Brown Sugar Night #3

Brigade Anti-Négrophobie : « La statue de Colbert, l’auteur du Code Noir, devant le Parlement prouve que les Noirs n’ont jamais été des citoyens à part entière »

Culture

Brigade Anti-Négrophobie : « La statue de Colbert, l’auteur du Code Noir, devant le Parlement prouve que les Noirs n’ont jamais été des citoyens à part entière »

Par Sébastien Badibanga

Nous consacrons notre éditorial de ce mois d’avril aux Noirs de France. En 2015, cette frange de la population française est toujours victime de racisme, discrimination et autres clichés. Nofi a rencontré Franco, l’un des principaux responsables de la « Brigade Anti-Négrophobie » (BAN), pour recueillir la vision du collectif sur le militantisme en faveur de la cause noire.

(Interview Nofi)

Nofi : En ce qui concerne la cause noire, quelles sont les préoccupations du moment de la Brigade Anti-Négrophobie (BAN) ?

Franco : Les préocupations de la BAN sont toujours les mêmes, rappelant que nous luttons contre le racisme d’Etat en général et contre la négrophobie en particulier. Notre leitmotiv est avant tout la justice, et c’est donc pour elle que nous luttons avant tout.  Le fait que nous luttions aujourd’hui contre la négrophobie, n’est pas de notre fait, mais bien la conséquence d’un Etat français que nous pensons viscéralement raciste et plus particulièrement négrophobe. Les faits historiques le prouvent, bien que les livres d’Histoire nous les cachent encore et toujours. La statue de Colbert (l’auteur et artisant du Code Noir) trônant devant l’assemblée nationale française (soi disant la maison du peuple auquel nous n’appartenons apparemment pas vu l’insulte qui nous est frontalement faite) prouve que nous ne sommes pas et n’avons jamais été des citoyens « français » à part entière. A nous d’ouvrir les yeux et d’accepter de regarder la vérité en face au lieu de croire aux fables que nous oblige à réciter le dit « pays des droits de l’Homme ».

Nous sommes de celles et ceux qui pensent que « l’on ne naît pas Noir, on le devient », a fortiori dans une société viscéralement négrophobe comme celle au sein de laquelle nous militons pour l’entièreté de nos droits humains. Si nous sommes voués à défendre une « cause noire », pour obtenir plus de justice c’est du fait de l’iniquité de la société française qui ne considère pas tous les hommes (excluant les femmes) libres et égaux en droit.
 
Pour le reste, notre prochaine préoccupation c’est la mascarade de cérémonie officielle visant à célébrer la journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. Cette affreuse diversion ou de prestidigitation démontre, à qui veut bien le voir, toute l’hypocrisie d’un Etat français qui reconnaît l’esclavage comme « crime contre l’humanité », mais refuse fondamentalement de réparer le crime qu’il a ouvertement commis contre notre humanité (nègre). Cela pour mieux nous rappeler à quel point il nous considère toujours comme des sous-hommes (et femmes). L’arnaque consiste, soit dit en passant, à bien faire la publicité d’une « abolition de l’esclavage en carton », sachant que cette mascarade a complètement balayé les résistances victorieuses de nos ancêtres, pour mieux plonger nos héroines dans l’oubli et ainsi accorder tout le mérite de nos révolutions anti-esclavagistes à un Etat qui demeure fondamentalement négrophobe, et à qui l’on devrait dire merci de nous avoir délivrés d’un esclavage dans lequel il a précipité la « race » noire, selon une conception propre à l’Europe qui a accouché cette idéologie criminelle.
 
Sinon le 8 mai nous collaborons avec l’UDC à une marche anticoloniale pour exiger la souveraineté et aussi le retrait de l’armée néocoloniale français de ces (ex) colonies africaines de même que la cessation de la gestion coloniale qui sévit dans les territoires et départements dit d’Outre-mer pour nous rappeler implicitement qu’un Noir ne vaut pas un Blanc. Preuve en est qu’une minorité de béké (descendant d’esclavagistes français) tiennent les rennes de l’économie, tandis que les Noirs (déscendants d’africains déportés) survivent sous la pression du chômage qui les acceuille à bras ouvert. Il faut aussi savoir que cette marche partira de Denfert-Rochereau pour se rendre au ministère de la Défense et que la liste des signataires est ouverte (contact : anc2france@yahoo.fr ou/et www.amon-france.com).

