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Mo Farah : trop Somalien pour être recordman d’Europe?

Société

Mo Farah : trop Somalien pour être recordman d’Europe?

Par Steffi Mateta

Le 22 mars dernier, lors du semi-marathon de Lisbonne, Mo Farah a battu le record d’Europe de la distance en réalisant 59’32’’. Il devint ainsi le premier britannique a passé sous la barre des « une heure » lors d’un semi-marathon et effaça l’ancien record d’Europe détenu par l’Espagnol, Fabian Rocero en 2001.

 

L’athlète de 32 ans n’en finit plus de battre les records. Déjà en février dernier, il battait le record du monde en salle du 2 miles. À cela, il faut ajouter à son CV, les records d’Europe du 1500m et du 10000m et surtout ses deux médailles d’or aux Jeux Olympiques de 2012 à Londres sur 5000m et 10000m. En Angleterre et dans tout le milieu de l’athlétisme, Mo Farah est considéré comme le Usain Bolt des longues distances.

 

Mais sa dernière performance a fait réagir Fabian Rocera, l’espagnol ancien détenteur du record d’Europe du semi-marathon. Après que Mo Farah lui ait pris son record, il déclara dans le journal espagnol le Guardian :

« Bien que la liste officielle dise que Mo Farah détient maintenant le record du semi-marathon, pour moi le recordman d’Europe du 800m reste Sebastian Coe, celui du 1500m Fermin Cacho, celui du 5000m Dieter Baumann et celui du 10 000m Antonio Pinto.

Pour moi, un athlète qui est né au Kenya est Kenyan et celui né en Somalie est Somalien pour toujours, et c’est l’opinion des gens avec qui je discute. Aujourd’hui, je suis convaincu que 95% des athlètes se sentent toujours de la nationalité de leur pays d’origine.

Je n’ai rien contre les Africains. Au contraire, je les considère supérieurs aux coureurs européens mais avec tout mon respect pour les records, je dis ce que je ressens et je ne mentirai jamais. Farah est un grand athlète mais pour moi, les records d’Europe sont ceux réalisés par les Européens. »

Pour l’Espagnol, Mo Farah a battu le record de Somalie et non pas celui d’Europe et remit donc en cause tous les records d’Europe détenus par des athlètes Européens d’origine Africaine.

Mo Farah est né en Somalie en 1983. Son père qui lui est né au Royaume-Uni, le fera venir d’Afrique à ses 8 ans.

Ces propos affirment clairement que seules les personnes nées en Europe, au Royaume-Uni, en France, en Allemagne, en Belgique… sont des vrais européens, britanniques, français, allemands, belges etc… Le reste ne serait que des immigrés qui volent le pain des riches. Mais bien sûr, l’Espagnol rassure le monde en précisant qu’il aime les africains.

 

Mo Farah aux derniers championnats du monde de Moscou où il remporta le 5000m et le 10000m pour la sélection britannique. Mo Farah

Le monde du sport et particulièrement de l’athlétisme est rempli de personnalités qui ont des origines de toutes parts et qui à un moment de leur carrière, ont décidé de représenter un certain pays. Rien qu’en France, les équipes de France de football, d’athlétisme, de handball… sont composées d’athlètes originaires d’Afrique ou des Antilles. Leurs performances font lever des foules entières dans les stades. Le public s’extasie devant leurs exploits. Mo Farah a réussi à émouvoir le peuple britannique avec son doublé historique lors des Jeux Olympiques. Considéré comme une fierté nationale, félicité par le premier ministre de l’Angleterre ainsi que la Reine d’Angleterre, Mo Farah est un britannique aux yeux des britanniques et pas seulement un immigré.

Personne ne force un pays à accorder la nationalité à certains individus. Faut-il avoir honte d’en jouir une fois qu’on l’a obtenue ?

Effectivement, certaines fédérations européennes, sont parfois à la quête de pépites venant de pays étranger pour booster leurs statistiques et permettre aux athlètes de s’émanciper. C’est ce qu’on voit dans des sports comme le badminton où beaucoup de sportifs d’origine chinoise obtiennent la nationalité de pays européens, quelques mois avant de grandes échéances, car la concurrence étant trop énorme, dans leur pays d’origine.

Mais lorsqu’il s’agit d’une personnalité qui a passé la majorité de sa vie dans son pays d’adoption, y a t’il réellement matière à débattre ?

Si l’on suit la logique de l’espagnol, l’histoire du sport Européen serait grandement appauvrie. De plus, certes les gênes ont un grand impact sur les performances de Mo Farah. Mais, ses gênes n’ont pas pu lui garantir ses records et ses médailles. Le travail et la consécration de Mo Farah pour sa discipline sont avant toute autre chose les raisons de son succès.

 

Quand va t-on arrêter d’entendre des propos de la sorte ? On se fiche de savoir si Fabien Rocera aime les africains, son interview sous-entend que chacun devrait rester de là d’où il vient. Il n’est donc pas exagéré d’affirmer que ce sont des propos racistes. Le racisme n’a pas sa place dans le sport, surtout quand une seule personne réussit à rassembler des millions de personnes de toute race grâce à une seule course.