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Esclavage : Les noirs de France réclament une réparation

Culture

Esclavage : Les noirs de France réclament une réparation

Par Sébastien Badibanga

Une cinquantaine de personnes s’est rassemblée hier devant la Place du Général-Catroux, à Paris 17e arrondissement. Elles ont répondu à l’appel de l’écrivain militant Claude Ribbe pour commémorer l’Abolition de l’esclavage actée le 4 février 1974. Reportage.

A 18 heures, sur la Place du Général-Catroux, près de 50 personnes, pour la plupart noires, attendent Claude Ribbe. L’écrivain militant pour la cause noire arrive enfin avec son mégaphone et harangue la foule : « Pourquoi on est là aujourd’hui ? »

Dans ce froid glacial qui s’abat sur Paris, l’auteur des « Nègres de la République » passe en revue l’histoire de l’esclavage en France et de son abolition, en expliquant les méfaits de ce crime contre l’humanité.

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Une réparation pour tous

Dans la foule, Christian, un Guadeloupéen de 44 ans.  « Comme nous le montre l’affaire Ursull, dans certaines têtes, on a des chaines qui sont encore encrées. Et c’est dommage », lâche ce Français résidant en région parisienne. Et d’ajouter : « Nous sommes toujours aliénés et divisés. Il y a vraiment des problèmes entre nous les Noirs. On est esclaves d’une certaine manière ». « Sur les forums par exemple, quand on discute de l’esclavage, les gens ont tendance à dire que c’est du passé, il ne faut pas revenir sur ça », regrette-t-il. Exaspéré par la négation de l’esclavage, du dénigrement qui en découle, ainsi que par la haine de soi qu’il a remarquée chez certains noirs, l’homme, souriant et détendu, concède qu’il est favorable à une politique de réparation des crimes commis par la France pendant l’esclavage. « Je demande du respect. Il est fondamental d’avoir des réparations », affirme l’admirateur de Lumumba et de Christiane Taubira, entre autres. « Les innommables ont des réparations dans des banques suisses et allemandes. Il y a des Noirs qui disent qu’on n’a pas le droit de réclamer une réparation alors que les autres ont des réparations dans des nombreuses banques européennes ! », S’insurge-t-il.

Très révoltée, Corinne Gardner exige également une réparation. Cette représentante du Conseil mondial de la diaspora panafricaine a fait un rêve. « Mon rêve c’est que tous les Antillais et caribéens rentrent chez eux en Afrique, mais avec des billes », confie-t-elle à Nofi. Avant d’expliquer pourquoi les autorités françaises doivent dédommager les descendants des esclaves : « Toutes ces grandes familles françaises ont fait leur fortune sur l’esclavage ». « La France va donner 60 millions de dollars aux Juifs américains », poursuit cette femme métisse dont le père est Camerounais. « Ce qui est juste d’ailleurs parce que la SNCF ce n’était pas le club Med sous Pétain », rappelle-t-elle. Avant de conclure : « Que la France se prépare. Un jour elle devra dédommager tous les Antillais jusqu’au dernier centime. Car c’est leur sang qui a enrichi la France. Si  15 millions de forces vives n’avaient pas été déportées de l’Afrique pour aller en France ou aux Etats-Unis, l’Afrique serait très loin aujourd’hui. »

Par ailleurs, cette militante des droits de l’Homme reproche à la municipalité socialiste du 20e arrondissement de n’avoir rien organisé ce mercredi 4 février pour honorer et respecter la mémoire des ancêtres africains réduits en esclavage pendant plusieurs siècles. A leur décharge, la date officielle de commémoration de l’esclavage en France est fixée au 10 mai, jour coïncidant avec la date de l’adoption de la loi Taubira qui reconnait l’esclavage comme crime contre l’humanité. Précisons que cette date est remise en cause par certains défenseurs de la cause noire.

Serena Sita, étudiante en Master 1 en action humanitaire et ONG à l’université de Créteil, écoute attentivement le discours de Claude Ribbe. Interpellée par Nofi, la jeune femme trouve triste que ce genre d’évènement soit oublié. « La télévision aurait dû y consacrer au moins cinq minutes car ce sont des humains qui sont morts. On est tous humain et on devrait tous être là », s’offusque-t-elle. Pas forcément emballée par une réparation financière, elle insiste sur le principe d’égalité entre communautés : « Réparer c’est un mot faussé car même si on nous donne 10 millions d’euros, les gens qui sont morts ne ressusciteront pas. Mais, comme il y a d’autres communautés qui sont dédommagées, pourquoi pas nous ? » Cette Française d’origine congolaise finit par plaider en faveur de l’unité de la communauté noire.

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Montée de la négrophobie

Surpris par notre conversation, Saint-Clair, qui trouve « Exhibit B » raciste, nous semble intéressé par nos questions. Pourquoi pensez-vous que cette pièce de théâtre est raciste ? « Parce qu’elle montre l’Homme noir comme un être inférieur qui doit se lever pour devenir un être humain. De plus, elle occulte l’histoire de l’homme noir : quand on retrouvera les réalisations de ce dernier, on se rendra compte que les plus grandes civilisations ont eu lieu en Afrique et sont l’œuvre de l’Homme noir », estime cet Ivoirien de 29 ans. Et de poursuivre sa réflexion : « Elle ne permet pas de comprendre la situation (précaire, ndlr) actuelle des Africains. Or l’esclavage et la colonisation, ont beaucoup porté préjudice à l’Homme noir. »

C’est à ce moment que le héros du jour, Claude Ribbe, termine son discours consacré à la commémoration de l’esclavage. L’intellectuel français a entre autres rendu hommage à Joëlle Ursull qui a eu « le courage de dire que la mémoire des Africains était moins considérée en France que d’autres mémoires, constatant l’existence de la hiérarchisation des souffrances comme il y a eu naguère la hiérarchisation des races ». Remonté contre la montée de la négrophobie, l’agrégé de philosophie souhaite transposer en France la Black History Month, qui a lieu tous les mois de février aux Etats-Unis afin de saluer l’histoire des Afro-américains, pour célébrer le mois des Africains de France.

Le froid se faisant de plus en plus sentir, le maître de cérémonie appelle de ses vœux la construction d’une Maison Alexandre Dumas et donne rendez-vous à cette cinquantaine de personnes rassemblées au 10 mai pour une commémoration plus officielle.

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