Trilogie Kemi Seba

[INSPIRATION] Bernie SEB, à la croisée des finances et de la mode.

Lifestyle

[INSPIRATION] Bernie SEB, à la croisée des finances et de la mode.

Par Noella

Nous l’avons rencontré au Labo Ethnic 2014, nous avons échangé, nous avons adoré ! Concept original, pièces remarquables, entrevue avec un styliste et créateur Bernie Seb, jeune par l’âge, mais doué par le talent.

En quelques mots qui est Bernie Seb ?

Un jeune créateur de 28 ans, originaire du Burkina Faso où j’ai grandi jusqu’à mes 18 ans, jusqu’à mon baccalauréat en fait. Ensuite, je suis venu en France pour mes études, mais je retourne là-bas assez souvent.

Parle-nous un peu de ton parcours ?

Mon parcours n’a rien à voir avec la mode : j’ai fait deux années préparatoires avant d’intégrer une école de commerce, ensuite je me suis spécialisé dans la finance. À la fin de mes études, j’ai travaillé en audit pendant trois ans. J’ai arrêté l’année dernière pour pouvoir m’orienter vers des projets un peu plus créatifs. J’ai réalisé que ce secteur ne me correspondait pas, c’est un univers vraiment très carré. J’ai toujours été attiré par des choses plus libres.

Comment as-tu démarré ton aventure stylistique ?

Du fait que j’ai grandi en Afrique, j’ai toujours été entouré de wax pagne et bazins ; c’est ma culture d’origine. J’aime m’habiller, mais je ne trouvais pas forcément de choses qui me plaisaient ou alors trop classique à mon goût. C’est comme ça que j’ai commencé à faire du prêt-à-porter homme. Jusque là je faisais des vêtements que pour moi. J’ai commencé à produire plus de pièces c’est comme ça que c’est mis en place.

Ta famille, tes amis t’ont-ils toujours soutenu dans ta démarche créative ou as-tu senti des réticences vis a vis de ton choix de carrière ?

Dans la culture africaine, en tout cas dans ma famille, travailler dans la finance représente la sécurité, la stabilité professionnelle, en somme le schéma de la réussite. Forcément tout arrêter pour le domaine de la mode qui est un milieu complètement différent oui il y a eu des réticences surtout de mes amis et ma famille éloignée, mais ma famille proche me soutient vraiment.

As-tu une devise, une ligne de conduite que tu t’obliges à suivre ?

Je suis quelqu’un de très zen. Ma devise c’est qu’il ne faut pas stresser pour les choses qu’on ne peut pas changer. Tout ce qui est passé est passé, ça ne doit pas devenir un blocage.

Pour le milieu artistique, mon mot d’ordre c’est « oser ». Je pars du principe que quand on porte du wax, un tissu coloré et audacieux, on l’assume. Ma collection Spicy Banquet est une gamme de vêtements très colorés et dandy dans l’esprit, quelque chose de classe sans être coincé. Par exemple, les chemises sont des coupes classiques, mais associés aux tissus vifs et des motifs originaux ça prend une autre dimension. Je fais tout produire au Burkina Faso, par choix, mais aussi pour donner une opportunité aux artisans locaux. Mon idée est de créer de l’emploi. J’ai grandi dans le milieu associatif, ma mère était très engagée sur le terrain. Je suis ses traces  comme je peux en donnant à mon tour.

Y a t-il une matière que tu aimes / tu travailles le plus et pourquoi ?

Pour la prochaine collection, j’essaye d’intégrer un pagne tressé qu’on a au Burkina. C’est une étole locale, moins connue que le wax et le bazinje pense d’ailleurs qu’il n’existe pas de nom en français. Je souhaite vraiment valoriser ce type de matériau.

Décris-nous la clientèle De La Sébure.

Je dirais que c’est plutôt des jeunes cadres dynamiques, branchés et sûrs d’eux. Porter DLS n’est pas une question d’âge ou de taille, se mettre en valeur n’est pas une question de physique, c’est un état d’esprit. La marque s’adresse aux hommes uniquement, même si certaines pièces peuvent être adaptées au vestiaire féminin. Vêtements qu’elles pourraient détourner dans un style assez boyish avec des escarpins.

As-tu une muse ?

C’est plus un environnement particulier qui m’inspire qu’une personne. Je suis un homme de la nuit, j’adore la musique, notamment le Jazz et l’énergie Gospel, bien que je ne sois pas un « religieux ». Ce sont des musiques directement liées à notre culture, à notre histoire. C’est ainsi que munis de mon petit cahier et mon crayon je me mets à dessiner (rires).