Christiane Taubira est la cible de toutes les critiques, voire insultée par une certaine presse. Qu’est-ce que vous pensez du traitement qui lui est réservé par les médias hexagonaux ?

Les médias hexagonaux sont tout simplement égaux à eux-mêmes en même temps que le reflet de la société française viscéralement raciste et particulièrement négrophobe qui les a enfantés. Nous ne cherchons pas à dire par là que tous les journalistes ont des intentions racistes mais qu’ils sont formés dans le moule d’une société raciste qui convaint les Blancs de leur supériorité, tandis que les Noirs de leur infériorité entretenant ainsi les privilèges qui découlent de l’esclavage occidentalo-chrétien et se poursuivent à la colonisation et aujourd’hui la néocolonisation. Autrement dit, que nous soyons Noirs ou Blancs nous avons été éduqués dans les mêmes écoles, et imprégnés des mêmes programmes télévisés qui innoculent massivement une vison du monde qui fait la part belle aux Occidentaux (ou Blancs), pour mieux affirmer que le Noir est synonyme du mal… et tout cela de manière totalement idéologique.
 
C’est ce processus foncièrement raciste – et plus particulièrement négrophobe – que nous avons baptisé le SYNDROME TARZAN. Ceci en référence au film de propagande négrophobe au succès interplanétaire du même nom qui avait pour acteur principal Johnny Wessmuller. Ce support négrophobe ludique inoculait chez les uns (Noirs) un complexe d’infériorité, tandis que chez les autres (Blancs) un complexe de supériorité, démontrant clairement que le Noir ne pourrait jamais rien faire de bien sans le Blanc. Nous pensons que l’Education nationale à travers ces programmes scolaires aussi partiels que partiaux (et donc racistes) diffuse le même syndrome, de manière plus insidieuse bien sûr. C’est ce que nous appartenons à la colonisation de l’intérieur, nettement moins brutale et visible que la colonisation de l’extérieur, mais autrement plus efficace.

Que pensez-vous de la place que la République française réserve à ses citoyens issus de l’immigration noire africaine ?

Nous pensons que c’est une place qui reflète l’esprit de sa politique (néo)coloniale, sachant que comme la Françafrique, n’assume et n’affiche jamais la réalité de sa politique raciste alors qu’elle est le principal moteur de ce système et « des privilèges blancs » qui en découlent. Pour avoir une idée de la place que cette République nous réserve il faut que l’on arrête de regarder les belles apparences affichées par le dit « pays des droit de l’Homme » et que l’on apprenne à lire entre les lignes de ses fables pleines de bonnes intentions pour y déceler finalemet la réalité monstrueuse d’un racisme d’Etat français.

L’Etat français est hypocrite car il reconnaît l’esclavage comme crime contre l’humanité mais refuse de réparer ce crime pour mieux rappeler qu’il nous considère comme des sous-hommes (femmes)

Pourquoi tant de Noirs de France ne se sentent pas chez eux dans l’Hexagone ?

Si cette réalité est avérée (et elle sera dure à vérifier puisque la France interdit tout instrument de mesure ethnique nous permettant de prouver la réalité effective de son racisme et plus particulièrement de sa négrophobie), nous pensons que c’est parce que fondamentalement les « Noir (e) s » ne peuvent pas majoritairement se mentir à eux même. Les mythes fondateurs de ce pays qui fondent son identité ainsi que sa fierté nationale nous ont toujours exclu. Comme les comptes de fées réservés aux « Blanches », ils ne parlent jamais de nous. Alors comment peut-on se sentir fondamentalement partie prenante d’une histoire qui ne nous raconte jamais, exception faite des moments où l’on aide à gagner la coupe du monde (à moins de se mentir à soi-même). Même l’Histoire de la libération de ce pays durant la deuxième guerre mondiale a été « blanchie » effaçant la réalité des tirailleurs sénégalais (qui soit dit en passant n’étaient pas tous Sénégalais). Quand on parle d’effacer, c’est bien dans tous les sens du terme (cf massacre de thiaroye). Par ailleurs, la société française, soit disant égalitaire, nous discrimine toujours racialement et massivement ne serait-ce que dans les domaines de l’emploi, du logement, de la justice, de la politique… Il faut être aveugle pour ne pas le voir.

Qu’est-ce qu’il faudrait faire pour permettre aux Noirs français de trouver leur place dans la société ?

