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Cinq questions à Michel Galy sur la guerre entre le Tchad et Boko Haram

Politique

Cinq questions à Michel Galy sur la guerre entre le Tchad et Boko Haram

Par Sébastien Badibanga

Boko Haram continue sa folie meurtrière au Nigeria. Se sentant menacé, le Tchad, pays limitrophe, vient de franchir une étape supplémentaire dans sa guerre contre la secte islamiste en envoyant cette fois-ci des militaires sur le sol nigérian après une première phase de bombardements. Contacté par Nofi, Michel Galy, spécialiste de l’Afrique, nous aide à décrypter cette nouvelle stratégie. Interview.

Nofi : Expliquez-nous pourquoi l’armée tchadienne mène la guerre à Boko Haram au-delà de ses frontières ?
Michel Galy : Il y a deux explications. D’une part, une réponse stratégique : le Tchad est très proche de la frontière du Cameroun et de la frontière du Tchad : de N’Djamena, la capitale tchadienne,  on voit le Cameroun. Idris Déby a peur de l’expansion de Boko Haram au Tchad. Il faut dire que la secte islamiste sévit déjà au Cameroun et au Niger. Rappelons que l’armée tchadienne est une armée forte. C’est pour cela que l’armée française s’est appuyée sur les troupes tchadiennes pour son intervention au Nord-Mali dans le cadre de l’opération Serval.
Est-ce que, pour autant, l’armée tchadienne est suffisamment forte pour repousser le danger que représente cette secte islamiste ?
L’armée tchadienne intervient en ce moment sur le sol nigérian, notamment dans l’Etat de Borno. Le danger c’est que les militaires tchadiens se retrouvent sur le terrain de Boko Haram en proie à une lutte très difficile. Dans ce fief de la secte islamiste, les militaires tchadiens seront de facto mis en danger car ils ne sont pas préparés à une guerre asymétrique –à l’intérieur même de la population-, étant plus habitués aux guerres classiques armée contre armée.
En cas de guerre asymétrique, peut-on craindre une accélération du massacre de la population…
Boko Haram se porte vers les pays les plus faibles comme le Niger. On peut craindre que le groupuscule se mette dans la politique de la terre brûlée consistant à massacrer le plus grand nombre des populations civiles. En outre, on peut craindre que l’armée nigériane massacre les populations du Nord du pays.
Comment se fait-il que l’armée nigériane se livre à des massacres au Nord du pays ?
Il y a une extrême tension entre les populations du sud -en partie chrétienne- et celles du Nord du Nigeria, musulmanes. L’armée se livre à des exactions des civils qu’elle n’arrive pas à dissocier des combattants de Boko Haram. C’est le meurtre en 2009 de Mohamed Youssouf, ancien leader de la secte islamiste, par l’armée nigériane, qui a radicalisé le groupuscule qui depuis veut conquérir d’autres pays.
Pourquoi la communauté internationale n’intervient toujours pas ?
Lorsque les forces étrangères interviennent en Afrique, on dit que c’est de l’ingérence. Lorsqu’elles ne s’engagent pas, on leur reproche de ne pas intervenir. La communauté internationale laisse faire les rebelles pour créer les conditions d’une intervention. En Centrafrique, par exemple, la France a attendu que les exactions battent leur plein avant d’intervenir en décembre 2009. Et au Nord-Mali, les militaires ne sont intervenus que lorsque les djihadistes ont commencé à descendre vers le sud du pays, c’est-à-dire vers Bamako, la capitale malienne.