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« Aide Ton Prochain », l’initiative du don de soi

Société

« Aide Ton Prochain », l’initiative du don de soi

Par SK

Trois lettres lourdes de sens: A-T-P. Une initiative impulsée par six jeunes de Meaux (Seine-et-Marne). Cinq amis, cinq frères (et une sœur !)  qui  ont décidé de rester dans l’ombre pour faire la lumière sur leur projet. Une association en devenir et une leçon de vie. Aide Ton Prochain, c’est le sens du don et de la solidarité. Un rapport aux sans abris rare dans la conscience jeune d’aujourd’hui. Rencontre avec ces noirs, fiers de donner de leur personne.

Le nom vous est venu naturellement ?

On faisait une maraude et c’est sorti comme une évidence. On ne vise pas une religion ou une communauté, on le fait pour tout le monde, sans distinction.

 

Qu’est-ce qui vous a motivés à créer ATP ?

A force d’aller dans Paris, on a constaté qu’il y’avait énormément de gens à la rue. On a fait le même chemin que celui qu’on prenait pour aller en boîte de nuit à l’époque. On voyait les gens en difficulté et on a eu envie de faire quelque chose. Le but c’est d’aider les autres. Ça fait deux ans qu’on a eu cette idée mais on s’est vraiment organisés il y a quelques mois.

 

Les « maraudes » en quoi ça consiste ?

On distribue de la nourriture. Les menus sont composés d’un sandwich, une bouteille d’eau, un fruit et un gâteau. Un bon petit repas qu’on ne se préparerait même pas pour nous-mêmes (rires). On distribue aussi du thé et, depuis peu, des vêtements, des chaussettes et des sacs de couchage. Parce qu’il y a des gens qui sont couchés à même le sol et qui n’ont rien.

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C’est difficile le don de soi ?

Non parce qu’avant ça, on s’entraidait les uns les autres. On a tous grandi ensemble donc on est comme des frères. Dès qu’il y a un besoin chez quelqu’un on est là, ça fait partie de nos habitudes. Peu importe les religions ou les origines, on veut aider parce que demain, si ça nous arrive, on aimerait trouver quelqu’un qui nous tende la main. C’est avec nos propres fonds qu’on achète à manger et on reçoit des dons pour les vêtements, mais on le fait avec sincérité et ça vaut plus que tout le reste.

 

Est-ce que vous essayez de créer du lien social avec les SDF ?

Oui. On leur donne à manger et on discute un peu avec eux, malheureusement on n’a pas beaucoup de temps parce qu’il y a du monde. Mais lorsqu’ils te parlent, tu a s envie de t’asseoir pour les écouter. Certains nous donnent des conseils.

 

Aider les plus démunis, ça vous change ?

Au premier contact, tu vois la différence. Tu te dis que tu sers vraiment à quelque chose. Avant, en passant, on donnait une pièce et on trouvait ça suffisant. Mais en réalité, aider ce n’est pas ça, qu’est-ce que tu veux qu’un SDF fasse avec ta pièce ? Il peut aller acheter de l’alcool et ce n’est pas ça qui va le nourrir. Quand tu sais que tu achètes de la nourriture, que tu vas à sa rencontre pour la lui donner et qu’il te remercie, là tu sais que tu as vraiment fait quelque chose. Rien qu’avec le sourire qu’on te rend, tu te sens utile.Ça nous a aussi montré que la vie n’est rien. Tu peux toucher une paye et demain plus rien. Tant qu’on ne le voit pas on ne peut pas le croire.

 

Est-ce que ça change aussi limage quon peut se faire des SDF ?

Complètement. Au départ, on avait peur de ce qui pouvait arriver. Mais la première fois que tu le fais, tout change, on dirait que tu es dans un autre monde. C’est vrai que les gens ont peur parce que les SDF ont faim et quand les gens ont faim ils sont prêts à tout. Si tu as peur et que tu jettes le sac à leurs pieds, c’est normal que ça crée des frictions parce qu’ils sont nombreux. Il faut les approcher, discuter avec eux, ce sont des êtres humains, ils ne sont pas méchants. En plus, ils sont très solidaires entre eux. Par exemple, s’ils sont à deux et que l’un dort au moment de la distribution, l’autre va prendre deux repas pour lui mettre le sien de côté.

 

Quest-ce que ça vous fait quand vous voyez toutes les installations anti-SDF ?

Ce sont des cache-misère. Au lieu de chercher des solutions pour que les sans-abris s’en sortent, on en trouve pour ne pas les voir. Rien que l’appellation est choquante, c’est à croire que ce ne sont pas des humains. Pourtant, ça peut arriver à n’importe qui. Il y e n a parmi eux qui travaillent et rentrent dormir dans des tentes. Il faut savoir pourquoi ils sont dans la rue, comment ils en sont arrivé là parce que ce n’est pas de leur plein gré. La France a les moyens de les loger, il y a tellement de bâtiments vides. l’Etat n’en n’a juste pas envie.