A notre sens, il faudrait qu’ils acceptent de voir le monde comme il est réellement. Soit dominé par un Occident qui a engrangé son capital sur le levier de la race noire réduite en esclavage du fait de sa couleur. Par nature, le capitalisme est donc viscéralement anti-noir. Et l’Occident – dont la France – est non seulement capitaliste, mais surtout impérialiste. Maintenant, à chacun de voir s’il veut lutter pour les intérêts d’un système qui le méprise, ou s’il veut lutter pour son intérêt inextricablement lié à notre communauté de destin.
 

Que pensez-vous du travail effectué par les associations comme « SOS Racisme » et « Le Cran » ?

Nous ne connaissons pas tout ce qu’elles font, donc nous ne pouvons pas juger objectivement ce que nous ne connaissons pas bien. En revanche, nous pouvons dire que nous trouvons suspect que des associations censées lutter contre le racisme en général, voire la négrophobie en particulier, aient pu être enfantées par le plus grand pourvoyeur de racisme : c’est-à-dire l’Etat français, coupable des multiples entreprises génocidaires que sont l’esclavage, la colonisation et de la néocolonisation. Jusqu’à preuve du contraire, l‘enfantement de ces associations est une aberration en soi du fait de leur géniteur et commandeur, selon nous.

 

Tarzan est un film de propagande négrophobe ludique qui inocule chez les uns (les Noirs) un complexe d’infériorité, tandis que chez les autres (Blancs) un complexe de supériorité

Qu’est-ce que vous pensez de leur positionnement, par exemple, par rapport à l’exposition polémique « Exhibit B » ?

Leur positionnement est aussi suspect que le processus qui a mené à leur enfantement, puisque leur géniteur est celui qu’ils sont censés combattre, de même qu’il est celui qui a envoyé les forces armées pour défendre une liberté d’expression qui nous censure et nous « dé-nigre » depuis des siècles maintenant. Mais bon… nous ne demandons qu’à voir s’il est possible que le racisme d’Etat français accouche et surtout finance un remède capable de combattre le mal qu’il représente.

Peut-on dire que c’est une trahison le fait que Lilian Thuram et Audrey Pulvar, entre autres, aient soutenu l’artiste sud-africain ?

Dans un pays soi-disant démocratique, on devrait pouvoir tout dire. Mais plus sérieusement, nous avons plus été étonnés de la position de Mme Pulvar qui se présente comme une femme érudite dotée d’une fine analyse (même si son humilité l’empêche de le dire. Sic). Il faudrait qu’elle sache qu’en 2015, plus encore, ce qui caractérise la lutte contre le racisme ou plutôt la lutte décoloniale (de laquelle nous nous réclamons) c’est spécifiquement la lecture entre les lignes et non le fait de se focaliser sur les apparences d’un racisme ouvertement affiché et donc facile à déceler. Or, en ce qui concerne Exhibit B, on était vraiment dans l’analyse fine, sachant que le pire des racismes est toujours invisible à l’oeil nu. Pour le décrypter, il faut le passer au rayon X de nos esprits critiques. Mais après reste à chacun de choisir et trouver son camp. Rappelons seulement que l’exposition (insidieusement négrophobe) Exhibit B a été annulée à Toronto après un débat qu’on nous a refusé en France – pays des droits de l’Homme (et pas de la femme). Mais bon, vu que Mme Pulvar nous est présentée comme l’une de nos élites elle doit surement voir juste… en tout cas l’avenir le dira. Précisons par ailleurs que nous ne pouvons nous payer le luxe de nous fabriquer des ennemis dans nos rangs. Ne confondons jamais les marrionnettes et les marionnettistes qui les utiliseront comme pare-feu pour donner l’impression que nous nous querellons toujours entre Noirs, sans jamais voir le système « blanc » qui tire les ficelles et surtout les fruits de cette désunion qu’il orchestre dans les coulisses d’un pouvoir tout aussi blanc qui depuis la fin de l’esclavage n’avoue plus son nom.

Qu’est-ce que votre collectif pense de cette œuvre qui a provoqué l’ire de la communauté noire de France ?

Cette œuvre n’aurait malheureusement pas du seulement provoquer l’ire de la communauté noire en France, mais aussi celle d’un Etat français qui, hypocritement, prétend lutter contre tous les racismes avec la même fermeté. Mais bon… cela fait bien longtemps que nous ne croyons plus au père Noël.
 
