CULTURE

« D.U.C » : le grand retour du B2O conscient, défenseur de la cause noire

Booba met-il fin à l’ère de la punchline sans message ? En tout cas, le rappeur de Boulogne revient avec un nouvel album « D.U.C », sortie le 13 avril, qui promet tant sur la forme que sur le fond.

B2O est de retour. A peine sorti sur i-tunes, « D.U.C », le nouvel album de Booba a pris la tête des ventes. Il faut dire que ce dernier opus du rappeur de Boulogne-Billancourt a tout pour plaire aux nostalgiques de « Mauvais oeil », premier album studio du groupe Lunatic sorti en 2000 – disque d’or, et de « Temps mort », premier opus solo du prince du rap français, devenu depuis un classique du genre.

Dans ce nouvel album, « D.U.C », en référence à son surnom « le Duc de Boulogne », B2O revient à ce qui sait faire de mieux : la punchline consciente. La preuve : les titres « LVMH » et « Tony Sosa » dans lesquels le MC, considéré comme le roi du texte qui cogne, s’illustre dans un double rôle : d’une part, il se présente comme le meilleur rappeur français, et de l’autre, il joue au sage qui défend la cause noire.

« LVMH » et « Tony Sosa » : l’art de défendre la cause noire

En écoutant le morceau « LVMH », on se dit : Booba se lance une énième fois dans une « battle » avec ses détracteurs habituels (Rohff, La Fouine ou Kennedy). D’autant plus que le rappeur annonce la couleur dès le début du titre : « Il faudra me tuer peu importe la couleur. » Sauf que, B2O enchaîne après avec une phrase pour le moins intrigante : « Mon négro, mon négro, je ne coopère pas sous la douleur. » A notre grand bonheur, on comprend de suite que ce nouveau son c’est plus qu’un « 3G », c’est plutôt du niveau de « Caracas » (extrait de D.U.C). En clair, avec « LVMH », le surdoué du rap game ne se contente plus de distiller des punchlines mais diffuse en outre un message ô combien conscient !

Morceaux choisis : « Je ne coopère pas sous la douleur […] ils sont tous des collabos dans l’industrie. » ; « Tu crois que c’est un jeu, c’est la guéguerre ! » ; « Ma spécialité : leur glisser dans le cul mieux que (Philippe) Candeloro » ; « Le game je l’ai niqué on entend moins sa grande gueule » ; « En char d’assaut, on va débarquer » ; « Je ne serai pas là sans tous mes négros ». Bien évidemment ce champs lexical de la guerre renvoie surtout à la bataille que mènent « ses négros » en France pour sortir de la galère quotidienne ainsi qu’à celle menée jadis par ses ancêtres colonisés et esclaves.

Dans le titre « Tony Sosa », le Duc de Boulogne chante aussi des odes aux Noirs de France. « L’histoire de mon peuple est triste », dit-il en guise d’introduction. Et de poursuivre : « RSA, RMI sont mes pires ennemis […] le négro est riche comme Omar Sy ». Avant de lâcher : « J’ai la banane comme Taubira. » En clair, la vedette de la musique, d’origine franco-sénégalaise, est peinée de voir son peuple souffrir aujourd’hui comme il a jadis souffert (référence à la colonisation et à l’esclavage). Par conséquent, il jubile devant les réussites d’Omar Sy et de Christiane Taubira.

Avec « D.U.C », Booba signe donc son grand retour dans le rap conscient, prouvant ainsi à ses pairs qu’il a plusieurs cordes à son arc. D’où le succès de ce nouvel album qui sort le 13 avril mais cartonne d’ores et déjà sur les réseaux sociaux.

Journaliste-reporter, cool et branché. La politique est mon dada. J'aime aussi : la culture, les Etats-Unis, le PSG, l'électro et la mode. Je suis un épicurien qui croque la vie à pleine dent. "Je ne suis pas là pour plaire ou déplaire, mais pour porter la plume dans la plaie" (Albert Londres).

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