À l’heure actuelle combien de points de vente physiques possèdes-tu ?

Pour l’instant je n’ai aucun point de vente physique. Je pense à m’associer avec des distributeurs multi-marques. Je n’ai pas encore d’idée précise pour l’enseigne qu’on choisirait, mais je verrais bien vendre mes créations dans des villes comme Londres – des lieux très ouverts au style que je propose.

Quelle est ta tranche de prix ?

Ma philosophie est qu’on n’a pas besoin de dépenser beaucoup d’argent pour être bien habillé. Je ne suis pas du tout en positionnement haut de gamme. Bon je ne donne pas dans le lowcoast non plus (rires), mais je pars sur une gamme de prix intermédiaire. Par exemple, pour cette collection, les pantalons sont à 55 euros et les chemises à 49. C’est très abordable !

Parlons de toi et ton côté business man, décris-nous tes journées type.

Je pars dans tous les sens, c’est difficile de me canaliser même si on ne dirait pas (rires). Du coup, je me couche tard et me lève tard. Je travaille la nuit, soit sur le côté administratif – textes de présentation – soit les créations. Sinon je vaque à mon autre grande passion : la cuisine. D’ailleurs à la rentrée je vais préparer un CAP cuisine pour peaufiner mes bases en gastronomie. Je prends également des cours de piano (rires). J’essaye d’être un peu touche-à-tout, car ce sont des choses qui m’ont toujours plu, mais que je n’avais pas l’occasion de faire jusqu’ici. Tout cela me permet d’exprimer ma créativité.

Tu es un africain noir et fier, est-ce que tu le revendiques à travers tes vêtements ou l’Afrique est juste une de tes nombreuses inspirations ?

L’Afrique est pour moi LA source d’inspiration. Même quand je n’utilise pas du wax par exemple je fais toujours référence à la culture africaine dans mes créations. La marque restera africaine quoiqu’il en soit.

As-tu déjà eu l’occasion de vêtir des personnalités ?

Mon activité étant très récente, je n’en ai pas encore eu l’opportunité. Toutefois, on m’a fait des propositions qui se concrétiseront sûrement – notamment sur CANAL + pour l’émission Plus d’Afrique. Pour ma part, je vais essayer de démarcher des artistes. J’aimerais bien habiller Stromae, stylistiquement et musicalement parlant il est très fort. D’ailleurs, il vient de créer sa marque de vêtement parce qu’il disait ne pas trouver des choses qui lui correspondaient. M’associer à lui pour une collection serait un rêve.

Quels designers t’inspirent ?

J’aime beaucoup de griffes comme Dent de Man ou encore Adrien Sauvage, un designer londonien qui a beaucoup travaillé avec du wax à un moment. Par contre, lui, c’est vraiment de la haute couture.

Quels conseils donnerais-tu à une personne qui, comme toi, veut se lancer dans la mode à l’étranger ?

Osez ! Lorsqu’on ose on se rend compte qu’il n’y avait pas de raison d’avoir peur. Nous sommes nos propres barrières parfois. Pour l’anecdote, je pensais à créer ma marque depuis deux ans. J’étais allé à Ethno Tendance, à Bruxelles, où j’avais rencontré Stromae. Il m’avait complimenté sur le pantalon que je portais, une de mes créations. À cette époque, je ne croyais pas en mon projet, du coup j’ai laissé passer ma chance au lieu de lui proposer des pièces. N’hésitez pas à frapper aux portes. Pensez notamment au crowdfunding (*plan de finance participative), les gens acceptent d’investir de l’argent si le projet est sérieux. Les autres ont toujours tendance à vous tirer vers le bas pour que nous ne soyons pas plus « haut » qu’eux. Vous en trouverez toujours pour vous dire : « ça ne marchera jamais ! » Mieux vaut essayer et vous verrez par vous-même.

Que peut-on te souhaiter pour la suite ?

Avoir une deuxième collection, faire autorité dans le milieu de la mode africaine et distribuer dans plusieurs pays (rires) ! J’ai aussi le projet d’ouvrir un atelier au Burkina Faso. Cela me permettrait de combiner réellement la mode et le milieu associatif, en donnant la chance à des femmes de se former en couture.

Merci cher Bernie d’avoir bien voulu te prêter au jeu du questions-réponses pour NOFI !

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Crédit : @MitchCooperPhotos