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SENEGAL : Retour au pays pour entreprendre après 15 ans d’absence

Economie

SENEGAL : Retour au pays pour entreprendre après 15 ans d’absence

Par naomi P.

C’est à Dakar, dans la commune de Sicap au quartier Liberté 5, qu’Oumar Touré a monté son business. Après quinze années passées en Europe, ce fils du continent a décidé de revenir et de participer à la reconstruction de l’Afrique. Souleymane Diallo

Trois machines dont deux aspirateurs, quelques brosses et une bâche qui sert de toit, et le tour est joué pour permettre à Oumar de faire son boulot dans un espace de 22 mètres carrés.

Nettoyage de tapis persans, de moquettes et de voitures, l’entreprise d’Oumar, « SINET », a pris forme il y a sept mois. Brosse à la main, frottant un tapis sous le chaud soleil de Dakar, M. Touré est loin de se décourager : « Je suis en train de me chercher ici, la réinsertion est difficile. Là, je fais ce business pour avoir une assise financière et réaliser mes projets. » Cet ancien immigré a passé quinze années de sa vie en Europe.

Six pays européens avant le retour en Afrique

Italie, France, Hongrie, Roumanie, Slovénie et Autriche… cet aventurier de la première heure a fini par comprendre que le retour sur sa terre natale était imminent. En Europe, Oumar a fait le parcours du combattant pour obtenir une situation stable :« Avant d’avoir mes papiers, j’ai traversé toutes les galères, ce n’est pas facile de réussir là-bas ; après des années de travail et d’économies, je me suis dit qu’il était temps de revenir et de créer de l’emploi chez moi. » Son séjour sur le Vieux Continent n’a pas été vain : « J’ai accumulé beaucoup d’expériences ; je parle même l’italien, et je me suis spécialisé en programmation de contrôle numérique. » Aujourd’hui, cet homme de 40 ans a commencé à réaliser ses souhaits.

Avec un investissement de1 million de francs CFA (1 524 euros) et 80 000 francs CFA de location, SINET a vu le jour. En plus de sa société de nettoyage, Oumar Touré dispose d’un poulailler et pratique l’élevage. Petit à petit il se lance dansl’entreprenariat : « Je ne peux que rendre grâce au Seigneur. Non, je ne me plains pas, je gagne ma vie, je paye mes trois employés et la fiscalité. »

Un militant pour le retour à la terre natale

À la question de savoir pourquoi son retour en Afrique, au Sénégal, Oumar s’emporte et le ton devient plus sérieux : « Il faut revenir chez soi ; en Europe, il n’y a plus rien ; le futur de ce monde, c’est l’Afrique ; on a tout ici, on ne manque de rien. Les jeunes doivent comprendre cela. » Ce message est partagé par la plupart des afrodescendants, notamment l’un des militants les plus polémiques du « Back to Africa » : Kemi Seba. Après son parcours activiste en France, il est basé aujourd’hui à Dakar et prône une indépendance économique de l’Afrique : « Le jour où l’homme noir cessera de dépenser son énergie à crier que le monde entier ne l’aime pas, et utilisera ses forces pour construire pour son peuple un futur qui mettra l’humanité en émoi, ce jour-là, on n’aura plus le temps de parler de négrophobie, on parlera simplement de la puissance économique et industrielle de MAMA AFRIKA. »