Comme nous l’avons déjà dit, l’auteur de cette performance (finalement raciste et plus précisément négrophobe), n’est qu’un microbe dans l’océan raciste alimenté par le racisme d’Etat français que nous combattons chaque jour (puisque nous sommes en France). Mais nul n’est sans savoir à quel point et fonction du contexte désavantageux un microbe peut être nuisible.
 
Le problème de cette œuvre (in)volontairement négrophobe c’est qu’elle se prétend antiraciste. Et, apparemment, lorsqu’un Blanc affirme qu’il n’est pas raciste on doit le croire sur parole sans jamais vérifier sur quoi reposent ses intentions. Mais rappelons que l’esclavage a été officiellement légitimé par l’Eglise et l’Etat (français) parce qu’il était toujours officiellement question de nous apporter une âme que nous étions supposés ne pas avoir. De même que la colonisation, c’était pour civiliser les sauvages que nous étions (et sommes implicitement toujours) et la néocolonisation qui nous frappe invisiblement aujourd’hui affirme vouloir nous faire gouter aux bienfaits du soleil de la démocratie à laquelle nos sens semblent totalement insensibles.
 
Bref, nous devons toujours croire les Occidentaux lorsqu’ils nous affirment qu’il nous font du mal pour notre plus grand bien. Et apparemment, l’auteur d’Exibit B ne fait pas excetption à la règle. Cette attitude est tout bonnement paternaliste, comme au bon vieux temps de papa colon. Mais le pire c’est que cette œuvre ne dénote pas du contenu partiel, partial et raciste des livres d’Histoire imprimés par l’Education nationale qui montre toujours les Noirs dans des positions subalternes et omettent volontairement d’orienter les projecteurs sur nos révolutions ou résistances et surtout sur les criminels « blancs » qui nous sont généralement présentés comme des bienfaiteurs. La statue de Colbert siégeant effrontément devant le Parlement français n’est qu’une preuve parmi des milliers d’autres à décoder.
 
L’auteur d’Exhibit B dans son infinie volonté « charitable » de combattre le racisme sans nous, pour nous (et donc contre nous) a tout simplement oublié de mettre aussi le focus sur nos résistances, et sur les marrionnetistes qui sont tous blancs (en tout cas concernant les tableaux qu’il nous a dépeint). Pour le reste, il y a tellement de choses à dire qu’il faudrait envisager un débat plus chirugical sur le sujet.

Exhibit B aurait du provoquer l’ire de l’Etat français qui, hypocritement, prétend lutter contre tous les racismes

Quelle est votre vision du militantisme en faveur de la cause noire ?

Notre militantisme vise à défendre avant tout la justice. Si, nous concernant, il sagit principalement aujourd’hui de lutter contre la négrophobie c’est parce que le racisme qui nous a ciblés était et reste anti-noir. Mais nous sommes fondamentalement solidaires de toutes les luttes pour la justice, à partir du moment où elles n’utilisent pas la justice comme prétexte pour déguiser en lutte les mauvaises intentions d’un « pouvoir blanc » qui continue à nous dominer et nous assujettir au nom de l’Egalité.
 
Maintenant nous pensons qu’à l’instar du savoir le militantisme n’est rien s’il ne peut s’adapter aux réalités spécifiques du terrain sur lequel il s’applique. Autrement dit, lorsque l’on lutte contre la négrophobie en France il faut avoir une bonne connaissance de l’hypocrisie à la française qui n’est pas la même que l’hypocrisie blanche américaine, par exemple…
 
L’erreur la plus grossière serait de mimer le combat de Malcom X et/ou les Black Panthers sans y apporter de modification sachant que nos réalités socio-culturelles ne sont pas les mêmes. Le fond reste, selon nous, évidemment le même, mais la forme change. Et cela, a toute son importance car pour combattre avec une certaine efficacité le Racisme d’Etat chaque frappe doit être chirurgicale, sinon il y a des chances que l’on vise à coté en croyant taper dans le mille.

Que pensez-vous du traitement médiatique sur le massacre de l’université de Garissa à Nairobi, la capitale du Kenya, qui a causé la mort d’au moins 148 personnes ?

C’est un traitement qui montre que même en 2015 la vie d’un Noir ne vaut pas celle d’un Blanc. Tarzan l’exprimait dans ses films, les médias mainstream le confirment.

