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« L’AFRIQUE DOIT ASSURER PAR ELLE-MÊME SA SÉCURITÉ »

Politique

« L’AFRIQUE DOIT ASSURER PAR ELLE-MÊME SA SÉCURITÉ »

Par SK

C’est la phrase prononcée par François Hollande cet après-midi lors du Sommet pour la paix et la sécurité en Afrique, qui réunit à l’Elysée une quarantaine de chefs d’Etats africains, afin de discuter des problématiques auxquelles doit faire face le continent et y développer les intérêts français

 Par SK,
      La question de la crise centrafricaine s’est évidemment posée. Alors que 260 hommes ont été déployés aujourd’hui dans le cadre de l’opération Sangaris, il convient de s’interroger sur le sens même de ce sommet : soutien à une ancienne colonie ou néocolonialisme ?UN SOMMET POUR LA PAIX ?

L’objet de cette rencontre diplomatique est de promouvoir la paix en Afrique. Zone sensible car riche de ressources naturelles et continuellement déstabilisée par les chancelleries occidentales. L’Afrique doit, depuis quelques années, faire face à des conflits de religions. Après le Mali le mois dernier, c’est la Centrafrique qui, depuis plusieurs semaines, est le lieu d’affrontements entre chrétiens et musulmans. Le terrorisme a en effet pris une ampleur telle que la France, sur décision du Conseil de sécurité des Nations unies, a envoyé aujourd’hui plus de deux cents hommes à Bangui. Les Centrafricains, d’ailleurs, affluent vers l’aéroport de la capitale, afin de se mettre sous la protection de l’armée française. Il s’agit donc d’assurer la paix par la guerre. Maintenir la paix est bien sûr la mission principale du Conseil de sécurité, il est important que les pays du monde entier puissent compter sur un soutien militaire en cas de perturbations ou de crises incontrôlable. C’est le cas pour la Centrafrique. Pourtant, le président de la République a affirmé que l’Afrique aurait dû pouvoir s’en occuper seule… mais visiblement elle n’a pas su. C’est en tout cas ce que semble impliquer la phrase ; elle n’a pas su et appelle au secours son bon vieux Paternel. Espérons au moins qu’une résolution valable pourra être apportée. L’opération Sangaris apparaît comme une formalité pour la France, le président ayant gagé de sa rapidité.
Cependant, si l’on fait une lecture géopolitique des récents événements, la dimension humanitaire et éthique prônée par l’ONU, et plus particulièrement l’implication de la France, devient plus floue. Rappelons que la Centrafrique, pays de 4,525 millions d’habitants, est située juste au cœur des zones d’intérêts françaises : ses frontières sont mitoyennes avec celles des deux Congo (RDC et République du Congo), du Cameroun et du Tchad.
Aussi, la nécessité d’intervenir pour mettre fin à cette crise est-elle un devoir aux yeux du droit international et du devoir d’ingérence, ou un impératif de protection de ses propriétés ? Car la France a déjà été confrontée à une situation similaire de prolifération d’un conflit centralisé. Cela a été le cas en 1994 au Rwanda ; elle avait volontairement fermé les yeux sur la situation et s’était vu reprocher sa non-assistance. Le conflit s’était exporté au-delà des frontières rwandaises et l’Afrique centrale jusqu’à aujourd’hui en est gravement perturbée. Paris craint que le problème centrafricain prenne la même tournure, d’où l’intervention rapide des forces militaires nationales.
La protection des intérêts est une raison de droit fondé, aisée à légitimer et valable pour tous les Etats. Mais, dans le cas présent, le danger est un renforcement de la domination de la France en Afrique et la pérennité de cette relation de dépendance. Car il est ironique de constater que le problème se pose lors de ce sommet qui est le lieu même où sont entérinées ces relations déséquilibrées, d’ailleurs dénoncées par le président sud-africain Jacob Zuma, grand absent de la réunion. A l’heure actuelle, on compte 92 morts et 155 blessés dans le pays, le renfort est attendu sur place, et le salut des Centrafricains semble exclusivement tenir à la réussite du projet Sangaris.
L’Afrique doit en effet œuvrer elle-même pour sécuriser ses Etats, mais est-ce une préoccupation sincère de la part de l’Occident ? Y aurait-il vraiment intérêt pour tous que ce soit possible ?