 

Comment les gens perçoivent cette démarche ?

On reçoit beaucoup de messages de soutien et des encouragements. Malheureusement, on a plus de paroles que de gestes parce que les gens veulent voir avant d’agir. Malgré les vidéos, ça ne parle pas assez aux gens pour qu’ils se mobilisent. On continue quand même et au fur et à mesure on reçoit un peu d’aide. Des volontaires, des amis, la famille. On nous encourage à créer une association.

 

Au niveau de votre ville, est-ce que la mairie de Meaux vous a proposé une quelconque aide ?

On ne les a pas encore démarchés mais c’est prévu.  On ne cherche pas à se faire voir, notre but c’est de liquider toute la nourriture qu’on distribue. On n’a pas le temps pour d’autres personnes que les SDF, on note leurs besoins et on essaye d’y répondre les fois suivantes. On note aussi le nom des rues pour se repérer parce que généralement on tourne à l’aveuglette.

 

A cinq sur le terrain, comment vous organisez-vous ?

On fait selon les disponibilités de chacun. On se répartit les tâches, nos familles nous encouragent et nous aident à préparer les repas. Tout le monde met la main à la patte mais on a toujours besoin de plus de monde, pour avoir plus de force parce que c’est aussi un mouvement social. Les gens apprennent à se connaître aussi lors des maraudes. D’autres bénévoles nous rejoignent en voyant notre travail sur la page Facebook.

 

Qu’est-ce qui ce qui est le plus dur dans cette activité ?

Le plus grave c’est que les passants sont de plus en plus indifférents. Aujourd’hui on trouve ça banal, rares sont ceux qui s’arrêtent pour les aider. En continuant comme ça, il ne faut pas s’étonner que ça empire. Les SDF sont comme une affiche, on passe une fois, deux fois, on les regarde ça nous choque, après on s’en fout. C’est ça qu’on veut effacer, le caractère normal de ce phénomène.Le plus étonnant, d’après ce qu’on voit, c’est qu’il y a plus d’étrangers SDF en France que de français.

 

Avez-vous limpression que le nombre de SDF a augmenté ?

Pour nous c’est pire qu’avant, peut-être qu’on ne se rendait pas compte à l’époque mais on a vraiment l’impression que ça augmente. On en voit de plus en plus chaque jour.Quand on prépare 150 menus et qu’à la fin de la soirée il ne reste rien, alors qu’on n’a même pas pu donner à tout le monde, il y a un problème. Les demandes augmentent, c’est dur à gérer. On se sent coupables. C’est là qu’on se dit qu’on a vraiment besoin de bras en renfort.

 

Vous faites également des tournées en été ?

ATP c’est toute l’année, été comme hiver. En été, ils n’ont pas plus à manger que le reste du temps et le soleil les déshydrate. Par ailleurs, il y a plus de SDF dans les rues l’été parce qu’on les met dehors.

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Avez-vous un projet encore plus ambitieux avec ATP ?

Oui, on veut aussi travailler à la réinsertion de ces personnes. On a un ami coiffeur qui est prêt à s’occuper d’eux bénévolement afin qu’ils puissent aller chercher un emploi. Pour l’instant, on est en quête d’ un local où ils pourraient se doucher et s’habiller, après ça, on est prêts à les accompagner nous-mêmes dans les boîtes d’Intérim et à les aider dans leurs démarches administratives. Seulement pour les français parce que pour les étrangers, on ne sait pas comment s’y prendre. On aimerait aussi pouvoir aider les familles dans le besoin. Donc la prochaine étape c’est s’enregistrer en tant qu’association, s’agrandir et prendre des locaux. On espère aussi récolter plus de dons mais pas d’argent pour l’instant, afin que les gens aient confiance en notre engagement.

 

NOFI a eu le plaisir de vous rencontrer à l’élection Miss Peul diaspora, ce genre d’événements vous donne de la visibilité ?

Le président du comité, Baila Sarr, est  un ami, il nous invite souvent mais on ne trouve pas le temps. Cette fois, on a accepté parce qu’il voulait nous soutenir et nous permettre de nous faire connaître un peu plus. Il faut savoir que j’étais terrifié en montant sur scène, j’insiste là-dessus. Beaucoup des artistes et partenaires présents m’ont encouragé et ont boosté l’initiative. Ça été très bénéfique, les gens on été réceptifs. On remercie tout le monde. Noir&Fier, c’était un gros coup de boost, voir le patron nous soutenir ça nous a regonflés à bloc donc on est fiers d’être noirs et fiers d’aider notre prochain. Une mention spéciale pour notre secrétaire, le sixième membre d’ATP, qui fait un travail remarquable.

 

Contribuez à l’initiative ATP en la suivant sur la page Facebook: ATP Aide ton Prochain

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