Trilogie Kemi Seba

UNE GOUVERNANCE MILITAIRE POUR LE BURKINA FASO ?

Politique

UNE GOUVERNANCE MILITAIRE POUR LE BURKINA FASO ?

Par SK

 « En échangeant, nous trouverons des solutions qui satisferont les burkinabés et les partenaires internationaux ».

C’est ce qu’a déclaré Zéphirin Diabré lors d’une interview donnée au journal Le Monde.fr le 4 novembre. Alors que la transition semble floue, ce sont pour l’instant les militaires qui tentent de diriger le pays. La révolte fut populaire, la gouvernance doit donc elle aussi être l’expression de la volonté du peuple. Les tensions sont quelque peu redescendues mais l’avenir du Burkina Faso sans Compaoré, peine encore à se dessiner. Aujourd’hui, deux hommes, très proches de la France, occupent le devant de la scène pour cette délicate mission : Zéphirin Diabré et le Lieutenant-colonel Zida

 Qui, pour organiser la transition ?

L’armée s’était joint au peuple pour manifester son mécontentement, durant les évènements du 30 au 31 octobre. Une fois l’éternel président chassé, la question de l’avenir du pays est plus que jamais urgente. Les citoyens avaient-ils une idée claire pour la succession ? Quel candidat serait le mieux à même de reprendre la tête du pays, sans sombrer à nouveau dans les travers Compaoristes ?

Zéphirin Diabré

Zéphirin Diabré s’est illustré comme le chef de file de l’opposition. Il a donc joué un rôle clé dans l’émancipation du peuple burkinabé ces derniers jours, mais ce n’est pas un inconnu. En effet, cet homme de 55 ans est un ancien ministre de Blaise Compaoré, et aussi celui qu’on surnommait le « monsieur Afrique » de la compagnie Areva, leader mondial de l’énergie nucléaire.

Diplômé de l’ESC et de la Faculté d’Economie de Bordeaux, il exerce ensuite en tant que professeur de gestion  adjoint à la faculté de Ouagadougou. Directeur-adjoint au sein du groupe français privé Castel, directeur général adjoint du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) en 1998, conseiller pour les affaires internationales au sein du groupe Areva en 2006, qu’il quitte en 2011. Diabré fut également à la tête d’un groupe de réflexion sur les matières premières auprès du MEDEF. En plus de ses activités auprès d’entreprises françaises, il a également été chercheur à l’institut des affaires de la faculté d’Harvard.

Il occupe plusieurs postes au gouvernement burkinabé. D’abord député à l’Assemblée nationale, puis, ministre du commerce ; ministre de l’industrie des mines ; ministre de l’Economie et ministre des Finances. Enfin, il devient président du Conseil économique et social du Burkina Faso. Il Appartient au Conseil de surveillance et d’évaluation de la FIP (Fondation pour l’innovation politique).

zeph2

Actuellement consultant international dans le domaine du financement minier, il est le président de l’UPC (Union pour le Progrès et le Changement) depuis 2010. Ce parti politique est identifié comme parti d’opposition, militant pour l’alternance démocratique au Burkina Faso.

Zéphirin Diabré est donc un familier de l’aire Compaoré. En cela, son profil amène à se poser plusieurs questions:

  • Ou, il est réellement réfractaire à la politique du Burkina Faso depuis le début, et voit donc la situation comme une aubaine pour enfin préparer l’alternance.
  • Ou alors, la présidence de Blaise Compaoré n’était pas aussi répressive, et permettait donc l’intégration d’opposants politiques déclarés au gouvernement. Ce qui remettrait sérieusement en cause le jugement et l’essence même de cette révolte contre l’oppression.
  • Ou, enfin, Zéphirin Diabré est de ceux qui peuvent de façon éhontée fricoter avec l’ennemi tout en se réclamant de l’opposition. Ce qui annulerait la crédibilité de son mouvement. Car sous des régimes oligarchiques et oppressifs, seuls les membres de la cour présidentielle peuvent ouvertement et sans danger, se prétendre opposants.

zéph

 

« Il n’existe pas, au Burkina Faso, d’opposition entre civils et militaires »*

Le lieutenant-colonel Isaac Zida

Ce militaire jusqu’ici lambda, a été désigné par le peuple et l’état-major pour conduire la transition démocratique du Burkina Faso. Né le 16 novembre 1965, Yacouba Isaac Zida était le commandant adjoint du régiment de sécurité présidentielle, qu’il intègre en 1996. Il était donc chargé de gérer les hommes qui s’occupaient de la sécurité de l’ancien président. Il serait détenteur d’un master en management international obtenu à l’université de Lyon.

C’est en 1993 qu’il  intègre le Centre d’entraînement de commando de Pô (en France). Il aurait également peaufiné son apprentissage militaire dans plusieurs pays étrangers. Puis, suivit une formation anti-terrorisme en Floride.

Il a été officier de liaison pendant la crise ivoirienne, de 2002 à 2011, pour la mission de médiation que menait Blaise Compaoré en Côte d’Ivoire. Il a également participé à une mission de l’ONU, en tant que casque bleu, en République démocratique du Congo.

zida1

Depuis sa propulsion à la tête du pays, le lieutenant-colonel assure que l’armée ne souhaite pas s’accaparer le pouvoir. Zida promet de restituer au peuple ce pour quoi il s’est battu. S’exprimant au nom des militaires, il soutient que le pouvoir ne les intéresse pas et que seule compte la nation.

Isaac Zida est donc lui aussi un familier du gouvernement déchu, un privilégié qui a su tirer profit de la période Blaise Compaoré. De plus, il est un proche du colonel Gilbert Diendéré, originaire de la même région que lui. Les deux hommes ont évolué au sein des mêmes réseaux.

Une provenance ambigüe donc, qui laisse perplexe sur les réelles motivations du lieutenant-colonel. On sait l’Afrique malade d’un rapport pernicieux entre armée et pouvoir.

L’avenir nous dira si le sort des burkinabés sera de la lignée de leur lutte courageuse. Sinon, si le pays sombrera encore dans de vieux travers africains. #FORCEAUXBURKINABES