Selon vous, l’émergence des médias tels que Nofi, NegroNews ou Afrostream est une bonne chose ?

Oui, à condition que l’on ne cherche pas à reproduire le modèle d’information occidental ou blanc en noir, sinon autant lire des médias occidentaux qui ont une vision suprématiste du monde. Nous concernant, nous n’avons pas la volonté de dominer le monde, nous nous battons avec nos faibles moyens pour un monde plus juste. Or, beaucoup d’entre nous repeignent en noir la maladie, voire la folie impérialiste de l’Occident. Nous ne pouvons pas les suivre dans ce sens jusque parce qu’ils ou elles sont noir (e) s, considérant qu’à ce moment là justement ils ou elles ont fini par renier ce qu’ils ou elles sont. En d’autres termes, ce qui nous interesse n’est pas tant de savoir si un Noir peut être aussi riche qu’un Blanc, mais quel est le combat que nous menons au quotidien pour préserver, cultiver ou sauver notre système de pensée qui n’a rien à voir et est autrement plus riche que celui de l’Occident. Nous ne pouvons nous complaire à l’intérieur d’un système de pensée voué à détruire la planète alors que par nature nous sommes voués à la protéger ou tout du moins à vivre en harmonie avec elle, voire l’univers. Faisons attention à ne pas vendre notre âme, en faisant finalement les mauvais choix. Nous sommes peut-être dominés par l’Occident, comme les Indiens (véritables Américains) ont été exterminés par eux, mais nos systèmes de pensées valent mille fois les leurs, même dans la défaite. A nous de croire en nous, car personne d’autre le fera à notre place.

Nous ne pourrons jamais véritablement être libres si nous ne retrouvons pas notre souveraineté étatique, spirituelle, intellectuelle, culturelle…

Le devoir de mémoire fait très peu la Une des journaux, ni l’ouverture des JT du 20 heures. Pourquoi la France n’assume toujours pas pleinement son passé colonialiste et esclavagiste ?

Parce qu’elle sait qu’elle a beaucoup à perdre à tous les niveaux si elle met le doigt dans l’engrenage des réparations. Au début ce sera une question financière sans doute, mais au final elle perdra ses (ex)colonies. Et nul n’ignore ce que serait la France (entre autres) sans les richesses qu’elle pille depuis des siècles dans les sous-sols africains ? Que serait ce petit pays sans la francophonie, vitrine de la colonisation de nos esprits ? et d’autres choses qu’elle a aussi pillées dans des registres plus culturelset spirituels (mais cela reste tabou).

L’enjeu des réparations est colossal, voilà pourquoi ils ne lacheront jamais si on ne se bat pas pour réclamer justice.

A votre avis, pourquoi est-il si important de confier aux historiens africains la tâche d’écrire l’Histoire des Noirs ?

Dans un premier temps, parce que la France en particulier et l’Occident en général ne laissent pas les Africains écrire leurs Histoires par des Africains. Ensuite, parce que nous avons été totalement dépossédés de notre système éducatif et que c’est actuellement le (néo)colon qui nous définit, nous nomme, nous raconte, nous dit quand on a mal, quand est-ce que telle ou telle chose c’est bon pour nous…. Nous ne pourrons jamais véritablement être libres si nous ne retrouvons pas notre souveraineté étatique, spirituelle, intellectuelle, culturelle….

Est-ce qu’être Noir et fier est, en soi, un acte politique ?

Oui, au début, mais nous pensons qu’une fois l’introspection faite nous n’avons plus rien à prouver. Il nous suffit juste d’être nous et de combattre pour et avec nos convictions. Nous ne croyons pas par exemple au concept de « black pro », étant donné que soit ce que l’on fait est juste, soit ça ne l’est pas. Il n’y a pas besoin d’en faire trop, ni d’exagérer le trait. Mais au départ, quand on a passé sa vie à être piétinés, humiliés il faut incontestablement s’affirmer « par tous les moyens nécessaires ». A ce carrefour critique de l’existence, il faut absolument être « Noir et fier », pour réussir à se sortir du piège que nous tend la « suprématie blanche » dès notre naissance.
 
Et puis lorsque l’on devient sur de soi et au clair avec soi-même, on a plus rien à prouver aux autres. On fait juste ce qu’on a à faire. Mais dans le processus de construction de notre identité bafouée, le « Noir et fier » est bien une étape politique nécessaire et déterminante, mais pas une fin en soi. 

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