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On a regardé pour vous : Les documentaires sur les complexes des femmes noires

Société

On a regardé pour vous : Les documentaires sur les complexes des femmes noires

Par Naya

Après avoir vu Good Hair de Chris Rock, Naya s’est intéressée aux différents reportages sur les femmes noires et leur rapport à la beauté. Un peu parce qu’elle s’est sentie concernée par le sujet, mais aussi pour comprendre comment se construisent les complexes des femmes noires face à leurs cheveux crépus, leur peau foncée ou leur nez épaté.

Good Hair ou la recherche du « bon cheveu »

Je me souviens ne pas avoir voulu regarder le documentaire Good Hair produit par Chris Rock sorti en 2009. Premièrement parce que c’était présenté et produit par Chris Rock et que j’étais persuadée qu’il tournerait le problème en dérision, et ensuite parce que j’avais l’impression que l’affaire se passant aux Etats-Unis, les rites et les usages seraient trop différents des femmes noires vivants en France. « Quoi ?!! Me dit ma copine Jenna, ce film est juste trop bien, trop vrai, trop émouvant, trop d’actualité, trop… ». A cet instant, je savais que tout mon entourage allait me parler du documentaire et être choqué devant mon indifférence face à celui-ci. J’étais piégée. C’est seulement plusieurs années après l’agitation autour du phénomène que je me décidais donc à regarder le fameux documentaire. Pendant 1h35, on suit Chris Rock dans une épopée, à la rencontre de personnes noires ordinaires ou célèbres (Raven Symone, Maya angelou, Meagan Good ou encore l’actrice Kerry Washington). Des femmes qui se livrent sur leurs habitudes et choix capillaires, sur les raisons qui les ont conduites à se défriser et des hommes qui racontent leurs expériences avec des femmes portant des tissages, leurs préférences et leurs mésaventures avec ces dernières. Le Chris Rock n’a pas chômé pour ce reportage puisqu’il se déplace jusqu’en Inde pour se renseigner sur la provenance des cheveux des perruques et des tissages.

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Le reportage est instructif, révélateur de nombreux complexes féminins et contrairement à ce que je pensais, Chris Rock ne tourne pas le problème en dérision. Le sujet y est abordé sérieusement et se concentre sur les complexes autour du cheveu crépu qui poussent les femmes à utiliser des produits chimiques en vue d’avoir les cheveux lisses et ainsi se conformer aux dictats capillaires et esthétiques américains. L’acteur essaye aussi de dévoiler qui se cache derrière cette énorme industrie capillaire pour noir exclusivement dominé par les blancs et les asiatiques. Ainsi de nombreuses questions sont soulevées : la dangerosité des produits défrisants ont-ils un quelconque impact sur la volonté d’exercer ces pratiques ? Y-a-t-il un mauvais cheveu et un bon cheveu ? Comment sont vues les femmes qui ne se conforment pas aux pratiques et rituels des femmes noires américaines ? Qu’est ce qui a amené certaines femmes à commencer à se défriser les cheveux ? Existe-t-il une haine de soi, ou une négation de sa nature lorsqu’on passe par des pratiques esthétiques comme le défrisages ou les rajouts ?

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Chris Rock a réussi à aborder toutes ces questions, sans en faire un reportage larmoyant, tirant sur la corde sensible à la moindre occasion. Pour ma part, je me suis sentie concernée par le sujet traité. Je me suis tout de suite comparée à la fille de Chris Rock lui demandant « Papa, pourquoi je n’ai pas de beaux cheveux ?», me revoyant au même âge, en conflit avec mes cheveux crépus qui n’étaient pas les mêmes que les héroïnes d’Hélène et les garçons.

 

Ces cheveux te donnent l’air d’une africaine

Après ma cure de connaissance autour du complexe capillaire, je fus extrêmement curieuse des différents reportages et possibles visions autour du sujet. Après plusieurs recherches, j’eus vent d’un court documentaire réalisé par la jeune Kiri Davis, inspiré d’une première expérience, réalisé par Kenneth et Mamie Clark, traitant des relations qu’ont les enfants noirs avec leur couleur de peau. On demande à un panel d’enfants de choisir entre une poupée noire et une poupée blanche. Dans le documentaire de Kiri, 15 enfants sur 21 choisissent la poupée blanche comme étant la plus belle ou la moins méchante. Quelques témoignages de femmes noires viennent s’ajouter au reportage. Elles y parlent de l‘opinion qu’elles ont d’elles-mêmes et que les autres ont d’elles. Une peau trop noire, des cheveux trop crépus, un nez trop épais, autant de complexes assimilés lors de l’enfance que ces femmes confessent d’une façon touchante. L’une d’elle confie même la remarque qu’elle a reçue de sa propre mère après avoir décidé d’adopter ses cheveux naturels : « Ces cheveux te donnent l’air d’une africaine ». Après ce reportage je me suis remémoré le bon vieux temps, le temps ou moi aussi j’aurais choisi cette poupée blanche, l’époque où je ne trouvais aucun modèle représentatif de ma personne dans les médias. Pourquoi les noirs n’étaient pas chanteurs, présentateurs, journalistes, acteurs ? N’étions-nous pas assez bons pour ça ? Assez beaux pour ça ? Je me souviens que les complexes que j’avais développé à cause de mes cheveux crépus ont perdurés jusqu’à mon adolescence. Au lycée, les jeunes filles noires n’étaient pas à la mode. Les couples n’étaient que l’union de blancs avec des blanches ou d’hommes noirs avec des femmes blanches. Les filles noires de mon lycée, dont moi, étions en couple avec des hommes plus vieux en général. Ce constat renforçait mon idée de non succès de la femme noire dû à sa non-valorisation dans la société française.

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Le documentaire Dark Girls traite du rapport des femmes noires américaines avec la couleur de peau « noire », n’hésitant pas à démontrer que pour de nombreuses femmes, plus la peau est claire plus la personne est considérée comme étant belle. Je n’ai jamais eu de réel complexe par rapport à ma peau, ce reportage a permis de me montrer que de nombreuses femmes souffraient du regard des autres par rapport à leur peau foncée. Je me souviens même avoir déjà entendues d’anciennes copines me dire « toi, tu as de la chance, tu es claire de peau, tu ne peux pas comprendre », phrase qu’on me ressort aujourd’hui à toute les sauces lorsque je m’insurge contre l’utilisation de crèmes éclaircissantes. Si mes futures filles sont foncées de peau, j’aimerais qu’elles s’aiment. Qu’elles se voient belles. Qu’elles connaissent leurs atouts et qu’elles voient leurs cheveux crépus et leur peau noire comme des atouts et non comme un poids à porter ou à éliminer à coup de crèmes et de défrisants. Et je crois que pour cela il est nécessaire pour la communauté noire de se revaloriser, d’avoir ses propres codes esthétiques et de se convaincre qu’il n’est pas nécessaire de copier l’occidental pour être beau. Cause perdue me dites vous ? Après le visionnage de ces reportages je garde quand même espoir sur un éventuel changement à venir. En visionnant ces documentaires j’aurais tout de même appris sur moi-même, et accru mon espoir qu’un jour la femme noire se sente fière de sa beauté naturelle.