y était lui-même opposé à l’époque, en citant Césaire.

Toutefois, il faut spécifier que le CNMHE n’a pas vocation d’alimenter des polémiques mais au contraire de créer des consensus en auditionnant puis en formulant des recommandations. Je n’ai pas, par exemple, à vous donner un avis personnel, mais simplement à vous expliquer la démarche collective entreprise. Par ailleurs, si réparations il y a, il ne s’agit pas de réparer le crime – c’est irréparable- , mais les conséquences de ce crime, en terme d’inégalités.

 

Des propositions concrètes ont-elles déjà été faites ?

Les auditions commencent très prochainement : toutes les associations favorables ou non aux réparations seront entendues. Après cela, le comité va formuler des propositions au gouvernement. C’est la présidente du comité, Myriam Cottias, qui rendra le rapport.

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Historique des réparations

La notion de réparation, à l’origine,  ne concerne pas l’esclavage. Des compensations financières avaient déjà été versées en réparation de préjudices. Par exemple :

  • l’Allemagne a indemnisé la France après la première guerre mondiale et les victimes juives du nazisme après la deuxième guerre mondiale.
  • Le Royaume-Uni a indemnisé le Kenya pour le massacre des Mau-Mau
  • Les Etats-Unis ont versé 20.000 dollars à chaque victime japonaise en 1988
  • L’Italie a indemnisé la Libye

Concernant les réparations sur l’esclavage, la banque américaine  JP MORGAN CHASE avait des esclaves en gages contre des prêts.  On estime à plus d’un millier les esclaves récupérés en droit de propriété. Plus tard, l’institution a reconnu ce méfait et a mis en place un système de bourses pour les jeunes afros américains.

A la fin de la victoire d’Haïti contre l’armée Napoléonienne, victoire grâce à laquelle elle a gagné sa liberté, Haïti a été contrainte de payer. Elle a dû verser des  réparations  aux esclavagistes, de 1825 à 1852. Ce pays,  phare de la liberté, continue aujourd’hui de payer sa bravoure. Car c’est tout cet argent versé à ses anciens bourreaux qui participé à freiner dangereusement son développement.

Le mouvement international sur les réparations est né après la conférence de Durban (Afrique du Sud) en septembre 2001. Depuis, on a pu constater un clivage entre les partisans et les opposants. Les pays anglophones et les Caraïbes sont favorables aux réparations, tandis que, les pays francophones et les départements outres-mers sont plutôt silencieux sur le sujet.