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Fespaco : Abderrahmane Sissako et « Timbuktu » font polémique en Afrique

Culture

Fespaco : Abderrahmane Sissako et « Timbuktu » font polémique en Afrique

Par Sébastien Badibanga

Malgré son triomphe à la 40e cérémonie des César, le film « Timbuktu » fait polémique en Afrique. Le Fespaco, plus grand festival panafricain du cinéma, menace de le boyctter. Une polémique liée à son réalisateur Abderrahmane Sissako qui est, par ailleurs, le conseiller du président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz.

Le film « Timbuktu » est-il une diversion pour dissimuler le régime répressif du président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz ? C’est la question que se posent les détracteurs du film du réalisateur Abderrahmane Sissako.

Pourtant, le film réalisé par le Franco-Mauritanien a triomphé, vendredi 20 février au Théâtre du Chatelet, lors de la 40e cérémonie des César. En effet, l’oeuvre, relatant la résistance des habitants du Nord-Mali contre les djihadistes, a obtenu 7 récompenses sur 8, dont celles du meilleur film, meilleure réalisation ainsi que celle du meilleur scénario.

Rappelons que Timbuktu était également nominé aux Oscar dans la catégorie « meilleur film étranger ». Malgré ce succès internationnal, le film ne cesse de susciter la polémique en Afrique.

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« Je peux jouer un rôle pour mon pays […] Ce n’est pas un crime »

Pourquoi tant de haine ? Tout est parti d’un article, publié par LeMondeAfrique.com et écrité par Nicolas Beau, intitulé : Abderrahmane Sissako, une imposture mauritanienne. Selon le journaliste, « le réalisateur est accusé d’avoir accepté de faire un film contre les jihadistes au Mali pour dissimuler (et ainsi) défendre le bilan d’un régime répressif et corrompu » mauritanien, rapporte RFI. « Et surtout occulter le sujet tabou de l’esclavage qui règne en Mauritanie », précise le site internet de la radio.

Comme un problème ne vient jamais seul, le Fespaco, plus grand festival panafricain du cinéma qui se déroule tous les deux ans à Ouagadougou au Burkina Faso depuis près de cinquante ans, pourrait retirer Timbuktu de la sélection officielle. Il évoque des problèmes de sécurité. Du coup, il prendra ce jeudi une décision définitive.

Interrogé par Le Grand Journal, mercredi 25 février, le réalisateur Franco-Mauritanien Abderrahmane Sissako a balayé toutes les accusations d’un revers de main. « Je pense que ce n’est pas très important, tout cela. Il faut passer à autre chose. Je suis porte-parole de mon pays, parce que c’est rare qu’une personnalité d’un pays soit comme moi, ce que je suis », a-t-il assumé. « Donc je peux jouer un rôle pour mon pays en étant conseiller à la présidence. Ce n’est pas un crime », a-t-il reconnu, et d’ajouter : « C’est une fierté pour moi, parce que mon pays a besoin d’une visibilité forte et belle. »

Cependant, ses remerciements notamment adressés à l’armée muaritanienne, pour sa contribution au tournage de Timbuktu, passent mal et laissent planer le doute sur ses liens avec le pouvoir de Nouakchott.

Pour rappel, le Fespaco 2015 se déroule à Ouagadougou donc, du 28 février au 7 mars.