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Bourama Sinayoko, clandestin malien : Des Bretons entre le pour et le contre de son expulsion

Société

Bourama Sinayoko, clandestin malien : Des Bretons entre le pour et le contre de son expulsion

Par Sandro CAPO CHICHI

Bourama Sinayoko est un jeune Malien âgé de dix sept ans vivant actuellement en situation irrégulière à Concarneau en France. Beaucoup d’habitants de cette ville se sont émus de son histoire, allant jusqu’à créer des pétitions pour sa régularisation. Son cas suscite toutefois une division de l’opinion publique, puisqu’une autre partie de la population a lancé une pétition pour son expulsion, prenant à témoin les difficultés socio-économiques auxquelles seraient déjà confrontées les populations ‘de souche’.

Né en 1997 au Mali, Bourama Sinayoko a perdu son père en 2012, lorsque celui-ci fut tué par des islamistes. Craignant pour sa vie, sa mère vend sa maison et rassemble toutes ses économies pour le faire fuir le pays. Après un long périple incluant la Turquie, la Grèce, la Macédoine, la Serbie, la Hongrie, puis l’Allemagne et la France. Arrivé en région parisienne, il rencontre des footballeurs dont l’entraîneur, ému par son histoire, l’héberge pendant quelques temps. Il rejoint ensuite en août, par le biais d’une association aidant les mineurs clandestins à s’insérer, la ville de Concarneau en Bretagne. Il y intègre une équipe de football municipal et la pâtisserie d’un couple de Bretons, les Valy, en tant que stagiaire. Un parcours digne d’un roman d’aventure à laquelle il manque toutefois une chute heureuse puisque le visa de Bourama expire le 14 février prochain. Une vague de soutien populaire s’est déjà manifestée en faveur de la régularisation de Sinayoko. Une pétition en ligne sur le site Change.org avec déjà plus de 4000 signatures récoltées.
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Toutefois, Bourama et ses soutiens n’auront pas comme adversaire que la Préfecture du Finistère puisque un certain nombre de personnes ont manifesté, notamment en ligne, leur hostilité à la perspective de régularisation du jeune Malien. Boris Le Lay, éditorialiste du journal identitaire breton Breiz Atao, a ainsi lancé une pétition pour l’expulsion de Sinayoko. Un site, remigrons-bourama.com héberge la pétition qui a déjà recueilli plus de 600 signatures. Les motivations évoquées pour ce rejet sont à la fois du registre de l’identité nationale ou régionale, du respect des lois et de la situation socio-économique. Sont ainsi mis en cause les réseaux trotskistes et socialistes, accusés de provoquer en France une immigration de masse venue du sud et de répondre à la demande du patronat français, qui par l’arrivée de celle-ci, bénéficierait d’une baisse des salaires ; mais aussi la situation précaire de nombreux jeunes Bretons en proie au chômage et au détriment de qui Bourama Sinayoko bénéficierait d’un emploi et d’une formation dans une pâtisserie aux frais du contribuable.

Derrière cette rhétorique politiquement correcte pourrait toutefois se cacher une bonne vieille négrophobie des familles. Le Lay n’est en effet pas étranger aux oppositions publiques à des Noirs en Bretagne. En 2013, il avait été condamné à 18 mois de prison avec sursis et à 5000 euros de dommages et intérêts pour avoir critiqué le joueur de clarinette bretonne noir (et adopté par des Bretons) Yannick Martin, après avoir déclaré « On n’a jamais vu de Celtes noirs et on n’en verra jamais ».

Yannick Martin

Yannick Martin

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Marie Gueye

La même année, il était condamné à 4 mois de prison avec sursis et 15000 euros d’amende pour avoir déclaré, après l’élection au Conseil Général du Finistère de Marie Gueye, jeune femme d’origine sénégalaise que « Le Parti Socialiste nous fait de plus en plus tomber au niveau des nègres ».

Malgré le titre de cet article, on se gardera toutefois de mettre trop vite sur un pied d’égalité le poids du soutien populaire accordé à Bourama Sinayoko et de ceux qui militent pour son départ  à Concarneau, puisque ce dernier se ferait principalement en ligne (Le Lay est d’ailleurs expatrié), et bénéficierait du soutien d’un mouvement identitaire à l’échelle nationale.

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